Lego ergo sum

Un blog pour lecteurs passionnés : littérature française et francophone, anglaise et américaine, européenne, asiatique, etc ... Si vous aimez, rejoignez-nous sur le forum Nota Bene.

29 juillet 2007

Emma - Jane Austen.



Emma
Traduction : Josette Salesse-Lavergne

Après avoir eu un peu de mal à entrer dans ce roman, le plus ambitieux de Jane Austen, je viens d'achever de le dévorer aujourd'hui et je ne suis pas loin de lui conférer la première place devant "Orgueil et Préjugés" ou encore "Persuasion."

Le style est toujours aussi austenien, aussi serré, curieux mélange entre ce que nous donneront le XIXème siècle commençant et le XXème encore dans les limbes. La construction est soigneusement agencée et, si l'on tient compte de l'époque à laquelle ce texte est né, il n'y a, en fait, aucune longueur superflue. Une fois de plus, nous sommes dans la campagne anglaise, un petit village sympathique dénommé Highbury avec ses hobereaux et sa petite bourgeoisie. Et une fois de plus, le thème choisi est l'amour, le mariage. Toutes proportions gardées et à la mode anglaise, on pourrait y voir une forme de marivaudage.

Emma Woodhouse, l'héroïne, est une jeune fille intelligente, sensible et dotée d'un sens aigu des convenances sociales. Elle souffre d'une manie assez rare à son âge : elle prétend marier les autres et non se marier avant les autres. Au tout début du roman, elle persuade sa toute nouvelle amie, Harriet Smith, de refuser la demande en mariage d'un prétendant qui, selon elle, lui est inférieur (il s'agit d'un gros fermier) et d'orienter ses batteries sur le jeune et fringant vicaire, Mr Elton.

Là-dessus, viennent se greffer des intrigues secondaires que j'aurai garde de révéler car cela gâcherait le plaisir du futur lecteur. Qu'il sache seulement que cette diversité dans les actes et les caractères permet à Jane Austen de faire le point sur tous les défauts qu'elle reprochait déjà à la société dans ses romans précédents : compartimentation sociale trop étanche, abaissement de la femme si celle-ci n'a ni fortune, ni mari, inégalités confondantes entre le statut de l'homme et celui de la femme, etc ...

Mais jamais Austen n'a été aussi puissante, aussi cinglante, aussi féroce - aussi violente même. Son ton évoque ici celui, froid et tranquille, d'une personne extrêmement courtoise qui, sans perdre son sang-froid, inflige à ceux qu'elle déteste toute une pluie de critiques acérées, les enchaînant avec une parfaite maîtrise les unes à la suite des autres.

Oui, décidément, "Emma" est bien le meilleur roman de Jane Austen. 

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06 juin 2007

Paméla ou La Vertu récompensée - Samuel Richardson.



Paméla ou la Vertu récompensée
Titre original : Pamela or Virtue rewarded
Traduction : Abbé Prévost


Eh ! bien, ça y est, je l'ai lu. Je l'ai lu et j'ai été très étonnée. Non que ce roman ait été, en son temps, ce que nous nommerions un best-seller (il rencontra, dit-on, un aussi grand succès que "La Nouvelle Héloïse" - mais que, en notre XXIème siècle et pour peu qu'on prenne la peine de la dépouiller des passages où l'héroïne en appelle à Dieu et prône la grandeur de la vertu dans la misère, sa charpente en reste aussi solidement construite.

La question que je me posais à l'origine était celle-ci : comment, avec une histoire aussi mélodramatique et qui, de plus, aurait pu faire les délices du marquis de Sade, un écrivain avait-il pu produire près de quatre cents pages qui se tiennent sans parvenir à lasser son lecteur, et ceci au XVIIIème siècle qui reste tout de même celui où l'on voit poindre à l'horizon rationalisme et lucidité critique ?

La réponse est tout aussi simple : si l'on a le sens du roman, on peut. Or, Richardson était avant tout un très grand conteur.

Si les premières lettres de Paméla à ses "très chers père et mère" font un peu du surplace, très vite, la machine s'accélère et les rebondissements se succèdent. L'histoire, pourtant, est très simple :

Enfant, Paméla Andrews, a été prise en affection par une femme de qualité qui s'est chargée de son éducation. Lorsque sa bienfaitrice meurt prématurément, Paméla a quinze ans et est d'une beauté exceptionnelle. Le fils de sa maîtresse, Mr B. ..., se met en tête de la séduire. Pamela entend bien ne pas céder et réclame à cor et à cris d'être reconduite chez ses parents. Après de nombreuses tentatives avortées de la réduire à merci, le jeune homme feint de se résoudre à la laisser partir. Mais c'est en fait pour l'expédier dans l'une de ses maisons secondaires où il espère, par l'isolement et la compagnie d'une femme de charge qui tient plus de la maquerelle que de l'honnête ménagère, qu'elle finira par accepter le marché qu'il lui propose. Richardson n'étant pas Sade, il a prévu de faire intervenir dans l'intrigue ce minuscule grain de sable qu'est l'amour sincère lorsqu'il rejoint le désir et Mr B. ... et Paméla finiront par se séparer (provisoirement, car il y a une suite dont je ne dispose malheureusement pas) dans les meilleurs termes, chacun ayant compris qu'il aimait l'autre plus profondément qu'il ne le croyait.

