Lego ergo sum

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07 février 2007

Carpe Jugulum - Terry Pratchett.

Vingt-quatrième volume des "Annales du Disque-Monde", "Carpe Jugulum" nous rappelle tout d'abord que le sens politique du roi Vérence de Lancre risque de le conduire à la catastrophe plus souvent qu'à son tour. En effet, n'a-t-il pas commis la bévue - intolérable pour un monarque en charge d'un pays et de son peuple - de convier le comte Margopyr (et tout son clan) au baptême de sa fille ?

Or, le comte Margopyr est un vampire. Et tout le monde sait - sauf Vérence - qu'il ne faut jamais, mais alors là JAMAIS, inviter un vampire chez soi ...

Un vampire "nouvelle vague", soit. Mais en un sens, n'est-ce pas bien pire que le vampire classique ?

Aussi moderne mais bien plus pragmatique que le malheureux Vérence qu'il place tout de suite sous sa domination mentale, le comte entend transformer le royaume de Lancre en une espèce de vaste enclos à bétail (pour ses enfants, Vlad et Lacrymosa, dite "Cricri", les humains ne sont d'ailleurs que cela : du bétail) où lui et les siens viendront se servir ponctuellement. Pour ce clan draculesque, Lancre ne sera d'ailleurs pas la première réserve de nourriture de ce type : grâce à ses méthodes, totalement révolutionnaires pour un être de son espèce, il faut bien l'admettre, il s'est ainsi constitué tout un cheptel humain dont les files d'attente devant les vampires venus se restaurer ne sont pas sans évoquer certaines images historiques tristement précises.

C'est que, depuis que ses enfants étaient tout jeunes, le comte leur a appris à appréhender sans peur l'intégralité des moyens de défense classiquement utilisés contre ceux de leur espèce. Aussi les verra-t-on se gaver sans crainte aucune des petits friands à l'ail que Nounou Ogg, pour tenter de restreindre les dégâts, fera distribuer à la grande réception donnée en l'honneur du baptême de la petite princesse Esméralda de Lancre et où apparaissent pour la première fois les Margopyr.

Il n'est pas jusqu'à Nounou elle-même qui, en présence directe des vampires, ne finisse par les trouver charmants et respectables. Traînée hors du château cependant par une Agnès qui, elle, s'est vu courtisée par le fils aîné du comte, le séduisant Vlad Margopyr, Nounou retrouve bien entendu ses esprits. Mais que peuvent les deux sorcières, même assistées de Magrat, qui les rejoint avec la petite Esmé sous le bras, contre la puissance mentale des vampires "nouvelle vague" ?

Rien, ou pas grand chose bien qu'Agnès, toujours protégée en son for intérieur par son double, "Perdita", parvienne heureusement à conserver la maîtrise de sa volonté. Ah ! si seulement Mémé Ciredutemps était là ! ...

Mais justement, Maîtresse Ciredutemps, ayant cru qu'on la méprisait désormais et qu'on ne lui avait envoyé aucune invitation pour le baptême (les pies envoyées en éclaireur par le comte Margopyr ont subtilisé la belle invitation dorée sur tranche que Shawn Ogg, homme à tout faire chez Vérence, avait coincé dans la charnière de la porte de la chaumière) s'est mise en route vers les montagnes pour s'y mettre en retraite.

Lancre est-il perdu ? Nounou Ogg se fera-t-elle vampiriser par les Margopyr ? Agnès succombera-t-elle malgré tout à la séduction de Vlad ? La reine Magrat et la petite princesse seront-elles sauvées d'un destin horrible ? ...

... Oui, bien sûr. Mais pas avant que leur créateur ne nous ait entraînés sur ses chemins favoris, nous présentant au passage Igor, le serviteur traditionnaliste des Margopyr, qui rouille soigneusement les gonds des portes pour qu'elles produisent les plus affreux grincements et qui finira par descendre chercher l'ancien comte dans son caveau pour que celui-ci - le Vampire aristocrate et plein de panache de la légende - revienne dire leurs quatre vérités à ses neveux et nièces. (Des Igor - les Igor se ressemblent tous - on en retrouvera toute une tripotée dans "Le Cinquième éléphant.")

Autre personnage que Pratchett s'attache à nous faire connaître : le Tout à fait Révérend Rudement Lavoine, prêtre d'Om (le nouvel Om, celui d'après "Les Petits Dieux") qui finira par trouver sa voie après avoir soutenu Mémé Ciredutemps dans son long voyage vers l'Uberwald, patrie des Margopyr, qu'elle doit atteindre pour venir à bout des vampires.

Un livre époustouflant, qui gagne à être relu même si la gravité y est peut-être plus présente que partout ailleurs chez Pratchett. Il est vrai que, depuis le temps qu'il la connaît, le lecteur est si attaché à Mémé Ciredutemps que, chaque fois qu'elle souffre, il ne peut s'empêcher de souffrir avec elle. Et, dans "Carpe Jugulum", on frémit vraiment pour elle.

Bonne lecture ! Vous ne la regretterez pas.


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Le Dernier Continent - Terry Pratchett.



Le Bibliothécaire de l'Université de l'Invisible est malade ! Le Bibliothécaire a la grippe ! Et forcément, c'est une grippe un peu bizarre puisque le virus qui l'a provoqué n'a pu échapper aux émanations thaumiques* de la Bibliothèque. Ce qui explique pourquoi, outre la goutte au nez et la fièvre habituelle, le malheureux Bibliothécaire, à chaque éternuement, trouve le moyen de changer de forme. Tantôt il se mue en fauteuil, tantôt en livre (normal, pour un bibliothécaire, me direz-vous ) mais il parvient tout de même à conserver sa couleur rousse et même sa fourrure.

Comme le fait remarquer l'archichancelier Mustrum Ridculle, avec son bon sens si caractéristique : "C'est déjà ça !"

De discutaillage en prise de bec, les mages finissent par tomber d'accord : le seul moyen de faire retrouver sa forme originelle au Bibliothécaire, c'est de se livrer à quelques petites manipulations magiques. Mais, pour ce faire, il est impératif de posséder le nom du patient. Or, le Bibliothécaire s'est depuis si longtemps transformé en orang-outang (Cf. "La Huitième Couleur" du même auteur) et tant de mages sont morts depuis cette lointaine époque (dans leur lit ou pas) que personne, dans l'Université actuelle, ne sait plus quel était ce nom.

