07 février 2007
Cent Ans de Solitude - Gabriel Garcia Marquez.

On
m'avait beaucoup vanté "Cent ans de solitude." Trop sans doute. Comme
on avait trop mis l'accent sur la fin du roman qui, pour autant qu'on
me le disait, était seule à expliquer le reste de l'ouvrage. Aussi
ai-je été déçue.
Non cependant par l'ampleur épique du
récit qui nous conte, en un style qui évoque à merveille les paysages
et surtout l'atmosphère de l'Amérique du sud, la grandeur et la
décadence de la famille Buendia et, à travers celles-ci, les
tribulations d'un pays en formation, soumis à des guerres internes
avant de se faire officieusement coloniser par les Etats-Unis, avec
l'aval du parti conservateur mis en place par Simon Bolivar. (Face à
eux, les libéraux, qui en tenaient pour Francisco de Paula Santander.
Au bout du compte et en utilisant pour ce faire le personnage du
colonel Aureliano Buendia - fils cadet de José Arcadio - Marquez les
réunit dans le même sac politique, c'est-à-dire à la solde de la
bourgeoisie et des USA.)
Les personnages sont flamboyants et pleins de cette vie si particulière qui anime les héros des grands auteurs sud-américains. On
peut même parler ici d'une débauche de vie, de quelque chose
d'outrancier et de superbe dont la Mort elle-même ne peut venir à bout
puisque les spectres des disparus, que ne parviennent d'ailleurs pas à
voir tous les survivants, n'arrêtent pas de hanter la vaste maison
fondée puis élargie par José Arcadio Buendia et sa femme, Ursula.
Au
premier rang de ces ombres, Melquiades, le gitan mystérieux et
tutélaire, "mort aux laisses de la Sonde", qui fera découvrir aux
habitants de Macondo d'authentiques tapis volants et lèguera à la
famille Buendia une multitude de parchemins rédigés en un langage
hermétique que, tour à tour, l'un ou l'autre des descendants mâles du
premier José Arcadio tentera de déchiffrer.
En vain jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
Au
delà de l'ambiance très spéciale du roman, qui mêle le défilement de
l'Histoire à un sens aigu du mythique, on peut voir dans la famille
Buendia la Colombie elle-même, en tant que terre fertile et bénie des
dieux, Grande Mère passive mais redoutable que les hommes, par leur
folie, finissent par pousser à bout et qui reprendra ses droits à la
fin du roman, après un déluge symbolique qui dura quatre ans. Car sous
les yeux du lecteur, lentement mais sûrement, victime d'une malédiction
qu'elle porte en elle ou pas, la famille Buendia se détraque : les
générations échangent leur prénom, les rejetons légitimes sont élevés
avec les rejetons adultérins, les jumeaux s'amusent à troquer leur
personnalité, le temps semble tourner en rond, ce qui plonge
l'arrière-grand-père et fondateur dans la folie alors que son
arrière-petit-fils ne sait pas finalement s'il est amoureux de sa tante
ou de sa propre soeur.
Mais pour moi, la fin n'explique
pas tout, elle semble plaquée au contraire sur une chronologie
fabuleuse : bref, elle me paraît finir le roman sans le finir et l'on
croirait l'auteur pris de court.
Et vous, qu'en avez-vous pensé ?