Mr B. ... mériterait bien mieux qu'une simple initiale car son personnage qui, au départ, ne semble vouloir s'apparenter qu'au jouisseur-type nous révèle peu à peu des qualités d'intelligence et de ruse qui, on en convient très vite, n'ont d'égales que l'intelligence et la ruse de celle qu'il veut forcer. Car Paméla, bien qu'âgée de 15 ans seulement, fait montre d'un esprit et d'une maturité infiniment supérieures et, lorsque "son innocence", comme elle dit, est en jeu, elle sait très bien dissimuler.

Doit-on la croire quand elle s'auto-apitoie sur son terrible sort et qu'en elle en appelle à Dieu et aux psaumes ? Pour notre morale actuelle, tout cela est excessif et les passages où elle se manifeste de cette manière ont tout du pathos. Mais si l'on veut bien se reporter à l'époque à laquelle se déroulent les événements, on peut la croire sincère. Elle n'est en rien une opportuniste qui rêve de se faire épouser par celui qui la tourmente tant.

En revanche, le lecteur en arrive vite à penser que son créateur, Samuel Richardson, est bien plus roué qu'on ne l'a dit. Qu'il ait prétendu n'oeuvrer que pour le bien de la morale, il est permis d'en douter. Le lecteur complice perçoit trop bien la jouissance qu'il goûte à aligner les machinations de Mr B. et à nous dépeindre la nasse se refermant sur la pauvre héroïne. Ainsi, trahie par le valet à qui elle confiait en un premier temps ses lettres pour ses parents, la malheureuse n'apprend qu'à la moitié du roman que le félon les remettait à son maître, lequel est ainsi aussi au courant des sentiments les plus intimes de la jeune fille. Si le viol physique n'est jamais consommé bien que Richardson nous en dépeigne deux tentatives (dont la dernière risque d'aboutir grâce à Mrs Jewkes, la femme de charge qui immobilise la jeune fille pour permettre à son maître de passer à l'acte), le viol moral, lui, est patent - et la victime, d'ailleurs, ne s'y trompe pas.

Tout bien considéré, la "Pamela" de Richardson présente déjà les meilleures ficelles de ces soap-operas auxquels la télévision nous a habitués. Il y a, en Mr B. ..., quelque chose de JR ou du beau Mason Capwell et, en Paméla, beaucoup de cette jeune femme interchangeable qui, tant dans "Dallas" que dans "Santa Barbara", tient le rôle de LA Victime masochiste qui aime et hait son bourreau. En ce sens, on peut dire que l'intrigue comme les personnages de "Pamela" sont sadiens avec cette différence que, si DAF, en osant toutes les transgressions, va jusqu'au bout de sa haine de la morale courante et de la religion, Richardson ne fait que suggérer au lecteur ce qui aurait pu être en égratignant au passage la noblesse et le clergé d'Angleterre.

Dans "Clarisse Harlowe", il ira plus loin mais au lieu d'en tirer gloire comme Sade, il noiera le tout dans un océan de lamentations sur le sort de sa nouvelle héroïne.

Quoi qu'il en soit, après la lecture de "Pamela", le doute n'est plus permis : Richardson et Sade sont bien de la même famille.

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26 avril 2007

Les Hauts de Hurle-Vent - Emily Brontë.



Wuthering Heights
Traduction : Frédéric Delebecque


Pour le lecteur du XXIème siècle un tant soit peu féru de littérature du XIXème, "Les Hauts de Hurle-Vent" est un véritable coup de poing qu'il reçoit, bouche bée, en plein dans l'estomac.

Où diable donc cette fille de pasteur protestant, qui ne se plaisait que dans la solitude grandiose mais effrayante du Nord du Yorkshire et qui mourut la trentaine à peine achevée, sans avoir pratiquement rien connu du reste de l'univers, oui, dans quels tréfonds de la conscience collective a-t-elle pu puiser cette lave noire, brûlante et tempétueuse qui constitue les fondements mêmes des "Hauts ..." ?