En fait, le seul mage qui pourrait le révéler, ce fameux patronyme, c'est ... Rincevent. Or, ainsi qu'il a été expliqué dans "Les Tribulations d'un Mage en Aurient" (toujours du même auteur  rigoltourne ), un mauvais calcul établi par ses collègues de l'UI a expédié le pauvre Rincevent de l'Empire agatéen, où il avait superbement tenu son rôle de contre-héros, au continent XXXX. Du moins les mages le supposent-ils. Plus ils regardent dans leur boule de cristal le malheureux se débattre au sein d'un désert de sable rouge et brûlant, plus ces messieurs sont convaincus qu'il s'agit bien du Dernier continent. Du coup, à près de deux heures du matin, ils partent se renseigner sur le continent auprès de l'un de leurs confrères, spécialisé en géographie.

Mais la chambre de ce dernier est vide, pour l'instant. Vu les bruits natatoires (comme dirait Achille Talon) qui sortent de sa salle-de-bains, on peut penser qu'il se détend un peu. Perdant patience comme toujours, Ridculle ouvre la porte de la salle-de-bains et ...

Et ainsi s'ouvre l'un des voyages dans le temps et l'espace les plus farfelus qui aient jamais été écrits. Les amateurs du "temps en boucle" apprécieront tout particulièrement. Quant au lecteur ... Ma foi, en ce qui me concerne, ça passe mieux quand je le lis à haute voix. Sinon, j'ai un peu l'impression de ne pas suivre aussi allègrement que d'habitude. Certes, l'humour est toujours là, faisant alterner des trouvailles étincelantes (les interventions de Mme Panaris, le Bagage en travesti par allusion au très beau "Priscilla, folle du désert" et sans doute le premier dieu carrément athée de l'Histoire de la Littérature universelle) avec des plaisanteries un peu plus banales et parfois plutôt lourdes (la tonte des moutons en Australie et l'intermède à la "Mad Max").

En tous cas, si Rincevent s'embarque bel et bien à la fin de l'ouvrage avec tous ses collègues pour regagner (enfin !) l'UI, il aura dû promettre au Bibliothécaire, entretemps guéri et bien résolu à conserver sa forme anthropoïde, de ne jamais révéler le nom qui fut jadis le sien.

* : le thaum est l'unité de mesure de la Magie. Il est courant pour un mage de se promener avec un thaumomètre plus ou moins déglingué dans leurs poches.

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Le Père Porcher - Terry Pratchett.

Apparus, eux et leur arrogance, dans "Le Faucheur" - volume où ils tentaient en vain de mettre la Mort à la retraite - les "Contrôleurs" du Multivers décident cette fois-ci de se débarrasser du Père Porcher, équivalent discal de notre Père Noël.

Pour ce faire, ils demandent à M. Sédatiphe, Maître de la puissante Guilde des Assassins d'Ankh-Morpork, de confier cette mission ô combien surprenante à son meilleur élément. Mais, conscient de ce que l'idée d'assassiner le Père Porcher présente de gênant, Sédatiphe s'adresse en fait au plus tordu des membres de la Guilde - et aussi, il faut bien le dire, le plus méprisé par ses pairs : M. Leureduthé.*(Pourquoi méprisé ? Parce qu'il tue pour le plaisir : une honte pour la Guilde tout entière.)

Pendant ce temps, la Mort, qui a de bonnes raisons de se méfier des "Contrôleurs", a vent de ce projet insensé et décide de le contrer. Mais le Père Porcher, en principe, c'est une "affaire humaine." Aussi la Mort va-t-il partir en campagne pour que sa petite-fille, Suzanne Sto-Hélit (déjà rencontrée dans "Accros du Roc" et depuis devenue gouvernante chez les Guêtre) s'en mêle.

Il y va tout d'abord en douceur en laissant la Mort-aux-Rats et le Corbeau annoncer à la jeune fille que son grand-père est devenu fou. Comme Suzanne, fine mouche, refuse tout d'abord d'accorder du crédit à ce qu'elle tient pour des ragots sans fondement, la Mort, habillé en Père Porcher et flanqué d'Albert, son fidèle serviteur, déguisé pour la circonstance en "lutin du Porcher", déboule en personne dans la cheminée où les chaussettes des petits Guêtre attendent leurs cadeaux.

Là, bien entendu, Suzanne se dit qu'elle doit effectivement agir.

Le vingtième volume de la saga du Disque-Monde est inénarrable. Si le début, avec Lereduthé, en est peut-être un peu laborieux, le reste prend très vite de la vitesse avec les croquemitaines que Suzanne chasse impitoyablement à coups de tisonniers de dessous les lits des enfants, la découverte des "comptes-vies" des dieux et des entités dans la maison de la Mort, la disparition mystérieuse de Violette (l'une des nombreuses fées des dents car, sur le Disque, elles sont plusieurs à récolter les dents de lait), l'inoubliable visite de la Mort-Père Porcher aux Grands Magasins Crassèque où il entreprend de distribuer gratuitement les cadeaux souhaités à des enfants mi-effrayés, mi-ravis, diverses apparitions inattendues comme celle du Gnome des Verrues, du Mangeur de Chaussettes, de l'oh-bon-dieu des gueules de bois et de la Fée Bonne Humeur ainsi que l'Université de l'Invisible au grand complet (bibliothécaire, archichancelier, doyen, Cogite Stibon et même Sort, l'ancêtre de nos ordinateurs, qui finira lui aussi par écrire sa lettre au Père Porcher).

C'est délirant tout en trouvant le moyen, une fois de plus, de poser pas mal de questions intéressantes. C'est, à mon avis, l'un des meilleurs de toute la série. Alors, n'hésitez pas une seconde : lisez-le !

* : prononcez Le-Re-Dou-Té, SVP. Sinon, il se vexe. Et attention : c'est un vrai psychopathe, celui-là : il ne plaisante pas ! Bad


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Pieds d'Argile - Terry Pratchett.

