Lego ergo sum

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13 juin 2007

Je hais les acteurs - Ben Hecht.



I hate Actors
Traduction : Michel Arnaud

Pour une fois, la chose est si rare qu'elle mérite d'être soulignée, c'est le film qui fut tiré de ce roman en 1986 par Gérard Krawczyk qui est à recommander et non le contraire.

Oh ! J'avoue que les dialogues de cette loufoque hécatombe de cadavres dans le Hollywood des années 40 sont étincelants : ce n'est pas pour rien que leur auteur s'appelait Ben Hecht - scénariste dont j'apprécie d'ailleurs tous les apports à la filmographie américaine, garants à mes yeux de qualité et d'intelligence.

Mais le problème est peut-être là : tout ne tient que par les dialogues.

Les personnages ne sont pas des personnages mais des caricatures. Et pourtant, à de très rares titillements près ici et là, aucune n'est vraie, encore moins féroce. Du coup, aucune profondeur psychologique pour des profils si accusés que le lecteur se sent cruellement frustré de les découvrir en fait voués au vide.

"Je Hais les Acteurs" n'est pas non plus un roman-clef même si le cinéphile peut s'amuser à mettre un nom sur les grands producteurs que Hecht nous représente jouant (et trichant) aux hearts. "Je Hais les Acteurs" se contente de reprendre nombre de clichés sur le milieu du cinéma hollywoodien et sa faune et de tenter de les restituer pour argent comptant au lecteur profane. Pour faire bonne mesure, Hecht égratigne légèrement - si légèrement (!!!) - au passage un tel ou une telle et c'est tout. Je ne sais s'il aimait les acteurs mais une chose est certaine : il savait que son gagne-pain dépendait d'eux et de leurs producteurs.

Dans ces conditions, on ne peut guère lui jeter la pierre et sans doute ses propres fans sont-ils responsables du malentendu fait sur ce livre dont on sort amusé certes mais surtout un peu las et très déçu. Le littéromaniaque en sort également une fois de plus conforté dans l'idée que le meilleur des scénaristes-dialoguistes de cinéma ne fera jamais un bon, un vrai romancier.

Dieu merci, il nous reste le film et son DVD où Jean Poiret, Michel Galabru, Michel Blanc et tant d'autres crèvent l'écran. A vos lecteurs ! Là, vous ne serez pas déçus ! Wink

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29 mars 2007

Le Hallier du Pendu - Patricia Wentworth.



Eternity Ring
Traduction : Perrine Vernay

"Le Hallier du Pendu" - pour une fois, le titre français a une relation avec l'intrigue - se déroule une fois de plus dans le petit village so british d'Abbottsleigh où Maggie Bisset, la fille de l'épicière, retenue au lit par une maladie des os ou un accident, se distrait en épiant les conversations téléphoniques des uns et des autres.

Car, en cette époque d'après-guerre, la ligne est commune à tous les habitants du village et encore doit-on s'estimer heureux d'en pouvoir bénéficier.

A Abbottsleigh, personne n'ignore l'indiscrétion pathologique de Maggie mais en général, compte tenu de son état de santé, on la lui pardonne bien volontiers. Or donc, quand débute le roman, Maggie, qui voudrait bien apprendre les raisons qui viennent de pousser Cecily Abbott, mariée de trois mois au séduisant Grant Hathaway, à quitter sans tambour le domicile conjugal ...

... Maggie donc saute sur l'occasion qui se présente de savoir ce que veut à Grant cette voix de femme à l'accent étranger qui le réclame sur la ligne.

Elle n'en saura évidemment rien mais elle pourra témoigner plus tard de la réalité de cet appel.

Peu après, lors d'un paisible thé chez les commères du crû, ne voilà-t-il pas que Mary Strokes, jeune fille née à Abbottsleigh mais que son travail dans la grande ville voisine a rendu considérablement délurée, débarque comme un ouragan en hurlant qu'elle a vu un homme traîner un cadavre du côté du "Hallier du Pendu."