Déjà, le style surprend. C'est un caractère plus masculin que féminin qui se révèle ici. Mais cela va bien plus loin : le trait est ferme, dur, précis ; la construction, en dépit de ses récits emboîtés, a la solidité du granit ; les héros maudits sont d'une seule pièce - et seule la mort parvient à démasquer cette complexité qu'ils n'ont jamais cherché à comprendre en eux parce qu'ils voulaient trop en jouir ; les autres personnages (Lockwood, Nelly Dean, Isabel et Edgar Linton, l'affreux Joseph, les Earnshaw, grand-père, père et fils, le fils Heathcliffe ...), plus francs sans doute et moins volontaires que le couple Catherine-Heatcliffe, forment un choeur à la hauteur du texte et des paysages. Quant aux décors, à mi-chemin entre le gothique radcliffien et la tradition terrienne qu'illustrera plus tard Thomas Hardy, ils sont parfaits.

Si l'on excepte les conventions en vigueur à l'époque dans la société anglaise et qui, bien entendu, réapparaissent çà et là, "Les Hauts de Hurle-Vent" pourrait passer pour avoir été écrit au XXème siècle.

C'est aussi l'un des plus belles histoires de fantômes et de vampires qu'il m'ait jamais été donné de lire. Car Heathcliffe se comporte bel et bien comme un vampire qui, poussé par la vengeance, veut enlever la vie à ceux qu'il hait. C'est à croire que, tel un vampire, il ne peut survivre que s'il pille la force vitale des autres. D'ailleurs, quand sa complaisance pour Hareton lui fait comprendre que cet instinct est moribond, Heathcliffe se tourne directement vers la Mort, afin d'y retrouver Cathy. Il retourne, semble-t-il, là d'où il était venu, enfant mystérieux et à demi-muet qu'un soir de tempête, le Hasard avait placé sur la route du vieux Mr Earnshaw.

Les fantômes sont nombreux et, en bons fantômes, impalpables : lorsqu'il passe la nuit chez Heathcliffe, Mr Lockwood est vite persuadé d'avoir eu affaire à celui de Cathy. Et lorsqu'il en parle à son hôte, celui-ci, si sarcastique qu'il soit, paraît touché. A la fin du roman, lorsque la Mort aura uni Heathcliffe et Catherine, un petit berger jurera même à Mrs Dean "les" avoir vus, "là-bas" ...

Jusque dans leurs apparitions spectrales, ils conservent d'ailleurs quelque chose qui continue à évoquer le vampirisme.

Dans ce roman atypique, dont on devine combien il put choquer les bien-pensants, la perversion gît aussi tout au fond de la passion qui lie Heathcliffe à Catherine Earnshaw. L'un comme l'autre, ils ressemblent à de jeunes fauves pour lesquels les conventions sociales n'existent pas. Certes, ils ne sont pas frère et soeur mais il y a un curieux relent d'inceste dans certains mariages que nous égrène Emily Brontë : Heathcliffe épouse la soeur d'Edgar, son fils épousera la fille d'Edgar et de Catherine et celle-ci se remariera avec le neveu de sa mère ... (L'un des autres héros de la fratrie Brontë était, soulignons-le, lord Byron.)

La sexualité n'est évidemment pas abordée au grand jour mais celle d'Heathcliffe, Bunuel ne s'y est pas trompé, a des airs de nécrophilie. Edgar Linton est efféminé (en tous cas au début) alors que Catherine Earnshaw a quelque chose de masculin, etc, etc ... Mis à part Heathcliffe et Hareton Earnshaw d'ailleurs, les hommes sont bien maltraités dans ce roman.

Un livre étrange dans tous les sens du mot, une espèce d'ovni littéraire au style résolument moderne, l'une des plus belles perles noires de la littérature anglaise.

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16 avril 2007

La Vierge dans le Jardin - A.S. Byatt.



The Virgin in the Garden
Traduction : Jean-Louis Chevalier


Ce volume est le premier tome d'une tétralogie qui se poursuit notamment avec (dans l'ordre chronologique) "Still Life" et "Tower of Babel" (le quatrième et dernier volume n'était pas encore paru, il me semble, en français.) Bien qu'on y retrouve des personnages récurrents dont l'héroïne, Frederica Potter, en qui on serait tenté de découvrir un double de l'auteur, chaque volume peut se lire séparément. A.S. Byatt aimant cependant les mises en abyme et possédant par ailleurs un style très dense, mieux vaut, à mon sens, respecter la chronologie.

Car la Frederica que nous allons découvrir dans "La Vierge dans le Jardin" est encore mineure : elle a à peine 17 ans. Elle est la fille d'un universitaire caractériel, William Potter, et de son épouse, la douce mais énergique Winifred. Et elle est "coincée" entre sa soeur aînée, Stéphanie et son jeune frère, Marcus.

Les trois enfants Potter ont ceux-ci en commun d'avoir remporté et de continuer à remporter en cours des notes plus que brillantes. Stephanie rêve cependant de s'émanciper de la lourde atmosphère de la maison familiale tandis que Marcus, quasi mutique et asocial, ressemble à l'un de ces étudiants qui, dans certaines nouvelles de Lovecraft - un passionné de mathématiques, lui aussi - ont des "visions géométriques" aboutissant à des mondes parallèles - ou à la folie.