Dans le dix-neuvième volume des "Annales du Disque-Monde", Pratchett a repris à son compte la très ancienne légende juive du Golem. Mais bien entendu, à Ankh-Morpork, il n'y a pas qu'un seul golem. Cet "chose" comme l'appellent trop de profiteurs, est d'un trop bon rapport pour qu'on n'ait pas eu l'idée d'en fabriquer un certain nombre jusqu'à ce que certains prêtres se fâchent - non parce que le golem travaille 24h/24 pour aucun salaire, je vous rassure tout de suite - mais parce que vouloir créer comme les dieux, c'est évidemment un blasphème.

Façonné en argile, le golem ankh-morporkien ne parle pas : il dispose d'une ardoise sur laquelle il écrit en calligraphie très soignée d'ailleurs. Sa tête est creuse et, à l'intérieur, on y trouve son chem, c'est-à-dire les mots-ordres qui le font agir. Comme le dit Angua, le golem n'est même pas un mort-vivant, c'est un non-vivant, un objet, il n'a pas d'âme.

Voire ...

Toujours est-il que le père Tubelcek, un vieux prêtre passionné par l'Histoire des religions, est retrouvé assassiné avec de l'argile blanche sous les ongles. Ensuite, c'est le tour du conservateur du Musée du Pain de Nain, M. Hopkinson, qui est tué à coup de pain de nain* - le discours de protestation qu'il élève au bénéfice de la Mort sur le fait qu'il ne peut pas encore mourir tant il lui reste de choses à faire vaut d'ailleurs le détour.

Du côté du Guet, tandis que l'agent Hilare Petitcul, ex-alchimiste expulsé de la Guilde pour avoir osé faire sauter ses bureaux, fait son apparition dans l'équipe, plein d'angoisse à l'idée qu'on puisse se livrer aux plaisanteries habituelles sur son nom de famille ;

Tandis que le sergent Détritus traque impitoyablement les trolls dealers de "dalle" ;

Tandis que l'agent Angua panique à l'idée qu'un jour, elle sera bien obligée de quitter Carotte parce que ceci ... et que cela ...

Tandis que le caporal Chicque, complètement abasourdi par la chose (on le comprend) se découvre une ascendance qui remonte aux comtes d'Ankh ;

Tandis que le sergent Côlon lit "La Saillie des Animaux" en envisageant une retraite paisible à la campagne

Et tandis que le capitaine Carotte déambule toujours avec autant de charisme dans tous les quartiers de la ville - y compris les plus mal famés - en appelant le plus humble des mendiants par son petit nom,

Le commissaire divisionnaire Samuel Vimaire, après un détour (ordonné par son épouse Sybil) au Collège Royal Héraldique d'Ankh-Morpork afin d'y récupérer son propre blason - ce qui s'avérera impossible parce que l'un des ancêtres de Vimaire, dit Face-de-Marbre, n'est autre que celui qui coupa le col au dernier roi connu de la ville - se rend à son rendez-vous chez le Patricien.

Qu'il retrouve inanimé et en très mauvais état, sur le sol de son bureau : après enquête, il emble que le Seigneur Vétérini ait absorbé une certaine dose d'arsenic ...

Mais qui oserait ? ... Les chefs des principales Guildes ? Ou ... quelqu'un d'autre ? ... Et si oui, pourquoi ?

Eh ! bien, pour tout dire, l'enquête - car il s'agit bien d'une enquête - est passionnante. Il est difficile de s'arracher à ce livre dans lequel, une fois de plus, Pratchett mêle astucieusement humour (à quel sexe appartient réellement le caporal Petitcul ? les réactions du caporal Chicque, convié à une réception des plus aristocratiques, sont-elles dignes du "Parfait manuel du savoir-vivre" ? le capitaine Carotte est-il aussi naïf qu'il en a l'air ? Jacquot Cerceau est-il vraiment le meilleur médecin d'Ankh-Morpork ?) et questions plus graves (la façon indigne dont sont traités les golems, l'hypocrisie des classes dirigeantes, l'athéisme et la foi).

En hors-d'oeuvre, vous sont présentées en première page les armoiries des plus célèbres familles ankh-morporkiennes. Le boeuf qui soutient en partie celle des comtes d'Ankh aurait, selon l'auteur, une expression typiquement "chicardienne". Donc, si ça vous dit de savoir à quoi ressemble le caporal Chicque, n'hésitez pas et jetez-vous sur "Pieds d'Argile."

* : Cf. tous les autres volumes de la série, merci.

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Masquarade - Terry Pratchett.

Depuis que Magrat Goussedaille est devenue l'épouse de Vérence II de Lancre et, par voie de conséquence, souveraine légitime de ce pays, Mémé Ciredutemps n'est plus la même et sa vieille amie, Nounou Ogg, s'inquiète. Assurément, Mémé déprime. Dans le fond, elle l'aimait bien, la petite Magrat. Dans le fond, celle-ci avait raison quand elle disait que les sorcières devaient toujours se promener par trois.

Mais au fait, n'y a-t-il pas la petite Agnès Crettine, qui voulait prendre "Perdita" comme nom magique et qui, incontestablement, possède le don ? Aussitôt pensé, aussitôt fait, Nounou se précipite chez les Crettine pour apprendre que Agnès, lassée de la routine lancrienne, vient de partir pour Ankh-Morpork afin d'y passer des auditions. (Outre son don pour la magie, Agnès possède aussi une voix véritablement fabuleuse, de très beaux cheveux et un caractère en or.)

D'abord déçue, Nounou sent l'angoisse la gagner lorsque, pour satisfaire au vieil usage local, elle se penche sur la tasse de thé de Mme Crettine pour y lire le langage du marc : une tête de mort y est bien visible, planant comme qui dirait sur Agnès !

Motivées autant par le désir bien réel de "venir en aide à une fille de chez nous" que par celui, chez elles éminent, de l'action, Mémé et Nounou - celle-ci transportant avec elle son chat Gredin dont je ne sais trop si vous vous rappelez l'extraordinaire tempérament de mâle - se mettent en route vers Ankh-Morpork, non en balais mais en diligence - de véritables morceaux d'anthologie, ces voyages en diligences dont le premier leur permet de faire connaissance du grand ténor Enrico Basilica.

