Lego ergo sum

Un blog pour lecteurs passionnés : littérature française et francophone, anglaise et américaine, européenne, asiatique, etc ... Si vous aimez, rejoignez-nous sur le forum Nota Bene.

18 juin 2007

Les Ames Perdues - Michael Collins.




Lost Souls
Traduction : Jean Guiloineau

De ce roman, on peut dire qu'il se déroule dans une petite ville américaine, avec des personnages typiques des petites villes américaines et des situations typiques des petites villes américaines et pourtant ...

... pourtant, il règne là-dessus cette amosphère lourde de mélancolie qu'on retrouve dans bon nombre d'ouvrages écrits par des Irlandais ou traitant de l'Irlande.

Au début cependant, entrer dans l'univers des "Ames Perdues" ne fut pas évident parce que, peut-être en raison de la traduction, j'estimais tout cela bien lent et dépourvu de tout mordant. (Le passé composé dans un texte, franchement, ça me met mal à l'aise. Pas vous ?) Il faut dire également que le personnage principal de ce livre est un policier qui ne s'est pas remis de son divorce et qui fait de son mieux pour paraître apathique et presque amorphe. Qui pis est, il est aussi le narrateur et le moins que l'on puisse dire, c'est que son monde intérieur est loin d'être gai.

Au départ aussi, les faits sont simples. La nuit de Halloween, le flic découvre le cadavre d'une petite fille de trois ans caché sous des feuilles. Il semble qu'une voiture l'ait écrasée. Le shérif du coin - curieusement désigné ici sous le nom de "commissaire" - et le maire convoquent le malheureux pour le convaincre de les aider à étouffer l'affaire car il semble acquis que le meurtrier involontaire ne soit autre que Kyle Johnson, l'étoile montante du football au collège local.

Bien sûr, très vite, tout ça se complique et la chute devrait vous surprendre.

Mais ce roman vaut surtout par le portrait de cet homme solitaire et blessé qu'est le héros. Bien qu'il possède une situation stable, il est complètement à la dérive et jette par contrecoup sur tout ce qui l'entoure un regard à la fois perçant et désespéré.

En ce qui me concerne, je l'ai trouvé un peu trop mou, je l'avoue. Mais enfin, cela ne me dissuadera pas de prendre d'autres romans de Michael Collins. Wink

Ce qui retient aussi le lecteur, c'est la manière dont Collins dépeint la petite Hicksville. Il le fait en Européen qui connaît bien le milieu, non en Américain pure souche. C'est cela sans aucun doute qui confère au roman sa touche particulière de tristesse et de désillusion mais sans aucune amertume. Collins se contente d'appeler un chat un chat mais c'est tout : il constate, il ne part pas en campagne contre le mensonge américain.

Ce qui, tous comptes faits, dérange peut-être plus ...

Posté par MDV_ à 17:07 - Irlande & Celtie. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 avril 2007

Sarn - Mary Webb.



Precious Bane
Traduction : Jacques de Lacretelle et M. T. Guéritte.


Situé bien évidemment dans le Shropshire, "Sarn" est le roman dont l'héroïne, Prudence, dite Prue, Sarn, affligée d'un bec-de-lièvre, tenait probablement le plus au coeur de Mary Webb. L'histoire, certes, se termine bien mais le chemin qui mène à cette fin heureuse (et morale) est jonché de cadavres.

Nous ne sommes pourtant pas dans un roman policier. L'intrigue débute alors que Gedeon, le frère de Prue, entraîne sa soeur et leur amie, Jancis Beguildy, la fille du rebouteux et sorcier local, à "sécher" le prêche du dimanche. Le danger encouru est grand car, tous les quatrièmes dimanches du mois (le pasteur ne se déplace dans la paroisse que ces dimanches-là), le père Sarn a l'habitude de les interroger sur ce qu'ils ont entendu à l'église. A la moindre erreur, il cogne. Et dur !

L'inévitable se produit. Tentant de recoller entre eux les bribes du sermon que lui a rapporté Tivvy, la fille du sacristain, qu'il avait chargée d'écouter à leur place, Gedeon s'embrouille tant et si bien que le père court chercher la houssine. Mais sa colère est si grande qu'avant même d'avoir porté le premier coup, il tombe raide mort, d'une apoplexie.

A l'enterrement, ainsi qu'il est d'usage dans cette contrée rurale, le prêtre demande s'il y a un "mangeur de péchés" pour le mort. A l'époque - nous sommes en pleine guerre franco-anglaise, avant la Restauration de Louis XVIII en France - un pauvre ou un mendiant acceptait d'absorber le pain et le vin déposés au pied du cercueil et, ce faisant, de se charger ainsi des péchés du défunt afin que celui-ci pût se présenter le coeur en paix devant Dieu. On lui donnait en sus un peu d'argent pour sa peine.