Federica partage également avec sa soeur un important béguin envers Alexander Wedderburn, collègue de son père sensiblement plus jeune et surtout dramaturge qui, au début du roman, vient de terminer une pièce en vers sur Elisabeth Tudor. Nous sommes en 1952 et l'Angleterre tout entière ne respire plus que dans l'attente du couronnement de l'autre Elizabeth, la seconde, la Windsor : belle occasion pour l'université de commémorer les deux événements en faisant représenter la pièce d'Alexander au château de Long Royston, qui appartient à un hobereau local, Malcom Crowe, désireux pour sa part de revaloriser sa propriété.

Le pivot de "La Vierge ...", autour duquel va s'organiser une tragi-comédie aux multiples épisodes, c'est cette pièce, où Frederica obtient le rôle d'Elizabeth jeune fille. Et l'on pourrait, avec un peu d'imagination, imaginer le branle donné par tous ces personnages, principaux et secondaires, cette espèce de pavane comme en connaissaient les bals du XVIème siècle.

Alexander voudrait bien s'intéresser à Frederica mais celle-ci est mineure et vierge. En outre, il s'est fourré dans une liaison avec la femme d'un collègue, Jennifer Parry. Frederica voudrait bien perdre sa virginité qu'elle tient pour un obstacle majeure à la vie de liberté dont elle rêve. Stéphanie n'en peut plus de supporter les scènes familiales et, bien qu'elle n'ait jamais supposé que la chose pût lui arriver, elle tombe amoureuse de Daniel Orton, le vicaire du prêtre local. Marcus se croit frappé de folie jusqu'au jour où Lucas Simmonds, l'un de ses professeurs, lui assure qu'il a au contraire un don surhumain qui permettra enfin à l'être humain de sublimer la matière. Tout autour, un cercle d'étudiantes et d'étudiants, de comédiens amateurs et professionnels, les images en noir et blanc du couronnement d'Elizabeth II que tous vont contempler dans un silence quasi religieux et bien d'autres choses que je vous laisse le plaisir de découvrir.

Comme toujours, A.S. Byatt coud solide et profond. Son érudition accompagne et encourage le lecteur à chaque page. Seule réserve : les lecteurs qui ne s'y connaissent pas trop en Histoire anglaise seront peut-être rebutés. En d'autres termes, si vous êtes déjà un "byattomaniaque", cet ouvrage sera pour vous un régal ; sinon, vous n'y comprendrez pas grand chose et vous risquez de vous lasser avant la fin - qui n'est d'ailleurs qu'une fin parmi tant d'autres possibles.

En ce qui me concerne, malgré quelques longueurs, je l'ai trouvé si passionnant que je compte me procurer un de ses jours "Still Life" (dont je ne connais pas le titre français) et où se poursuivent les aventures de Frederica, personnage tout à tour comique, exaspérant et touchant.

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13 avril 2007

Des Anges et des Insectes - A.S. Byatt.



Angels & Insects
Traduction : Jean-Louis Chevalier

Ce livre contient deux longues nouvelles "Morpho Eugenia" et "L'Ange Conjugal", reliées entre elles par un personnage qui y tient pourtant un rôle bien secondaire, le capitaine Papagay. Dans la première, il commande le navire qui enverra nos héros, enfin délivrés, vers l'Amazonie et, dans la seconde, il réapparaît fort à propos dans la vie de son épouse, Lilias, alors que tout le monde le croyait perdu en mer depuis cinq bonnes années. Dans les deux cas, l'action se situe en pleine époque victorienne.

"Morpho Eugenia" est le nom d'un papillon très rare que William Adamson, est parvenu à sauver du naufrage où il a failli périr, alors qu'il revenait d'une longue expédition en Amazonie. Amoureux éperdu de la belle Eugenia Alabaster, dont le précédent fiancé s'est suicidé pour des raisons mystérieuses, c'est après le lui avoir montré qu'il finit par trouver le courage et l'opportunité de demander la main de la jeune fille à son père, sir Harald.

En dépit de l'opposition larvée d'Edgar, l'un des demi-frères d'Eugenia (sir Harald s'est remarié après son veuvage), le mariage se fait. Et voilà William solidement installé chez les Alabaster. Commence aussi le cycle des grossesses d'Eugenia qui, pendant le temps de la gestation, se refuse bien évidemment à son époux.

Ce qui amène William, lentement mais sûrement, à établir une relation entre son destin de mâle reproducteur et celui des mâles chez ces fourmis que, en compagnie de Matthy Crompton, parente pauvre de la maisonnée qui fait aussi office de gouvernante auprès des plus jeunes filles de sir Harald, il aime tant à étudier ...