Pendant ce temps, Agnès a été admise dans les choeurs de l'Opéra d'Ankh-Morpork - les choeurs seulement parce que, question physique, hélas ! la nouvelle recrue souffre d'un surpoids fâcheux. Avec mission de "doubler" la vedette que désire lancer le nouveau directeur des lieux : Rarement Baquet. La vedette est jeune, mince, blonde, jolie, sotte comme un étourneau et ne sait pas chanter. Mais qu'importe le ramage en cette histoire de plumage puisque, dans les choeurs, celui d'Agnès - pardon, de Perdita, son nom de scène - peut secourir n'importe quelle cantatrice défaillante ...

Et Agnès-Perdita, qui, pour être obèse comme le souligne aimablement l'un des personnages n'en est pas moins très intelligente, s'est aussi aperçue que, à l'Opéra, il y a beaucoup de choses qui ne tournent pas rond. D'abord - ce qui est fort ennuyeux - il y a un fantôme, en habit de soirée et masque blanc et tout et tout et à qui l'on réserve la loge 8.

Un fantôme à l'Opéra d'Ankh-Morpork ! Vous imaginez ???

Fort astucieusement intitulé "Masquarade", ce dix-huitième volume de la saga discale déborde d'idées, d'humour et aussi d'humanité. Surtout, surtout, ne ratez pas les passages relatifs au best-seller rédigé par Nounou Ogg - ou plutôt par "Une sorcière de Lancre" puisque tel est son nom de plume - et qui s'intitule : "Les Plaisirs de la Chère." Le repas qu'elle concocte à un certain moment pour les membres directeurs de l'Opéra désireux d'obtenir les espèces sonnantes et trébuchantes que leur a promises "dame Esmeralda Ciredutemps", avec son dessert au chocola t sauce surprise est un moment que le lecteur oublie difficilement.

PS : cependant, si vous aimez beaucoup l'opéra et si vous n'avez aucun sens de l'humour, mieux vaut peut-être que vous ne lisiez pas "Masquarade" ...


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Les Tribulations d'un Mage en Aurient - Terry Pratchett.

Quand le seigneur Vétérini, tout puissant Patricien d'Ankh-Morpork, invite quelqu'un à prendre le thé, la personne en question sait bien qu'il ne s'agit là que d'une figure de style et se rend à la convocation sans coup férir, même si elle n'est autre que l'Archichancelier de l'Université de l'Invisible. Mustrum Ridculle apprend donc ainsi qu'un mystérieux message, réclamant à grands cris "le Grand Maje", est arrivé le matin même de l'Empire Agatéen, porté par une espèce d'albatros au caractère particulièrement teigneux.

Sommé de retrouver illico presto "le Grand Maje" et de l'expédier tout aussi rapidement de l'autre côté de la Grande Muraille derrière laquelle le premier Empereur Un-Miroir-Solaire a cru bon d'enfermer son pays, Ridculle demeure assez perplexe jusqu'à ce que le Bibliothécaire lui apporte, avec toute la révérence requise, le chapeau roussi de Rincevent, le mage le plus nul de tout le Disque-Monde jusque et y compris en orthographe puisque, sur le fameux chapeau en question, le malheureux avait jadis brodé le mot "MAJE".

En dépit de l'opposition du reste de l'UI - et notamment du Doyen, lequel conserve un souvenir détestable du Bagage, compagnon attitré de Rincevent - Ridculle, assisté de Cogite Stibon, le plus "moderne" membre de toute l'équipe, créateur entre autres de la version discale du premier ordinateur, réintègre un Rincevent récalcitrant dans les murs de l'antique université avant de lui mettre le marché en mains :

- "Ou bien vous nous aidez, mon vieux, à faire plaisir au Patricien et à régler cette histoire dont on ne sait rien dans l'Empire Agatéen, ou bien vous comparaissez devant le Tribunal de la Magie pour avoir osé vous parer du titre de "mage" - avec ou sans "j" - alors que, dans une confondante unanimité, vos capacités magiques n'ont jamais dépassé les 2%. En revanche, si vous réussissez, alors, nous vous ferons revenir et vous serez désormais mage à vie, sans avoir à augmenter votre pourcentage."

Et voilà comment débutent "Les Tribulations d'un Mage en Aurient" ou, plus précisément, dans un Empire qui évoque irrésistiblement les moeurs de la Chine impériale. L'Empereur actuellement au pouvoir - un vieux sadique complètement cinglé - y est moribond et le seigneur Hong, le plus intelligent des seigneurs de la Guerre qui attendent son trépas, ne vise qu'à l'assassiner afin de récupérer le pouvoir. Mais pas à n'importe quel prix, pas n'importe comment : il faudra que la responsabilité du meurtre repose sur les opposants au régime, l'Armée Rouge - moyenne d'âge : 8 ans - dont les slogans révolutionnaires sont tous dans le style : "Mort aux oppresseurs sans souffrances inutiles et avec le respect dû aux Ancêtres !"

Seulement l'Armée Rouge ne bougera pas tant que "le Grand Maje" qui, selon la légende, doit la mener à la victoire, ne se sera pas manifesté.

D'où le caractère primordial pour le seigneur Hong non seulement de faire débarquer Rincevent derrière la Grande Muraille mais aussi de l'y maintenir en vie jusqu'à ce que le meurtre de l'Empereur puisse lui être imputé, à lui et à ses troupes - évidemment noyautées par les espions de Hong.

Le Seigneur Hong n'ignore qu'une chose : c'est que, avec Rincevent, rien ne se passe jamais comme l'ont prévu ses ennemis ...

Le dix-septième volume des Annales du Disque-Monde, qui ne plaira qu'aux inconditionnels de Pratchett, permet tout de même les retrouvailles entre Rincevent et Deuxfleurs, lequel se trouve, bien malgré lui, à l'origine de la légende des prodiges accomplis par "le Grand Maje" (cf. "La Huitième Couleur" et "Le Huitième Sortilège"), la réapparition de Cohen le Barbare, désormais à la tête de la Horde d'Argent (moyenne d'âge : 80 ans) et toujours aussi éperdu de stupéfaction devant les mystères de ce que l'on nomme "la civilisation" ainsi que l'union du Bagage avec "une" Bagage qui lui donne, si mes souvenirs sont exacts, trois petits bagageons avant que le malheureux "Grand Maje", à nouveau escamoté par ses collègues de l'UI, ne disparaisse dans un grand "pop" devant la populace impressionnée ... pour se retrouver, par une malencontreuse erreur de calcul de Sort, l'ordinateur de l'UI, sur le continent XXXX où nous le retrouverons prochainement, ne vous inquiétez pas. rigoltourne


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Accros du Roc - Terry Pratchett.