Miss Strokes ayant une tendance marquée à se considérer comme le nombril du monde, ses dires laissent d'abord sceptiques les enquêteurs locaux. Mais il faudra bien se rendre à l'évidence lorsque le cadavre d'une femme sera découvert peu après dans la petite maison abandonnée située non loin du Hallier ...

Un petit roman désuet mais sympathique, qu'on sirote entre deux tasses de thé bien fort et qui nous fait passer un bon moment sans violence tout en nous faisant hésiter (presque) jusqu'au bout sur l'identité du meurtrier. 

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11 février 2007

Le Vilain petit canard - Martha Grimes.

Afin de parer aux sombres manoeuvres de sa tante Agatha, avide de lui imposer pour les vacances et, si possible, à Ardry End, toute une nichée de cousins américains répondant au nom poétique des "Randolph Bigget", Melrose Plant s'est offert une villégiature à Stratford-on-Avon, ville natale du Grand Will. Il s'y rend avec d'autant plus d'empressement qu'il compte y retrouver Richard Jury, à nouveau dépêché par Scotland Yard sur une nouvelle affaire. Malheureusement, c'est une affaire qui, il faut bien le dire, regorge de touristes américains.

La première victime, Gwendolyne Bracegirdle, a été retrouvée égorgée et éventrée dans l'une des rues paisibles de Stratford. Elle participait à un voyage organisé par la Compagnie du Chèvrefeuille, initialement basée à Atlanta et orientée vers les clients très, très riches. Et, pendant que Gwendolyne se faisait assassiner, le fils de James Farraday, autre membre de ce voyage, était kidnappé.

C'est d'ailleurs sur les instances de Farraday Père, convaincu qu'il n'existe que deux polices valables de par le monde, le FBI et Scotland Yard, que Jury s'est vu refiler l'affaire, au grand déplaisir de son éternel supérieur hiérarchique, le commissaire Racer. Mais, bien qu'il soit, comme d'habitude, assez content de jouer un mauvais tour à son chef, Jury se serait bien passé de pareille faveur. Enfin, heureusement, il a réussi à se faire adjoindre le sergent Wiggins et puis, bien sûr, il sait qu'il pourra compter sur l'aide de Melrose Plant ...

Avec le talent unique qui est le sien pour entrer en contact avec les protagonistes d'une affaire criminelle avant que Jury lui-même les ait interrogés, Plant a été le premier à faire connaissance avec les voyages du Chèvrefeuille, en la personne de Harvey L. Schoenberg - Harve pour les intimes - jeune célibataire littéralement obsédé par son bébé "Ishi" (= son ordinateur portable) et le livre qu'il prépare sur la mort de Cristopher Marlowe, relation de Shakespeare qui mourut assassiné dans une taverne à l'âge de 24 ans.

La théorie de Harvey, c'est que Shakespeare en personne, horriblement jaloux de Marlowe, a payé des sbires pour le tuer à coup de dague. Théorie qu'il étaye à grand renfort de citations élisabéthaines - manie qui énerve prodigieusement Melrose Plant, touché ici dans sa qualité même de concitoyen du Grand Will et profondément agacé toutes les fois que Harvey l'appelle : "Mel."

Quant au "Vilain Petit Canard", vous aurez deviné sans peine qu'il s'agit d'un énième pub, se dressant donc à Stratford et possédant la particularité d'une double enseigne : le Canard, c'est la partie bar mais le restaurant s'appelle "Le Cygne Noir."

Le moins que l'on puisse écrire, c'est que la ville shakespearienne par excellence ne portera bonheur ni aux Farraday (encore que ...) ni aux voyages du Chèvrefeuille.

Un roman allègre où des morts guère sympathiques s'effondrent dans un jeu de quilles sanglant et où l'assassin se révèle capable d'un amour aussi profond que les héros de Shakespeare. Le tout parsemé de remarques pleines d'humour sur les tics des Américains en voyage.Wink


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Le collier miraculeux - Martha Grimes.