La fin de l'histoire lui révélera d'ailleurs que, en l'occurrence, il n'aura pas même servi de mâle reproducteur ...

Alors, délivré, William quittera les Alabaster et reprendra le chemin de l'Amazonie. Et c'est sur le pont du navire qui doit l'emmener en Amérique du Sud que le lecteur croise pour la première fois le capitaine Papagay.

Ce capitaine Papagay, il le recroisera une seconde et dernière fois à la fin de "L'Ange Conjugal," la nouvelle que je préfère dans l'ouvrage, peut-être parce que, un peu comme dans "Possession" qui s'interrogeait sur les relations entre deux poètes, elle s'intéresse aux liens qui existèrent entre Alfred Tennyson, ses soeurs (l'une d'elles, en particulier) et Arthur Hallam, le dédicataire du célèbre "In memoriam." Tout cela sur fond de spiritisme et d'écriture automatique, avec une bonne dose d'humour et sans aucun temps mort - ce qui n'est pas le cas pour "Morpho Eugenia."

Une fois de plus, on reste émerveillée par la passion avec laquelle A. S. Byatt met son érudition au service du roman. Son style est toujours aussi exigeant et, tous comptes faits, il conviendrait peut-être de commencer la lecture de son oeuvre non par "Possession" mais par "Des Anges et des Insectes." C'est en tous cas ce que je vous recommande tout en faisant mon mea culpa quant à ce que j'ai pu écrire jadis sur ce dernier livre, qu'une relecture attentive m'a fait découvrir dans toute sa beauté. 

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25 mars 2007

Rebecca - Daphné du Maurier (II).

Voici un ou deux passages qui révèlent l'ambiguïté foncière du personnage de Mrs Danvers - et, partant, de sa relation saphique avec Rebecca :

Citation:
"[...] ... [Mrs Danvers] me prit par le bras. Je ne pouvais pas lui résister. Le contact de sa main me faisait frémir. Et sa voix était basse et intime, une voix que je détestais, qui me faisait peur.

- "C'était son lit. Un beau lit, n'est-ce pas ? J'y laisse la couverture d'or, celle qu'elle préférait. Voilà sa chemise de nuit, dans la pochette. Vous l'avez touchée, n'est-ce pas ?" Elle sortit la chemise de nuit de son enveloppe et la déploya devant moi. "Touchez-la, prenez-la,"dit-elle. "Comme c'est doux et léger, n'est-ce pas ? Je ne l'ai pas lavée depuis qu'elle l'a mise pour la dernière fois. (...) C'est moi qui faisais tout pour elle," continua-t-elle en reprenant mon bras pour me conduire vers la robe de chambre et les mules. "Nous avons essayé plusieurs femmes de chambre mais aucune ne faisait l'affaire. (...) Regardez, voilà sa robe de chambre. Elle était bien plus grande que vous, vous vous rendez compte. Mettez-la contre vous. Elle traîne par terre. Elle avait un corps splendide. Voilà ses mules. Elle avait des petits pieds pour sa taille. Mettez vos mains dans les mules. Vous sentez comme elles sont étroites ? ... [...]


Un peu plus loin, alors que la narratrice et la femme de charge s'apprêtent à quitter la chambre de Rebecca :

Citation:
"[...] ... Ses manières étaient redevenues intimes, insinuantes, déplaisantes. Son sourire était faux.

- "Un jour, quand M. de Winter sera absent, si vous vous ennuyez, cela vous fera peut-être plaisir de venir dans cette chambre. Vous n'aurez qu'à me le dire. ... [...]"


Enfin, ce dernier où Mrs Danvers "se lâche" après le bal costumé :

Citation:
"[...] ... Les hommes n'avaient qu'à regarder [Mme de Winter] pour en être fous. J'en ai vus ici, des hommes qu'elle avait rencontrés à Londres et qu'elle ramenait pour les week-ends. Elle les emmenait se baigner en bateau, elle faisait des pique-niques le soir dans sa petite maison de la crique. Ils lui faisaient la cour, bien sûr. Elle riait, elle me racontait en rentrant tout ce qu'ils avaient dit et tout ce qu'ils avaient fait. Elle n'y attachait pas d'importance, c'était comme un jeu pour elle, comme un jeu. Qui n'aurait pas été jaloux ? Nous étions tous jaloux, tous fous d'elle : M. de Winter, Mr Jack, Mr Crawley, tous ceux qui la connaissaient, tous ceux qui venaient à Manderley. ... [...]"


Alors, convaincus ? ...

On peut même se demander si, jadis, ce n'est pas Mrs Danvers qui a "initié" Rebecca enfant ...

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Rebecca - Daphné du Maurier (I).



Rebecca
Traduction : Denise Van Moppès.