"Accros du Roc", seizième opus de l'infernale saga de Terry Pratchett, est un volume dont on ne saisit pleinement la teneur véritable qu'à la relecture. Déjà, le titre original est "Soul Music" et pour le lire, mieux vaut s'y connaître un peu en matière de rock dans notre monde sphérique car les clins d'oeil et les jeux de mots faisant référence aux rockers et aux titres de chansons célèbres y sont légion.

Un exemple entre autres qui prouve combien Patrick Couton prend son travail au sérieux : l'un des personnages principaux du livre, un jeune barde originaire de Ker Gselzehc et qui vient de remporter un prix - une harpe - à un concours bardique, s'appelle Kreskenn Kelen. Or, en breton, "kreskenn" signifie "jeune pousse" et "kelen" : houx.

Tout comme en anglais, "bud" signifie : "bouton, jeune pousse" et "Holly" : houx.

Ceux qui ont entendu parler d'un certain Buddy Holly - antérieur à Elvis, eh ! oui ! - ont compris. Pour les autres, prière de jeter un coup d'oeil ici :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Buddy_Holly

Avec la guitare magique qu'il achète dans un étrange magasin situé dans une venelle non moins étrange de la toujours étrange Ankh-Morpork, Kreskenn Kelen constitue l'un des pôles de ce roman basé sur l'idée que la Musique est éternelle, qu'elle ne mourra jamais. Jamais.

Parce qu'elle était là dès le Commencement. Avant même le Commencement.

A ses côtés, constituant le "Groupe des Rocs", le troll Magma et le nain Nore - que l'inusable Planteur J.M.T.L.G. trouvera le moyen de "lancer" tout d'abord au "Tambour Rafistolé" et surtout à "La Caverne" (!!!).

Et tout de suite, c'est la folie ! Personne n'a jamais entendu une musique comme celle-là. Même les mages viennent l'écouter (Cogite Stibon tentera même de la capturer dans des "pièges à son") et tandis que le doyen se confectionne une robe en cuir clouté et se coiffe en banane avec tout plein de gomina (ou de ce qui en tient lieu sur le Disque-Monde), Mme Panaris, la très digne et très réservée intendante de l'UI, n'hésite pas à lancer ses sous-vêtements à la tête de Kreskenn qui, comme le souligne Nore, "tortille bizarrement du bassin."

Mais est-ce vraiment Kreskenn qui joue ? Ne serait-ce pas plutôt la guitare, et elle seule, qui joue ? ...

C'est ce que la petite-fille de la Mort, Suzanne - dont nous faisons ici la connaissance - finit par se demander lorsque, attirée à la première représentation du groupe au "Tambour ..." justement parce que Kreskenn doit y mourir dans un accident bête - une hache de jet lancée par un spectateur enthousiaste, qui rebondit sur un mur et lui troue le thorax - elle constate que le sablier du jeune homme, arrivé à extinction, repart de plus belle, désormais animé par une étrange lueur bleue ...

Avec ça, l'autre pôle du roman, la Mort, qui n'est pas là ! Une fois encore, torturé par des angoisses quasi métaphysiques, il a pris quelques vacances. Il en a assez de ne pas pouvoir oublier. C'est vrai, ça, personne ne se rend compte mais lui, la Mort, il n'oublie jamais rien et pire : il n'oublie pas un futur qui ne s'est pas encore produit, un comble, tout de même ! D'accord, il y a le Service, le sens du devoir et tout ça mais tout de même ...

Pour tenter d'"oublier", la Mort ira jusqu'à s'engager dans la Légion étrangère klatchienne.

Sans succès.

Aidé par la Mort aux Rats (qui date du "Faucheur"), Albert, le fidèle serviteur de la Mort et ex-Alberto Malik, fondateur de l'UI, s'en va donc à la recherche de son maître tandis que, vaille que vaille, Suzanne tente d'assurer un "Service" que la "musique de Roc" fait dérailler.

C'est finalement la Mort aux Rats qui retrouvera la Grande Mort ... sous les ponts d'Ankh-Morpork où il partage (en toute simplicité et sous le surnom de "Monsieur Chétif") le couvert avec la fameuse bande de mendiants et accessoirement indicateurs que sont : le Canard (ainsi nommé parce qu'il porte un vrai canard sur la tête mais chut ! ne le lui faites pas remarquer, merci), Ron l'Infect et son Odeur, Henri Cercueil et un petit chien qui ressemble terriblement à Gaspode.

Et tout rentrera dans l'ordre. Forcément.

Quant à la musique de Roc, on affirme qu'elle aurait émigré sur un autre monde du Multivers où elle aurait fait d'ailleurs un authentique tabac. Wink

Un livre qui apparaîtra mineur à certains mais qui est en fait d'une tendresse et d'une poésie aussi redoutables que la "musique de Roc."


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Le Guet des Orfèvres - Terry Pratchett.

Dans "Au Guet !", dame Sibyl Ramkin, tombée amoureuse folle du capitaine Sam Vimaire, responsable du Guet de Nuit, avait offert à sa maigre escouade de nouveaux locaux dont elle était propriétaire, rue des Orfèvres. Ce qui permet à Terry Pratchett et à Patrick Couton, son traducteur, de nous offrir ce "Guet des Orfèvres" qui - outre un jeu de mots qui crève les yeux - constitue le quinzième volume des Annales du Disque-Monde.