Martha Grimes poursuit sa tournée des pubs anglais aux noms insolites puisque, ainsi qu'elle nous en fait part dans une petite note placée en tête de ce roman et avec fac-similé à l'appui, la City a réellement abrité un débit de boissons portant le nom qui donne son titre à l'ouvrage. Pour les besoins de l'action, elle l'a simplement déménagé jusqu'à l'East End, quartier évidemment infiniment moins reluisant.

Car c'est dans le métro londonien que débute "Le Collier Miraculeux", à la station Stepney Green où la toute jeune Kathie O'Brien (16 ans) joue un ou deux airs de violon afin de se faire un peu d'argent pour s'acheter ces robes à la mode qu'elle aime tant mais que sa mère lui refuse. Hélas ! Concentrée sur son instrument, elle ne remarque pas une silhouette menaçante et s'effondre, victime de ce que l'on appelle "le coup du lapin."

Kathie était originaire de Littlebourne, un "village assez banal situé à une soixantaine de kilomètres de Londres." Un village tranquille également où la présence du Yard, en la personne du commissaire Richard Jury et du fidèle sergent Wiggins, est cependant requise afin d'enquêter sur le corps d'une femme découvert par un chien dans les bois de Horndean. Détail macabre et en apparence incompréhensible : deux des doigts de la malheureuse avaient été sectionnés, puis rejetés sur l'herbe.

Ajoutez à cela une curieuse histoire de lettres anonymes écrites aux crayons de couleur, puis expédiées en vrac dans un grand sac plastique à la poste du coin afin que la préposée les distribue sans autre forme de procès aux habitant de Littlebourne et vous aurez une idée assez exacte de l'intrigue.

S'étant débarrassé non sans ruse de sa tante Agatha, Melrose Plant débarque à Littlebourne pour y donner un coup de main à son vieil ami Jury. Ce sera pour lui l'occasion d'y croiser une foule de personnages pittoresques : la tribu Bodenheim, une famille de hobereaux horriblement snobs qui tiennent absolument à demeurer les seuls "aristocrates" du coin ; Polly Pread, écrivain spécialisée dans les romans policiers et dont l'un des passe-temps favoris est de s'exercer à ce dur métier en couchant sur le papier les mille-et-une morts qu'elle imagine justement pour les Bodenheim ; les soeurs Craigie, Ernestine, ornithologue distinguée et tyranneau en jupons, qui a découvert le corps, et sa soeur Augusta, "grise comme une souris," dont l'existence est si morne qu'elle se glorifie de l'unique lettre anonyme qui lui a été adressée ; et bien sûr la petite Emily Louise Perk, authentique garçon manqué et lad unique et favori des Bodenheim, qui n'a pas son pareil avec les chevaux et qui occupe ses rares moments de loisirs à consommer citronnade sur citronnade et à colorier ses albums de dessins.

Face à ce déploiement rural, les personnages londoniens appelés à jouer un rôle déterminant dans l'affaire ne sont pas en reste, qu'il s'agisse des habitués qui se réunissent au "Collier Miraculeux" pour jouer au jeu "Sorciers & Guerriers" ou encore de Ash Cripps (dit "Ash le Flash") et de sa famille.

L'un des meilleurs livres de Grimes : contrairement à "L'Inconnue ..." et à "L'Auberge ...", tout s'y tient, du début jusqu'à la fin. Le rythme ne faiblit pas et même sans Agatha mais grâce à la triple performance des Bodenheim (les parents, notamment), de Polly Pread et de la petite Emily-Louise, on s'amuse bien.

La note romantique est superbement assurée par Cyril Mecenary, le professeur de musique de Kathie, lorsqu'il apprend la mort de la jeune fille.

L'assassin enfin est vraiment insoupçonnable jusqu'au chapitre ...