Cela faisait très précisément trente-six ans que je n'avais pas relu "Rebecca." A la lumière de mes quarante ans bien dépassés, allais-je lui trouver toujours autant de charme ?

La réponse est oui. L'aspect romantique du livre, cette histoire de Cendrillon gothique, m'importe désormais beaucoup moins mais comment ne pas s'incliner devant le sens de la progression dramatique qui caractérise l'auteur et devant cette construction quasi impeccable ? La charpente de ce roman, c'est du béton armé. Et tout l'art de Daphné du Maurier - maîtrise qui a peut-être joué un mauvais tour à sa réputation, l'étiquetant à tort comme "romancière féminine" - est de le dissimuler jusqu'au bout à son lecteur.

Pour ce faire, elle donne d'abord libre cours à ce qu'il y a en elle de plus gothique, de plus attaché à ce riche passé littéraire anglais où se confondent les noms de Byron, de Mary Shelley, de Mathew Lewis, de Maturin et de tant d'autres. Tout, dans "Rebecca" est sombre, tragique, orageux. Sous les beautés des jardins anglais, dans les fureurs de la mer des Cornouailles, entre le cliquetis distingué des tasses de thé et la grande théière d'argent, le Mal est là. Non un Mal grossier et manichéen mais un Mal subtil et terriblement ambivalent.

Maxime de Winter, le héros dont tombe follement amoureuse une narratrice dont on ignorera toujours le nom et le prénom, semble porter en lui une malédiction indicible. Sa jeune femme est traquée par un fantôme qui ne se matérialise jamais autrement que par telle ou telle remarque - en général jamais achevée - qui échappe à l'une ou à l'autre personne ayant jadis connu "la première Mme de Winter." A Manderley, somptueux domaine familial des de Winter, erre aussi une espèce de squelette ambulant, cette Mrs Danvers "aux yeux creux qui lui donnaient une tête de mort", ancienne gouvernante de la morte et qui, depuis le décès de celle-ci, continue à régenter les domestiques et les affaires internes de la maison. Et quand survient enfin le personnage du joyeux viveur que symbolise Jack Favell, le cousin de Rebecca, on s'aperçoit qu'il est, dans le fond, aussi sinistre que tout le reste.

"Rebecca" peut aussi se définir comme l'histoire d'une femme à qui sa jeunesse et son inexpérience, sans oublier l'incapacité dans laquelle se trouvent les êtres plus âgés qu'elle à faire face à leurs démons personnels, si terribles qu'ils soient, font s'imaginer le contraire de ce que fut (et ce qu'est) la réalité. Si le gothique était poussé jusqu'au bout, la malheureuse en viendrait à se suicider - Mrs Danvers l'incite d'ailleurs à se jeter par la fenêtre de la chambre de Rebecca - ou alors, elle sombrerait dans la folie.

Peut-on dire pour autant que "Rebecca" nous donne une fin "morale" ?

Certes, on l'apprend à la fin (et on sourit souvent devant les circonlocutions un peu pompeuses dont se sert Du Maurier pour évoquer le lesbianisme de Rebecca tout en lui laissant le masque d'une sexualité un peu trop débridée, une espèce de nymphomanie aiguë), la "première Mrs de Winter" était une garce de la plus belle eau. Quand les langues se délient, tout le monde en convient plus ou moins. Il n'est pas jusqu'au magistrat du coin, le colonel Jullyan, qui, bien qu'il n'ait aucun doute quant à la culpabilité de Maxim, ne donne plus ou moins sa bénédiction à ce dernier. Il n'en reste pas moins vrai que Maxim de Winter est un meurtrier et que sa seconde épouse, par amour, se fait complice de ce meurtre.

Ainsi peut-on penser que le terrible incendie qui ravage sur la fin Manderley n'est pas là uniquement pour consommer la haine que Mrs Danvers, ayant compris le rôle joué par Maxim dans la mort de Rebecca, doit à tout prix extérioriser. Dans la lignée de l'incendie qui ravage le Thornton Hall de Mr Rochester dans "Jane Eyre" et tirant évidemment sa puissance de l'imagerie traditionnelle des flammes infernales, l'incendie de Manderley est l'ultime salut que le Mal adresse aux héros de "Rebecca" - et bien entendu à son lecteur fasciné.

Et la romancière a beau en rejeter une dernière fois le blâme sur Rebecca - "Rebecca a gagné", dit en substance de Winter en pressentant la fin qui guette son manoir bien-aimé - le lecteur referme ce roman superbe et surprenant sans partager un seul instant cette conviction benoite et bien-pensante.

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23 mars 2007

Deux Mondes & leurs usages - Ivy Compton-Burnett.



Two worlds & their ways
Traduction : Gérard Joulié

Lord Rodrick Shelley, qui avait épousé en premières noces Mary Firebrace, est resté veuf avec un fils, Oliver et, en prime, la charge de son beau-père, Mr Firebrace, que le remariage de Sir Rodrick avec Maria et la naissance de leurs deux enfants, Clemence et Sefton, n'a pas incité à se chercher une nouvelle demeure.