Le Guet s'étant particulièrement distingué dans l'affaire du Dragon qui voulut être roi d'Ankh-Morpork a vu s'accroître ses effectifs. Une consigne primordiale à ce sujet : engager des volontaires appartenant à des minorités ethniques telles que les trolls, les nains ... et les femmes. (Dans tout le multivers, les femmes sont considérées comme une minorité ethnique, allez savoir pourquoi ... )

Viennent donc d'être nommés au Guet des Orfèvres : l'agent Détritus (un troll qui a fait à peu près tous les métiers dans la ville et qui a même travaillé pour Planteur J.M.T.L.G. à Olive-Oued où il a rencontré la troll de sa vie, Rubis), l'agent Bourrico (qui appartient à l'espèce des nains et dont l'arme favorite est la hache de jet à double-tranchant) et enfin l'agent Angua (une superbe jeune femme à la crinière blonde qui, malheureusement, à la pleine lune, se transforme en louve). Le capitaine Vimaire l'a engagée en toutes connaissances de cause puisque le Patricien, le seigneur Vétérini - à qui l'on ne refuse jamais rien de crainte de ne plus rien avoir jamais à refuser à qui que ce soit - a insisté pour qu'on ne fît pas preuve de discrimination envers les loups-garous.

Mais le capitaine Vimaire restera longtemps le seul à connaître la double nature d'Angua.

Tandis que le jour du mariage de Vimaire - qui est aussi celui où il doit prendre sa retraite officielle - se rapproche, des événements étranges - enfin, vraiment étranges même pour Ankh-Morpork - se produisent ici et là. D'abord, une explosion. Bien entendu, tout le monde s'imagine que, pour la énième fois de son existence, la Guilde des Alchimistes vient de détruire ses locaux par accident. Mais non : l'explosion se situe au niveau de la Guilde des Assassins - laquelle voisine avec celle des Fous et Joyeux Drilles - et, en dépit des allégations glaciales du responsable des Assassins, le docteur Crucialle, il semble bien qu'un objet de grande valeur ait été volé dans le petit musée de la Guilde. Un objet étiqueté "FOUSI."

Puis, un Fou est retrouvé mort et Monsieur Cognejarret, l'un des plus habiles artisans nains, est assassiné dans son atelier. Ce qui provoque une émeute car, en raison d'une haine quasi millénaire, la communauté naine s'imagine tout de suite que le meurtrier est un troll. Heureusement, fidèle à son charisme, le caporal Carotte parviendra à redresser la situation.
Sans parler d'un quatrième cadavre que l'on retrouve dans les égouts et qui ... Mais je vous laisse la surprise. 

A une intrigue qu'il faut bien qualifier de policière, se mêlent le coup de foudre du caporal Carotte Fondeurenfensson (un nain, "techniquement parlant" mais frôlant physiquement les 2 m) pour Angua, la réapparition de Mme Cake, la medium que redoutent tous les clergés de la ville (et même d'ailleurs) et qui loue une chambre à Angua ainsi qu'à tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, sont tenus pour "non-morts" ou "morts-vivants" ou "vivants-morts" (rappelez-vous : nous avons déjà fait sa connaissance, comme celle de son esprit-guide, "Un-homme-seau", dans "Le Faucheur"), celle de Gaspode, le chien prodige revenu d'Olive-Oued, qui parle et qui donnera un sacré coup de collier à Angua et ses collègues ainsi que les relations pour le moins acerbes que Sam Vimaire le Roturier a commencé, par la force des choses, à nouer avec l'"élite" mondaine (et parfaitement débile) d'Ankh-Morpork.

Et puis, comment passer sous silence la belle histoire d'amitié qui se lie entre l'agent Détritus et l'agent Bourrico, qu'oppose la traditionnelle haine trolls-nains et qui finiront pourtant par former une équipe sensationnelle ? Ou encore le personnage certes anecdotique mais à la fois terrifiant et ... émouvant de Gros-Fido, chef de la Guilde des Chiens Errants ? ...

Bon, d'accord, j'ai tout de suite flashé pour le Guet, dès le premier volume de leurs aventures. Mais j'avoue que, de "Au Guet" jusqu'au "Cinquième Eléphant" (j'en ai d'autres sous le coude, je vous rassure), je n'ai jamais été déçue. Il y a là-dedans une humanité chaude et plaisante, sans rien de trafiqué, et quelques unes des meilleures créations de Terry Pratchett.

Donc, ne boudez pas votre plaisir mais, si possible, lisez les volumes dans l'ordre, ne serait-ce que pour mieux apprécier l'évolution (têtologique) psychologique des personnages.


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Nobliaux & Sorcières - Terry Pratchett.

Comme l'aurait clamé à cor et à cris Planteur J.M.T.M.G. au temps où il faisait des clics à Olive-Oued :

Elles vous ont déjà fait rêver, les revoici :

Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et Magrat Goussedail

dans

Nobliaux & Sorcières

Avec, dans se première apparition à l'écr ... dans la saga du Disque-Monde, Agnès Crettine, dite Perdita!


Etoile invitée : la Mort dans son propre rôle !



Scénario :

Retour de Genua où, aidées par Mme Gogol et le baron Saturday, elles ont mis fin à l'emprise de Lilith sur la cité et ses habitants, nos trois sorcières préférées et favorites regagnent leur pénates, au royaume de Lancre.

Une surprise de taille y attend Magrat : son éternel amoureux, le roi Vérence II, a pris le taureau par les cornes et vient de fixer la date de leur mariage en choisissant au passage - sans la consulter - la robe, les bijoux, et même le traiteur du gigantesque repas de noces. Des invitations dorées sur tranche ont été envoyées à toutes les sommités du coin et l'archichancelier de l'Université de l'Invisible, Mustrum Ridculle, en a même reçu une. (Immédiatement, il a désigné pour son escorte Cogite Stibon, le Bibliothécaire, le Doyen et le malheureux Econome que sa "maladie de nerfs" condamne à se shooter grave aux pilules de grenouilles séchées - une expèce de Xanax discal.)

Malheureusement, les sorcières s'aperçoivent aussi très vite que de jeunes imprudentes qui espèrent prendre la relève des "vieilles biques de sorcières" s'en sont montées jusqu'à un cromlech antique nommé les Danseurs et qui passe pour ouvrir une porte donnant sur le pays des elfes.

Il faut savoir que, sur le Disque-Monde, les elfes ne sont pas les personnages, malicieux mais en général assez aimables, qu'a mis en scène Shakespeare dans son "Songe d'une Nuit d'Eté", pièce avec laquelle l'intrigue de "Nobliaux & Sorcières" présente pourtant quelques analogies. Non, les elfes du Disque-Monde, sur lesquels règne la redoutable Reine des Fées, s'ils ont conservé leur traditionnel caractère joyeux, ne rient jamais aussi fort que lorsqu'ils torturent une proie ...