Non, je ne vous dirai pas le numéro : achetez "Le Collier Miraculeux", vous verrez bien.


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L'inconnue de la crique - Martha Grimes.

Ca débute sur des chapeaux de roue avec un Melrose Plant décidé à acquérir ou louer une résidence en Cornouailles et une Agatha Ardry bien résolue à se faire agent immobilier (oui : inutile de rire, cette femme est imperméable à l'humour !)

Finalement, Melrose jette son dévolu sur le manoir de Seabourne, somptueuse demeure des Bletchley, lesquels ont renoncé à y vivre après qu'on eût retrouvé sur la plage, noyés, les deux jeunes enfants de la famille : Noah et Esmé. Le crime n'avait jamais été résolu, au grand dam de l'inspecteur Macalvie, autre personnage récurrent de l'univers de Martha Grimes qui a planté quelques unes de ses intrigues dans ces Cornouailles anglaises qui inspirèrent à Agatha Christie ce chef-d'oeuvre absolu qui s'appelle : "Dix Petits Nègres."

La tragédie qu'a vécue Seabourne pèse encore sur le village où le grand-père, Morris Betchley, s'est retiré après la mort des enfants pour y fonder une institution pour vieillards. Américain et bussinessman redoutable ayant bâti un véritable empire de fast-foods où l'on mange bien (Grimes est elle-même américaine et émet ici un voeu pieux que partagent nombre d'Européens), Betchley est l'une des figures les plus sympathiques du roman.

Bien sûr, toute cette histoire intrigue Melrose qui entreprend de faire son curieux. Pour une fois, Richard Jury, retenu en Irlande par une mission spéciale ayant trait aux agissements de l'IRA, n'arrivera pour le soutenir qu'à la toute fin du livre. Fort heureusement, Plant s'entend plutôt bien avec Macalvie.

Il flâne donc de-ci, de-là dans le village qui est bientôt à nouveau troublé par l'annonce de la découverte d'un corps de femme dans une petite crique. Chris Wells, propriétaire du restaurant du coin, s'est en effet évanouie dans la nature il y a quelques jours, laissant son neveu, Johnny, dans le plus grand désarroi : se pourrait-il que ce nouveau cadavre et Chris ne fissent qu'un ... ?

Il y a une chose qu'on ne peut nier : c'est que l'intrigue est bien enlevée et titille en abondance la curiosité du lecteur. J'ai cependant trouvé, là encore, que la fin où interviennent les snuff movies, péchait par son invraisemblance.

Mais, une fois de plus, c'est l'atmosphère et la chaleur des personnages familiers qui priment. Je vous recommande tout particulièrement les passages londoniens où l'on voit les collègues de Jury et le chat Cyril se morfondre dans l'attente de son retour.

Ceci ne reste bien évidemment qu'un avis personnel. Si vous lisez "L'Inconnue de la Crique", peut-être ne le partagerez-vous pas. N'hésitez donc pas à venir l'écrire ici.


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L'Auberge de Jérusalem - Martha Grimes.

Encore un nom de pub pour un roman à mon avis mineur. Pourtant, ce n'est pas là mais dans un cimetière enneigé, à l'époque de Noël, que Richard Jury, en partance pour Newcastle où il compte faire acte de présence auprès de sa cousine pour les fêtes de fin d'année, rencontre Helen Minton, une jeune femme "[évoquant] les figures longilignes sur les affiches des années 20."

Toujours célibataire mais toujours gentleman, notre inspecteur de Scotland Yard est bien décidé à la revoir après les vacances. Mais si son souhait se réalise, ce sera de manière bien cruelle car, quand il la revoie, elle est morte. Empoisonnée.

Bien que non concerné, territorialement parlant, par ce décès abrupt, Jury fait des pieds et des mains pour que l'inspecteur Cullen, en charge de l'affaire, admette qu'il vienne marcher sur ses plates-bandes. Indice par indice, il va s'apercevoir qu'une piste intéressante mène tout droit au manoir de Charles Seaingham, célèbre critique d'art londonien.