Les Shelley aiment tendrement leurs deux enfants mais la réalité se rappelle à eux par le biais des ex-belles-soeurs de sir Rodrick, Lesbia et Juliet, qui tiennent toutes deux, la première une institution pour jeunes filles de bonne famille et la seconde, avec l'aide de son mari, Lucius Cassidy, un collège pour jeunes garçons également de bonne famille.

Bien que, en théorie, ni Lesbia, ni Juliet n'aient pas leur mot à dire dans l'éducation des enfants issus du remariage de leur ancien beau-frère, lord et lady Shelley se laissent convaincre de tenter l'expérience d'un séjour scolaire, pour Clemence comme pour Sefton.

Cette essai, qui ne durera que le temps d'un trimestre, va amener les uns comme les autres, jeunes et moins jeunes, à reconsidérer leur situation les uns par rapport aux autres. Une foule de questions vont se donner libre cours et quelques découvertes vont être faites ...

Difficile, très difficile de résumer ce roman où l'auteur dit tout sans avoir l'air d'y toucher. Si l'on s'étonne devant ces personnages qui nous paraissent surannés, on s'étonne encore plus quand on s'aperçoit que, finalement, en dépit des codes qui leur sont propres, à eux et à la société dans laquelle ils évoluent, ils éveillent en nous un certain nombre d'échos qui demeurent d'actualité.

En fait, mieux vaudrait ici évoquer ces tableaux en trompe-l'oeil où, au premier regard, on croit voir telle chose bien précise et surperbement détaillée. Cela, c'est pour la première lecture. Puis, à tête reposée, on commence à se dire que, finalement, on n'a pas vu ce que l'on était pourtant bien certain d'avoir vu. Et c'est là qu'une relecture s'impose.

La construction déstabilise non parce qu'elle est illogique ou fragmentaire - bien au contraire - mais parce qu'elle repose presque uniquement sur des dialogues, une profusion de dialogues où ce qui est dit sous-entend une foule de choses souvent en parfaite contradiction. Avec cela, un vocabulaire précis où les mots ne sont pas choisis par hasard. Soutenir que Compton-Burnett calculait ses virgules serait à peine exagérer.

Tout ici est feutré mais peut-on parler d'hypocrisie ? Car tout - tout - est dit. Avec parfois une méchanceté et un mépris rares, même. Les héros de Compton-Burnett étouffent dans divers carcans mais, sans faire exploser ceux-ci, ils parviennent cependant à faire comprendre qu'ils ne sont pas dupes des convenances qu'ils respectent.

Bref, un roman, un style et un auteur vraiment curieux - et à découvrir. A rapprocher aussi, dit-on, pour les initiés de Barbara Pym. Un conseil cependant : ne vous laissez pas prendre à une première lecture qui risque de vous décevoir. Au-delà des apparences, Compton-Burnett va très loin.

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11 mars 2007

Tess d'Urberville - Thomas Hardy.



Tess of the D'Urbervilles
Traduction : Madeleine Rolland


Quelquefois, le romancier tombe amoureux de son héros, que celui-ci soit ou non du même sexe que lui. Le phénomène est très curieux parce que, au départ, le héros ou l'héroïne ne se distingue pas des autres héros ou héroïnes du même type. Il est un héros, et puis c'est tout. Mais lorsque le romancier s'enflamme pour lui, tout change et il se transforme soit en saint, soit en archétype, parfois même il devient les deux. Ainsi en est-il de Tess Durbeyfield ou plutôt d'Urberville.

Tess est la fille aînée d'un revendeur de poules nommé John Durbeyfield à qui, lorsque commence le roman - à la construction impeccable - le pasteur du coin vient de révéler qu'il descend en droite ligne de l'antique famille des d'Urberville, qui avaient suivi le Bâtard de Normandie dans sa conquête de l'Angleterre.

Durbeyfield et sa femme, Joan, ont l'idée assez saugrenue et tout-à-fait irresponsable d'envoyer Tess se réclamer de ce noble lien de parenté auprès de la vieille Mme d'Urberville qui vit à Kingsbere. Ce qu'ils ignorent, c'est que cette dame, aveugle depuis de longues années, s'appelait en réalité Stroke et ne s'était vu adjoindre la particule des d'Urberville à son patronyme qu'après que son mari l'eût rachetée après extinction de la famille. En outre, Tess ne la rencontre pas directement mais tombe sur son fils, Alec d'Urberville, beau garçon cynique et jouisseur qui, séduit par la beauté de la jeune fille, l'engage pour s'occuper de la basse-cour qui est la marotte de sa mère tout en lui faisant croire qu'il est, de fait, son cousin.

