07 février 2007
Harry Potter à l'Ecole des Sorciers - J. K. Rowling.

C'est dans la banlieue aisée de Londres, 4, Privet Drive, que réside la famille Dursley. Le père, Vernon, énorme et moustachu, dirige une entreprise spécialisée dans les perceuses et autres instruments du même type. La mère, Petunia, est une maniaque du ménage. Après son époux, son second amour, c'est son fils, Dudley, qu'elle surnomme allègrement (dans la traduction française, en tous les cas) "Dudleynichou."
Et puis,
au numéro 4, Privet Drive, vit aussi le neveu des Dursley, le jeune
Harry Potter, seul enfant de la soeur de Petunia, disparue onze ans
plus tôt dans un accident de voiture aux côtés de son mari, James
Potter. (Telle est en tous cas la version que Harry a toujours entendue
jusque là.)
Comme le souligne J.K. Rowling dans je ne
sais plus quel passage, on ne peut pas dire que les Dursley privent
Harry de nourriture. Cependant, sans évoquer les Thénardier
d'hugolienne mémoire, ils n'apprécient pas du tout leur neveu qu'ils
laissent allègrement brutaliser par Dudley et ses amis.
D'ailleurs, Harry a droit au placard sous l'escalier en guise de chambre à coucher, c'est tout dire.
Quand
débute cette saga promise à l'avenir brillant que l'on sait (mais qui
ne se bâtira de bouche-à-oreille qu'à partir du troisième tome), Harry,
comme d'ailleurs son cousin, va avoir onze ans. Et c'est quelques jours avant cette date symbolique que la Magie fait son entrée officielle dans son existence.
Harry
est en effet né sorcier, fils de sorciers et, en tant que tel, inscrit
d'office dès son premier vagissement à l'illustre Ecole de Magie de
Poudlard que, conformément à la Tradition, il se doit de rejoindre à la
rentrée scolaire suivant ses onze ans.
Cette histoire
effarante, qu'il prend au début pour une mauvaise blague, il l'apprend,
après bien des péripéties (l'oncle Vernon, traqué par des tonnes de
lettres ensorcelées qu'il n'entend pas remettre à leur destinataire,
Harry, et qui, de ce fait, soumettent littéralement le 4, Privet Drive
à un siège intensif reste un moment-culte du livre autant que du film
qui en fut tiré), de la bouche de Rubeus
Hagrid, Gardien des Clefs et des Lieux à Poudlard, le même Hagrid qui
alla le recueillir tout enfant dans la maison où ses parents avaient
été assassinés par Lord Voldemort, le plus grand mage noir de tous les
temps.
Cette nuit de cauchemar, dont le jeune garçon ne
conserve que le vague souvenir d'une fulgurante lumière verte, lui a en
outre laissé sur le front une cicatrice en forme d'éclair,
celle que lui infligea la baguette de Voldemort lorsque celui-ci, pour
compléter son oeuvre de mort, tenta d'assassiner également le
nourrisson.
Seulement voilà :
si prodigieuse que fût la magie du Seigneur des Ténèbres (autre nom
pour désigner Lord Voldemort), elle n'eut sur Harry aucun effet. Mieux
: elle se retourna contre celui qui voulait l'utiliser à son encontre
et depuis ce jour, nul ne sait ce qu'est devenu Lord Voldemort.
Mais,
ainsi que le dira plus tard Albus Dumbledore, le seul sorcier que
Voldemort, qui fut jadis son élève à Poudlard, ait jamais redouté, le
Seigneur des Ténèbres ne possédait plus en lui suffisamment d'humanité
pour mourir. En foi de quoi, il est quelque part, on ne sait trop où,
guettant son heure ...
Tel est
le point de départ d'une série pour la jeunesse qui aura marqué la fin
du XXème siècle et le début de celui-ci à un degré tel que beaucoup
s'en sont agacés. A tort car les aventures de Harry Potter sont aussi
morales que celles que nous concoctait jadis la comtesse de Ségur.
Simplement, elles sont plus modernes et résolument tournées vers un
fantastique qui, d'abord aimable, commence à s'assombrir dès le
troisième volume.
Il n'y
a pas d'ailleurs que les créatures fantastiques qui se fassent plus
inquiétantes. Rowling a eu l'habileté de calquer le "gouvernement" du
monde des Sorciers sur celui des Moldus (= les non-sorciers) et le
personnage de Dolores Ombrage, qui fait son apparition dans le
cinquième volume, s'inspire bien plus de l'Inquisition que des monstres
lovecraftiens. Mais nous y reviendrons.
Un
volume par année passée à Poudlard : si l'idée n'est pas neuve, elle
permet en tous cas à Harry de grandir avec ses lecteurs. Ses émotions
et ses angoisses font de même. Et, bien sûr, ses condisciples : tout
d'abord, ses deux plus fidèles amis, Ron Weasley qui appartient à l'une
des plus vieilles familles de sorciers connues, et Hermione Granger,
une Moldue pur-sang dont les parents sont ... dentistes ; mais aussi
les inénarrables jumeaux Fred et George, frères aînés de Ron, toujours
à l'affût d'une bêtise à faire ou d'une nouveau passage secret à
découvrir, Neville Londubat, dont les parents sont devenus fous après
avoir été torturés par les sbires de Lord Voldemort et bien d'autres ...
Les
professeurs, quant à eux, ne changent guère. D'année en année, tous
sont fidèles au poste, sauf celui à qui revient la charge d'enseigner
la Défense contre les Forces du Mal - on en connaîtra les raisons dans
un autre volume.
Parmi ces
enseignants, mention spéciale au professeur Severus Rogue, l'un des
personnages les plus ambigus et aussi les plus puissants de la série.
Retenez bien son nom ...
... si vous ne le connaissez pas encore, ce dont je doute.
Enfin, on ne se lasse pas de le dire et de l'écrire, la
première magie de ce livre, la plus puissante sans doute, est de
ramener le lecteur adulte et blasé au temps de son enfance, quand il
rêvait encore de sorcières, de balais volants, de dragons ... et d'un
univers aussi vaste que ses rêves les plus secrets.
Et c'est pourquoi, en dépit d'un style un peu faible et que la traduction dessert souvent, J.
K. Rowling mérite de figurer à jamais au Panthéon des Ecrivains pour la
Jeunesse, aux hauteurs vertigineuses où planent depuis longtemps deux
autres Anglo-saxons : le très britannique Lewis Carroll et
l'australienne Pamela J. Travers, la "mère" de Mary Poppins. 