Je ne vous conterai pas par le menu comment Melrose Plant et son épouvantable tante par alliance, Agatha Ardry, flanqués de Vivian Revinton, finiront par se retrouver aussi chez Charles Seaingham, en compagnie de Jury. L'intrigue est copieusement alambiquée et, bien qu'on sourie souvent, paraît parfois un peu trop artificielle. La fin d'autre part m'a parue tirée par les cheveux.

Malgré tout, l'univers créé par Martha Grimes tient toujours la route. Il se trouve simplement que, comme toujours avec des personnages récurrents, surtout dans un roman policier, l'inégalité soit au rendez-vous.

Que cela ne vous détourne pas de Grimes : je compte relire tous ses romans et en parler régulièrement sur Nota Bene et je vous assure qu'il y en a quelques uns (comme le "Vilain Petit Canard") qui valent vraiment le détour.


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10 février 2007

La Clinique - Jonathan Kellerman.

Hope Devane, séduisante et compétente universitaire diplômée en psychologie et auteur par ailleurs d'un best-seller sur les comportements sexuels, est retrouvée non loin de chez elle, saignée à blanc par trois coups de couteau : l'un au coeur, l'autre au vagin, le dernier dans le dos.

L'enquête, qui piétine, est confiée très vite au lieutenant Milo Sturgis, l'un des rares enquêteurs homosexuels de la planète Polar. Et comme de bien entendu, celui-ci demande un coup de main à son ami, le Dr Alex Delaware, psychiatre renommé.

Et voilà que la personnalité de la disparue commence à révéler quelques défauts. Elle avait par exemple obtenu de l'université où elle dispensait ses cours qu'un Comité fût créé afin que les étudiantes victimes de harcèlement sexuel vinssent y exposer leur situation. Si l'Administration y avait vu tout d'abord une initiative heureuse, destinée à panser les plaies et non pas à leur rajouter une couche de gangrène, elle avait dû déchanter : ces convocations entre étudiantes stressées à mort et étudiants niant les avoir harcelées de quelque manière que ce fût avaient vite tourné aux procès où, dès le départ, le défendeur se trouvait condamné.

Milo et Alex seraient partants pour imaginer un meurtrier issu de ces confrontations inhabituelles - et au demeurant illégales - mais ...

Mais survient le meurtre d'une call-girl, Mandy Wright, qui n'aurait rien de commun avec celui de Mrs Devane n'était un modus operandi, exactement semblable : trois coups de couteau, assenés dans le même ordre et dans les mêmes zones corporelles.

Comment diable rattacher la call-girl à Hope Devane ? C'est là que gît le noeud du problème.

Un problème résolu de main de maître par les deux compères pour la plus grande joie de leur lecteur qui trouve ainsi dans "La Clinique" l'un des meilleurs romans de Kellerman. L'Amérique y est dépeinte avec son cortège d'ambiguïtés et le regard que l'auteur jette sur certains personnages secondaires et leurs agissements (comme la mère de Chenise ou Big Micky) n'est pas sans nous interpeller.


Idéal pour les vacances. Sous le soleil ou sous la pluie, vous passerez un bon moment. Wink

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Qu'elle repose en paix - Jonathan Kellerman.

Jonathan Kellerman, auteur américain d'origine juive, est probablement l'un des meilleurs techniciens du roman policier actuel : à de rares exceptions près parmi lesquelles je compte "Le Nid de l'Araignée" (intrigue prometteuse qui tourne court) et "Billy Straight" (un peu trop démago, à mon goût), Kellerman réussit toujours à mener son lecteur jusqu'au bout sans le laisser deviner le nom du coupable avant l'extrême fin du roman.