Bien que Tess n'éprouve pour lui que méfiance, d'Urberville parvient à ses fins et il la garderait bien pour maîtresse si elle ne prenait la décision de s'enfuir pour retourner chez ses parents où elle accouche d'un petit garçon qu'elle baptisera elle-même, à sa mort, du nom de "Chagrin." (Oui, ça peut paraître mélo mais le plus étonnant, dans ce livre au style très, très moderne, c'est que justement, bien loin d'user du mélodrame, Thomas Hardy lui préfère une sobriété bien éloignée du XIXème siècle.)

Après la mort de l'enfant, Tess reprend la route et se loue à la vaste laiterie des Cricks où le Hasard la remet en présence d'Angel Clare, fils de pasteur en révolte contre les usages de la société où il est né et qui rêve de se faire agriculteur et non pasteur, ainsi que le souhaitaient ses parents. Au tout début du livre, le jour même où le pasteur Tringham apprenait ses origines familiales au père de Tess, celle-ci avait dansé à une réunion villageoise et Angel, qui passait par là avec ses frères, était resté à contempler le spectacle.

Mais alors qu'il ne l'avait pour ainsi dire pas remarquée lors de cette première rencontre, cette fois-ci, peu à peu, il tombe amoureux d'elle et lui demande de l'épouser ...

Nous n'en sommes alors qu'à la moitié de ce livre qui se dévore sans effort tant le style se déroule en souplesse devant le lecteur, en parfaite harmonie avec les paysages ruraux du sud de l'Angleterre où Hardy plantait en général ses intrigues. La fin, on s'en doute - et on le sait si on a déjà vu l'admirable version filmée que donna de cette oeuvre majeure de son auteur le cinéaste Roman Polanski, en 1979 - est loin d'être heureuse . Mais il n'y en avait pas d'autre pour cette histoire toute drapée de la hiératique et cruelle beauté des tragédies grecques.

Même si l'on peut estimer que Hardy, né à la campagne, idéalise un peu trop le monde rural, il ne reste qu'à s'incliner devant le courage et la virulence avec lesquels il vilipende non seulement la société et le sort qu'elle fait aux femmes mais aussi ceux qui, armés des meilleures intentions, il est vrai, tentent de les réformer sans avoir pris la précaution de se réformer eux-mêmes.
Un grand, un très grand livre. De ceux que toute bibliothèque se doit d'honorer.

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22 février 2007

Oiseaux, bêtes & grandes personnes - Gerald Durrell.



Parce qu'il n'avait pas tout raconté sur son enfance à Corfou et que sa famille l'avait, paraît-il Wink, menacé d'un procès s'il complétait son récit, Gerald Durrell décida d'écrire "Birds, Beasts & Relatives", traduit en français sous le titre "Oiseaux, bêtes et grandes personnes."

La famille Durrell n'a pas changé ou fort peu : Larry, l'aîné, aime toujours l'écriture, le whisky, les originaux un peu dingues et aussi le fait de se sentir incompris ; Leslie est toujours aussi  amoureux de la chasse et des sports ;  entre ses recettes de cuisine et son jardinage, Mère est toujours un ange de patience. Et si Margo fait - peut-être - un peu moins de régimes pour son acné, Gerry, le petit dernier, est toujours animé par la même volonté farouche de remplir la maison de specimens à la fois rares et instructifs de la faune et de la flore corfiotes.

Autour d'eux, les personnages secondaires sont eux aussi fidèles à leur image : Spiro sauve Leslie des griffes de la justice locale en pratiquant une corruption éhontée ; Lugaretzia, la bonne des Durrell, appelée à témoigner contre ses patrons, prend tous les saints grecs à témoin de la malhonnêteté du paysan qui ose poursuivre Leslie devant la cour ; Théodore Stephanidès distille ses histoires pétillantes d'humour et puis, de nouvelles têtes font leur apparition.

Sven, tout d'abord, un sculpteur homosexuel en plein chagrin d'amour. Puis Max et Donald (sont-ils homosexuels ? ma foi, on n'en sait rien mais ils vivent ensemble) et enfin l'inénarrable capitaine Creech dont l'hétérosexualité débridée ira jusqu'à prendre pour cible une Mrs Durrell absolument furibonde. Tous bien entendu sont des connaissances de Larry Durrell. Ne pourrait-on voir d'ailleurs dans cette passion de l'aîné pour les excentriques de tout poils une préfiguration de l'intérêt de naturaliste qui caractérise son petit frère ?

Les descriptions de l'île, de ses animaux et de ses plantes sont toujours magnifiques. Seul bémol : le livre s'achève sur la déclaration de guerre, en 1939 et cela confère à l'ensemble une douce note nostalgique, celle des années à jamais enfuies et qu'on ne peut revivre qu'en les fixant à jamais dans l'encre et le papier.

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