Et voilà que, par arrogance autant que par ignorance, Lucie Toquelet, qui s'est choisi comme nom de sorcière celui, bien plus éblouissant, de Diamanda), a ouvert la Porte. Elle en paiera d'ailleurs les fâcheuses conséquences et ne devra de conserver la vie qu'à Mémé Ciredutemps, qu'elle soufflette pourtant régulièrement du nom de "vieille femme complètement dépassée."

Voilà que les elfes, qu'on appelle aussi les Nobliaux, se répandent à Lancre, brûlant les fermes, saccageant à peu près tout sur leur passage sauf les lieux qui regorgent de fer car, pour un elfe, le fer est pire que la Mort.

Mais sous-estimer Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et même Magrat, laquelle se transformera inopinément en une étonnante guerrière casquée et corsetée de cotte de mailles, constitue toujours une très grave erreur, s'appelât-on Titania en personne ...

La première utilisera toutes les ressources de l'Emprunt* sur un essaim d'abeilles et entrera ainsi dans l'Histoire comme la seule sorcière à avoir accompli ce prodige. La seconde mettra à profit le goût profond qu'elle a eu - et conservé - pour le sexe pour réclamer au mari de la Reine des Fées, qui "a une grande défonceuse"** (= l'Obéron de Shakespeare) de ramener son épouse à la raison. Et la troisième n'hésitera pas à trucider tous les elfes qui s'opposeront à elle par la hache, l'épée, les lances - bref par le fer.

Et en prime, Terry Pratchett vous apprendra qui fut (et est resté) le Grand Amour de Mémé Ciredutemps ! ***

* : consulter à ce propos "La Huitième fille" et tous les autres volumes ayant Mémé Ciredutemps pour héroïne.

** : expression d'origine naine que la bienséance nous interdit de traduire et que nous confions donc à votre imagination.

*** : et pourquoi elle n'aurait pas eu un Grand Amour, hein ????

Posté par MDV_ à 18:15 - Terry Pratchett. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les Petits Dieux - Terry Pratchett.

"Les Petits Dieux", qui porte le numéro 13 dans la saga des "Annales du Disque-Monde", est un livre tout à fait à part dans la série. Son thème central est en effet la Foi, sa nature et ce qu'elle peut faire de nous, selon que nous la possédons ou pas.

Ce n'est pas pour autant un ouvrage ennuyeux, bien au contraire. Disons simplement que, sous la ciselure des dialogues et l'habileté de l'intrigue, on y décèle de singuliers accents de gravité.

La religion catholique affirme que la Foi est une grâce divine. En termes moins pompeux, la Foi est un cadeau que la divinité dispense à certains mais attention ! non en fonction de leur statut social, du niveau de leur compte en banque ou du nombre de cérémonies religieuses auxquelles ils assistent, encore moins en fonction du nombre d'hosties dûment avalées après la traditionnelle confession du samedi. La Foi peut toucher n'importe qui, y compris un non-pratiquant, voire un agnostique. Et surtout, la Foi ne s'achète pas pas plus qu'elle ne se marchande dans ces prières que marmonnent tant d'entre nous dans l'espoir que le dieu qu'ils s'imaginent finira par leur "rapporter" quelque chose ...

La Foi est donc un phénomène singulier et terriblement embarrassant parce que viscéralement anti-conformiste.

J'ignore tout de la religion dans laquelle a grandi Terry Pratchett mais une chose est certaine : cet agnostique qui s'obstine à se déclarer athée semble parvenu à un raisonnement voisin.

Dans "Les Petits Dieux", le seul personnage à avoir la Foi - la vraie, celle qui ne se marchande pas, celle qui vous tombe dessus sans vous prévenir - est d'ailleurs le seul dont, malgré sa gaucherie, sa naïveté et sa bonté parfois désespérante, on ne peut pas se moquer longtemps. Il s'appelle Frangin, c'est un grand et gros garçon (ses condisciples le surnomment méchamment "le Boeuf d'Omnia"), qui ne sait ni lire ni écrire mais à qui une mémoire prodigieuse et une grand-mère sévérissime ont permis de retenir l'intégralité des Livres Saints d'Omnia.

L'action se situe en effet à Omnia, ville ou pays-citadelle tout entière dédiée au grand dieu Om, lequel est représenté depuis des siècles et des siècles sous la forme d'un Taureau-aux-cornes-d'or-piétinant-l'Infidèle."*

Le premier prophète à qui Om s'est révélé dans toute sa gloire - jaillissant d'un buisson ardent ou de quelque chose du même genre** - s'appelait Ossaire et avait erré une quarantaine de jours dans le désert, ne se nourrissant que des champignons (hallucinogènes) qui y poussent et de l'eau de cactées au goût d'urine. C'est à lui que Om avait donné ses Commandements - dont celui de sauver à tous prix l'âme des infidèles. Par la suite, toute une foule d'autres prophètes avaient accompli le même périple, mangé les mêmes champignons, bu la même eau et vu eux aussi, tout au haut d'une colonne de feu (ou de quelque chose d'approchant)*** le grand dieu Om qui, une fois de plus, leur avait dicté de nouveaux Commandements.

Enfin, tel est ce qui, depuis ce temps-là, se raconte dans les rues d'Omnia : le grand dieu Om est le Seul Vrai Dieu et Il S'exprime par la Voix de Ses Seuls Prophètes.****

Au sommet de cette théocratie, dirigée par le Cénobiarche (une espèce de pape, de grand rabbin ou d'ayatollah à demi-gâteux, vous voyez ce que je veux dire ...   ), la Quisition sur laquelle règne l'Exquisiteur Vorbis et des légions d'inquisiteurs si dévoués au sauvetage des âmes qu'ils ne sauraient concevoir leur propre existence autrement que dans des cachots et des salles de torture où, pieusement, à grands renforts de couteaux et autres objets coupants, ils extirpent l'hérésie et le péché des corps des pécheurs omniens.

"Mazette !" me direz-vous. "Et Pratchett réussit tout de même à nous faire rire avec de telles horreurs ? ..."