Dans ses romans policiers, on retrouve toujours le tandem Alex Delaware, psychiatre de profession, Milo Sturgis, lieutenant du LAPD ronchon et homosexuel. Sturgis est d'ailleurs à mon sens l'une des meilleures incarnations de l'homosexuel dans la police : il n'a rien à voir avec les clichés habituels et Kellerman le rend à la fois émouvant et crédible.

"Qu'elle repose en paix" s'ouvre avec un curieux classeur bleu rassemblant des photos de meurtres probablement dérobées aux dossiers originaux et adressé par un inconnu au Dr Delaware. Ca tombe bien, Delaware est pour la énième fois en porte-à-faux avec sa compagne Robin (cela, c'est l'aspect toujours un peu lassant de ces aventures mais on se résigne) et il ne demande qu'à se lancer une nouvelle fois à l'aventure. Ce psychiatre qui s'est lassé de sa clientèle de luxe n'aime en effet rien tant que de s'en aller patauger au milieu des énigmes policières les plus tordues.

Ayant montré le dossier à Milo, celui-ci lui apprend que l'une des photos se rapporte à un meurtre non élucidé dont il avait été chargé alors qu'il débutait : celui d'une toute jeune fille, dénommée Janie Ingalls (aucun rapport hélas pour elle ! avec la famille Ingalls de "La Petite Maison ..."), droguée et déboussolée, découverte morte et ayant subi de graves mutilations, sur une route de Los Angeles, alors qu'elle n'avait que 17 ans ...

Le plus rageant peut-être dans l'affaire, c'est que, à l'époque, Sturgis et son équipier, Pierce Schwinn, avaient été évincés de l'enquête. La chose était flagrante mais Sturgis n'avait rien pu faire. Bref, ce dossier étrange et cette photo macabre réveillent toute une foule de souvenirs chez Milo, et pas des plus agréables : il lui semble qu'une main venue de l'Au-delà s'est entremise pour que ce dossier lui parvienne, par l'intermédiaire de Delaware. A partir de là, les deux hommes vont tout faire pour élucider cette affaire étouffée dans l'oeuf.

Si vous aimez les bons policiers, bien dosés mais pas trop gore, allez-y de confiance : "Qu'elle repose en paix" ne devrait pas vous décevoir. thumleft


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Le Policier qui rit - Per Sjöwall & Maj Wahlöö.



Difficile, pour ceux qui ne les ont jamais lus, d'aborder pour la première fois chez Sjöwall et Wahlöö. La fiche de "Ma Bibliothèque est Net" vous éclaircira sur ce couple qui, bien avant Hennig Menkell, fit du "polar social" à la suédoise :

http://www.livres-online.com/-Sjowall-Maj-.html

Au point de départ du "Policier qui rit", un nonuple meurtre, le mitraillage, dans un bus à impériale de Stokholm, de neuf passagers qui, a priori, n'avaient strictement rien à voir les uns avec les autres. Au milieu : un inspecteur de police assis auprès d'un petit truand plus ou moins toxicomane.

Même si le lecteur se dit que le policier devait bien filer le truand, les conclusions sont surprenantes. Comme d'habitude, l'enquête s'emballe pratiquement sur la fin et tout ce qui précède n'est en fait qu'une analyse lente, méthodique, de la dégradation du système social suédois.

A mon avis, "Le Policier qui rit" est idéal pour appréhender les aventures du commissaire Martin Beck que certains surnommèrent "le Maiget suédois." Le parallèle avec Simenon est, il est vrai, inévitable. Mais entre le couple Sjöwall-Walhöö et l'auteur belge, il y a tout un monde : différences sensibles du climat et de la longueur des jours (la nuit polaire n'est pas loin chez les Suédois), différence de la pensée religieuse également (chez Sjöwall et Wahlöö, les gens sont situés par rapport à leur paroisse), différence d'époque bien évidemment puisque la carrière de Simenon et de son Maigret est bien plus étendue que celle des Suédois, qui ne rédigèrent en tout et pour tout que dix polars, à partir des années 60. L'ombre du terrorisme par exemple plane toujours chez ces derniers alors que, pour autant que je sache, Simenon n'y a jamais fait allusion.