Mais Gedeon, déjà hanté par le désir d'amasser un maximum d'argent pour se sortir de la condition où l'a placé sa naissance, n'a pas requis l'assistance du "mangeur de péchés." Comme il ne croit ni en Dieu ni en Diable - même s'il ne le dit pas - il s'est décidé à remplir lui-même ce rôle pour son père. Il en profite pour arracher à sa pauvre mère la promesse publique de lui céder l'intégralité du domaine familial s'il accomplit l'indispensable rituel. L'assistance est choquée car tout le monde voit, dans cet entêtement, un signe de grands malheurs.

Ce qui n'empêche en rien Gedeon de "manger" les péchés de son père. Sarn est à lui ...

Je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas encore lu ce roman où abondent les descriptions aussi poétiques et minutieuses de la campagne anglaise. A lire certains passages, on reconnaît sans peine dans l'écriture de Mary Webb l'âme d'une écologiste avant la lettre mais une écologiste consciente à la fois des beautés et des perversités que recèle la nature.

Même si son héroïne est profondément imprégnée des versets et chapitres de la Bible (surtout les plus poétiques, les plus littéraires), Mary Webb fait cependant de Prue une femme qui cherche à se libérer dans l'apprentissage de la lecture, puis de l'écriture. En certaines occasions, Prue révèle également des qualités traditionnellement masculines - comme la détermination dont elle fait preuve pour sauver l'homme qu'elle aime de la morsure d'un chien féroce. Autant Gedeon, dont le caractère, lui aussi, est puissamment affirmé, nous paraît en fait bien faible tout au fond de lui, autant sa soeur est le vrai, l'authentique "pilier" de la famille.

Mais la malformation congénitale dont elle a souffert, et qui incite les paysans trop frustes à voir en elle une fille du Diable allant danser au sabbat sur les collines, la rend en même temps timide et elle accepte trop facilement de se sacrifier, de s'effacer. L'empreinte de la religion et de la superstition est telle que, si intelligente qu'elle soit, Prue se pose souvent la question elle-même : pourquoi le lièvre a-t-il croisé le chemin de sa mère alors que celle-ci l'attendait ?

Tel qu'il est, c'est-à-dire moins achevé que "Gone to earth" ("La Renarde"), "Precious Bane" (que l'on peut traduire littéralement par "Le Fléau Précieux") et que les traducteurs français ont choisi avec sagesse de transposer en "Sarn", le nom du domaine où se situe l'essentiel de l'action, est un roman envoûtant, plein de brumes et de murmures, de violences et de beautés, et qui, par bien des côtés, n'est pas sans rappeler la froide et pure beauté des tragédies grecques.

Posté par MDV_ à 12:32 - Irlande & Celtie. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 avril 2007

Au Sujet de "La Maison du Splendide Isolement" d'Edna O'Brien.

Sur "La Maison ...", ceci, que nous communique gentiment Yvon :

Citation:
MM : Votre travail de recherche pour cette trilogie fut intense, du début jusqu'à la fin. Je sais que vous vous êtes renseignée sur les motivations très complexe des Wild Decembers mais vous avez même rencontré Dominic McGlinchy* pour cette "Maison du Splendide Isolement" où un terroriste irlandais en cavale débarque dans la maison d'une vieille dame et s'y cache. Comment cela s'est-il passé ? Qu'est-ce qui est ressorti de ces discussions avec McGlinchy et quelles furent vos impressions ?

EO'B: Beaucoup, beaucoup de choses, beaucoup d'impressions, et c'est un plaisir pour moi de vous le dire. Mais j'aimerais tout d'abord vous parler de quelque chose qui me tracasse. Il y a le présent, le passé et l'avenir, et une oeuvre de fiction englobe les trois. En ce sens, on peut dire qu'un roman possède une dimension mythique et souterraine.

"La Maison ..." commence ainsi : "L'Histoire est partout, elle s'infiltre dans le sol comme la pluie, ou la grêle ou la neige ou le sang. Une maison se souvient, une remise se souvient, un peuple rumine, le conte diffère selon le conteur." La seule façon pour moi d'écrire sur "les Troubles", ainsi qu'on les appelait de manière très vague à l'époque, était d'amener un croisé de l'IRA venu du Nord dans une maison vide où une femme, âgée et isolée, se trouve elle-même enfermée par sa propre perception de l'Histoire.

On me l'a beaucoup reproché, tout particulièrement en Angleterre.
Un critique a suggéré que j'avais perdu le talent que j'avais semblé posséder. Il n'a pas précisé comment je m'y étais prise ! C'est le genre de chose que l'on a à supporter mais qui vous permet d'avancer.