Pour être franche, à ce moment-là, le rire est plutôt féroce et amer. Grâce à Om, pour contrebalancer la mauvaise influence que Vorbis et les siens tentent sournoisement d'avoir sur son ouvrage, Pratchett a donc apporté un soin tout particulier à nous dresser des dialogues comme celui-ci :

Citation:
[...] ... Or il advint qu'en ce temps-là, le grand dieu Om s'adressa à Frangin, l'Elu :

- "Pssst !"


Frangin s'arrêta au milieu d'un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple.

- "Pardon ?" lança-t-il.

[...]

Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.

Oui-da, le grand dieu Om s'adressa à Frangin, l'Elu :

- "Pssst !"


Frangin hésita. Une voix lui avait bel et bien parlé de nulle part. Peut-être un démon. Le chapitre des démons mettait le maître des novices, Frère Nonroid, dans tous ses états. Les pensées impures et les démons. Les unes menaient aux autres. Frangin avait le sentiment désagréable d'avoir sûrement quelques démons de retard.

Une seule solution : garder son sang-froid et répéter les neuf aphorismes fondamentaux.

Une fois encore, le grand dieu Om s'adressa à Frangin, l'Elu :

- "T'es sourd, mon gars ?"

La binette tomba avec un bruit mat sur la terre brûlante. Frangin se retourna d'un bloc. Il ne vit que les abeilles, l'aigle et, à l'autre bout du jardin, le vieux frère Lou-Tsé qui fourchait rêveusement le tas de fumier. Les moulins à prières tournoyaient, rassurants, le long des murs.

Il fit le signe grâce auquel le prophète Ichquible avait chassé les esprits.

- "En arrière, démon !" marmonna-t-il.

- "Mais je suis en arrière !"

Frangin se retourna encore, lentement. Le jardin était toujours désert.

Il prit ses jambes à son cou. ... [...]

Eh ! oui ! La Vérité - l'horrible Vérité - va bientôt se faire jour : submergée, étouffée par les "commandements" que ses soi-disant Prophètes (dont il ignore d'ailleurs qu'ils se sont proclamés tels après l'avoir rencontré dans leurs hallucinations désertiques), la Foi qui existait au début dans le grand dieu Om n'est plus. En tous cas, elle est moribonde. La masse des "croyants" omniens, théocrates compris, n'a plus foi qu'en une chose : la Peur. Peur de l'Enfer, peur des châtiments, peur de la Quisition, peur du Péché, peur de penser tout seuls, comme des grands, peur de ...

La Peur a extirpé le péché de la Foi.

Du coup, Om n'est plus un "grand dieu". Car, sur le Disque-Monde, c'est la Foi qui fait le dieu - et non le contraire, affirme Pratchett. Om le Terrible est désormais l'un de ces milliers de "petits dieux" perdus dans le désert, en quête ne serait-ce que d'un seul croyant pourvu que celui-ci soit sincère.

Ainsi l'ex-grand dieu Om s'est-il mis en marche pour se trouver un nouvel Elu qui l'arrachera à sa misérable condition - Om gît désormais dans le corps d'une tortue borgne qu'un aigle traque pour son déjeuner - et lui rendra, par sa foi, une apparence digne d'un dieu.

Et l'Elu, c'est Frangin, simple novice dans les jardins de la Citadelle et amateur éclairé de jardinage, de binage et autres herborinages.

Mais la quête ne sera pas unilatérale. Si Om finit par transformer le novice un peu trop naïf en le meilleur prophète qu'il ait jamais eu, la réciproque est vraie : la gentillesse et l'humanité de Frangin vont transformer l'ancienne idole colérique et profondément égoïste en une divinité authentique, consciente non seulement de ses droits mais aussi de ses devoirs. C'est d'ailleurs parce qu'il veut à tout prix sauver Frangin de la mort horrible que lui a concoctée l'infâme Vorbis que Om, nouvelle version du Chronos des Anciens, se rappelle enfin que, même déchu, il est encore un dieu.

Face à l'ignoble et glacial Vorbis - dont la réacton première, à la vue de la tortue égarée dans le jardin de la Citadelle, sera de la déposer sur le dos, bien au soleil, en coinçant sa carapace avec de petits cailloux pour l'empêcher de se relever - Frangin pourra compter, outre sur son dieu, sur l'aide de Honorbrachios (= Bras d'Honneur), illustre philosophe éphébien, initiateur de la théorie qui voit le monde comme un disque porté par 4 éléphants, eux-mêmes soutenus par une tortue gigantesque se mouvant dans l'espace. Vorbis et son clergé qui, pour leur part, ne conçoivent qu'un monde idéalement sphérique ( = la sphère est la forme divine par excellence) ne supportent évidemment pas pareille hérésie et rêvent de s'emparer d'Ephèbe et d'y brûler la célèbre Bibliothèque.

Le soutiendront encore, parfois sans en avoir une conscience très nette, l'apprenti-philosophe Tefervoir, neveu de Honorbrachios et ingénieur de génie ainsi que le sergent Simonie, Omnien qui a vu sa famille massacrée au nom de la religion par les armées de Vorbis et qui, en conséquence, espère bien en tirer vengeance un jour ou l'autre et plutôt aujourd'hui que demain. Et bien sûr, la cohorte des autres dieux du Disque-Monde, depuis Io l'Aveugle, leur doyen, jusqu'à Petulia, déesse éphébienne des ... euh ... des péripatéticiennes (ou "messalines peintes", comme on dit à Omnia.)

Ah ! oui, notre ami la Mort fait bien sûr ses apparitions coutumières. La scène finale, où il donne sur Vorbis un avis aussi juste que sans appel, est, je crois, l'une des plus belles et des plus optimistes des "Petits Dieux."

Un roman bien plus profond qu'il ne veut le paraître et qui contribue à faire de Terry Pratchett un romancier d'un talent époustouflant. lol!

* : vraiment, ça vous rappelle quelque chose ?

** : ça aussi, vous êtes sûr ?

*** : non, là, je crois que vous avez mauvais esprit. Jamais Terry Pratchett n'aurait osé ...

**** : puisqu'on vous dit que toute ressemblance avec tout culte existant ou ayant existé ne serait que pure et malencontreuse coïncidence ....


Posté par MDV_ à 18:04 - Terry Pratchett. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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