Les puristes commenceront peut-être par "Roseanna" qui, de fait, est le premier volume publié par Sjöwall & Walhöö. Je le relis bientôt et viens vous en parler.

Si vous le voulez bien ! Wink

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La Colline aux suicidés - James Ellroy.

Dernier volume de la trilogie consacrée à Lloyd le Dingue, cette "Colline aux Suicidés" fait référence à une colline située dans la banlieue de L.A. et où, dans les années 60, les jeunes motards avaient pris l'habitude de se fixer des rendez-vous cinglés, dans le genre de celui qui permet à James Dean, dans "La Fureur de Vivre", de faire la preuve de son courage - et de sa folie suicidaire.

Seulement, dans le livre d'Ellroy, les motos doivent franchir un profond fossé donnant en chute libre sur les égouts de la ville. Certains y sont morts (la tradition voulait qu'on prît la précaution d'y jeter au préalable de chaque duel maints objets coupants et tranchants, style crocs de boucher ou baïonnettes) et ceux qui en ont réchappé n'ont plus jamais été les mêmes, d'autant que, dans cette marée putride, se confondent nombre de produits chimiques hautement toxiques. Qui pis est : il arrivait à beaucoup de ces jeunes "durs" de tomber quatre ou cinq fois dans le fossé !

A un bout du décor, Ellroy nous plante le sergent Lloyd Hopkins, toujours aussi tête brûlée et aussi adepte de pureté, que ses supérieurs hiérarchiques rêvent de mettre à la retraite anticipée en s'appuyant sur le faux témoignage qu'il a donné pour sauver la vie de Goff et de sa maîtresse, dans "A cause de la Nuit." Quand débute le roman, un expert psychiatrique vient de déclarer Hopkins inapte à poursuivre ses fonctions.

A l'autre bout, un trio de malfrats comme seul Ellroy sait les composer : Duane Rice, qui ne rêve que de retrouver la femme qu'il aime (et qui ne l'aime pas, mais il ne le sait pas encore), Bobby Garcia, un ancien boxeur complètement fêlé qui rêve de meurtres et de viols et Joe, son frère, un "éternel second", que leur enfance commune auprès d'un père violent semble avoir lié à tout jamais à Bobby.

Il y a aussi Meyers, un gardien de prison pour détenus souffrant de troubles psychiatriques, qui ne vaut pas mieux que ceux qu'il garde et qui finira trois balles dans le dos, sur le sol d'une banque, pour des raisons que je vous laisse à découvrir. Kopek, le G-man avec lequel Hopkins se retrouve en train d'enquêter sur le premier braquage commis par le Trio infernal. Et bien sûr le vieil ennemi de Lloyd, son supérieur hiérarchique Fred Gaffeney.

Et toujours, toujours, le spectre de la Rédemption, inlassablement poursuivi par l'un comme par l'autre ... L'atteindront-ils jamais ?

Des trois volumes de la saga Hopkins, j'ai un faible pour "Lune Sanglante" et c'est peut-être pour cela que je juge cette "Colline aux suicidés" un peu plus faible que d'habitude. Je me suis d'ailleurs laissé dire que la saga Hopkins, initialement prévue avec cinq titres, commençait à peser à son auteur justement à partir de ce tome. Et, à mon avis, ça se sent ...) Il existe d'ailleurs un quatrième manuscrit contant les aventures de ce "flic sans loi" mais Ellroy l'abandonna en cours de route pour se consacrer au "Dahlia Noir", son obsession.

L'intrigue n'en demeure pas moins passionnante. Cependant, si vous voulez juger sur pièce - ce qui serait la meilleure solution - lisez les trois volumes dans l'ordre. Wink


Posté par MDV_ à 21:24 - Policiers & romans noirs. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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