27 mai 2007
Le néant quotidien - Zoé Valdès.

La Nada Cotidiana
Traduction : Carmen Val Julian
"Le
Néant Quotidien", c'est avant tout une gifle magistrale, assenée par la
narratrice sur le visage d'un lecteur qu'une regrettable candeur
inviterait à considérer encore Cuba et le régime castriste la première
comme le Paradis sur la Terre et le second comme une noble assemblée de
séraphins réunis pour assurer un bonheur parfait à ceux qui peuplent ce
nouvel Eden. La première - comme la dernière - phrase du livre
n'est-elle pas d'ailleurs : "Elle vient d'une île qui avait voulu construire le paradis" ?
A
sa naissance, le 1er mai 1959, la narratrice a reçu de ses parents,
éblouis par les beaux discours de Castro autant que par cette aura
unique qui ne cessera d'entourer son compagnon, "Che" Guevara, le
curieux et redondant prénom de "Patria." Les premières douleurs prirent
la mère de Patria dans la foule, alors qu'elle s'était déplacée de la
Vieille Havane jusqu'à la place de la Révolution pour écouter
s'exprimer Fidel Castro. Alors qu'on l'emportait pour la conduire à
l'hôpital, elle passa devant la tribune et le Che en personne déposa
sur son ventre le drapeau cubain.
Belle, très belle
histoire qui aurait dû faire de la petite Patria une adepte pure et
dure de Castro. Hélas ! entre sa naissance et le moment où, jeune
femme, elle prend la plume pour nous décrire son quotidien (les
problèmes pour se nourrir suite au blocus imposé à l'île par les USA,
les problèmes de ravitaillement en eau et en électricité, bref, la
misère sans espoir qui s'étale sur Cuba tout entière et que l'on ne
peut nommer sous peine de se voir rangé parmi les traîtres et autres
... "fascistes"
), trop de choses sont venues bloquer la voie royale qui paraissait s'ouvrir, en 1959, devant les communistes cubains.
Et
puis, le Che est mort - et c'est comme il avait emporté dans sa tombe
l'auréole de son ancien compère qui l'avait, il est vrai, peut-être
trahi ...
D'ailleurs, Patria ne veut plus qu'on l'appelle Patria : elle s'est rebaptisée Yocandra.
C'est
donc Yocandra qui nous décrit ses amours entre le Traître et le
Nihiliste, son amitié pour la Gusana (surnom ici affectueux et qui
vient de "gusano", ver ou moins-que-rien, nom donné par les castristes
aux exilés volontaires qui vilipendent le régime en place) enfuie en
Europe après avoir épousé un vieil Espagnol et ce vide terrible qui
paralyse depuis tant d'années son pays natal.
Rien, il n'y a rien à Cuba, semble
nous dire ce très court roman (142 pages chez Actes Sud ancienne
édition). Sinon les erzatz de nourriture, les faux-semblants, la
souffrance et la peur. Et l'on pourrait dire de l'espoir que lui aussi
s'est exilé depuis longtemps s'il ne demeurait malgré tout au coeur de
l'être humain.
Un texte superbe et lancinant, qui
révèle une puissante nature d'écrivain et qui ne peut qu'inciter à lire
d'autres oeuvres de Zoé Valdès. 