Le premier lien sensible qui m'a attachée à Dominic McGlinchy date du début des années 70, lorsqu'il fut capturé le jour de la St Patrick dans une maison, à Clare, non loin de la maison de retraite où se trouvait mon père. Quelques années plus tard, je me trouvais à Dublin, dans une manifestation et j'ai demandé ce qu'il devenait. Une femme a crié à son mari : "Chéri, qu'est-ce qui est arrivé à Dominic McGlinchy ?" Et la réponse est arrivée avec une clairvoyance extraordinaire : "Il a reçu une balle alors qu'il sortait d'une cabine téléphonique." Et c'était bel et bien ce qui s'était passé !

Je lui ai écrit ainsi qu'au gouverneur de Portlaoise, et j'ai obtenu l'autorisation de lui rendre visite.
On ne pouvait prendre de notes ou quoi que ce fût et, la première fois que j'ai franchi le portail, Dominic et son gardien s'étaient préparés à ma visite de façon très chevaleresque. Ils avaient apportés des chaises pour que cela fût plus habitable. J'ai demandé "Lequel de vous deux est Dominic ?" et il a répondu : "C'est moi."

Il m'a raconté un grand nombre de choses sur sa vie, son enfance à Bellaghy, parmi les familles catholiques, et toutes les avanies subies par celles-ci de toutes les façons. Il avait quatorze ans quand il fut interné pour la première fois : il n'avait commis aucun crime et c'est cette arrestation arbitraire qui a instillé en lui la résolution de rejoindre l'IRA. Nous savons tous les tueries, les boucheries qui ont eu lieu, des deux côtés des opposants mais il faut bien admettre que ce sont le gouvernement britannique et l'intransigeance de la domination unioniste (les Orangistes ou Loyalistes) qui sont bel et bien responsables de ces années de terreur et de mensonges. (Sources : A Mi-Mot - Traduction : MDV.)


* : le terroriste de l'IRA qui inspira le personnage de McGreevy dans "La Maison du Splendide Isolement."

Posté par MDV_ à 13:26 - Irlande & Celtie. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mars 2007

La Maison du splendide isolement - Edna O'Brien.



House of Splendid Isolation
Traduction : Jean-Baptiste de Seynes


Sur le blog d'Yvon consacré à la littérature celtique, j'avais cru comprendre qu'Edna O'Brien n'était guère partisane d'une construction littéraire "classique" et que "La Maison du Splendide Isolement" faisait exception à cette tendance. C'est donc par là que j'avais décidé de découvrir son oeuvre - laquelle est impressionnante.

Les premières pages pouvaient cependant faire appréhender une intrigue décousue. Les phrases y sont courtes, sèches, ou alors très vagues. Mais on ne comprendra pourquoi qu'à la fin du roman. Un enfant - quel enfant ? - évoque une maison où il semble vivre (ou, à tout le moins, bien connaître) ainsi que la Vallée du Cochon Noir, ce Gurtaderra décrit dans les livres.

Puis on tombe en plein dans la cavale d'un membre de l'IRA, McGreevy, et dans les soucis que cela cause au responsable policier qui le traque. Et puis enfin, on en arrive à la Maison du Splendide Isolement.

C'est dans cette maison isolée que vit Josie, une vieille femme sans enfants qui ressasse les souvenirs de sa jeunesse. Son emploi de serveuse, jadis, à Brooklyn, avant qu'elle ne revînt en Irlande pour s'y dénicher un mari valable. Le mauvais choix, bien sûr. Non que James fût un mauvais homme mais ... Un minimum ici est dit sur la sexualité du couple mais on comprend très vite que, pas plus que James n'était fait pour Josie, celle-ci n'était faite pour James. Et puis la frustration qui s'installe de part et d'autre, les nuits passées au pub du village pour lui et les rêveries amoureuses de la jeune femme sur le médecin, puis sur le prêtre ... Et la brutalité, l'alcoolisme, les pleurs, les regrets, le veuvage enfin et la solitude ...

Tout cela, Josie le découvre peu à peu au lecteur, alors que l'irruption de McGreevy, bien décidé à se cacher chez elle, lui fait, une dernière fois avant qu'elle n'entende ces bruits de chaînes dans l'escalier qui, selon la tradition familiale, annonce leur mort aux habitants de la maison, considérer ce que fut sa vie, avec ses joies (bien modestes) et ses peines (bien plus nombreuses.)

Une relation étrange, mi-amour, mi-affection mère-fils, se noue pendant ces quelques jours entre le "psychopathe" en cavale et la vieille dame et un peu du passé récent de l'Irlande nous est ainsi restitué : le poids des convenances, le poids de la religion (catho ou protestante, peu importe), le poids de la révolte, le poids de la violence aussi.

Un livre remarquable mais dans lequel on entre par la petite porte, persuadé qu'il n'y existe pas, en fait, de grande porte. C'est pourtant par celle-ci qu'on en ressort - conquis.

Posté par MDV_ à 14:33 - Irlande & Celtie. - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 février 2007

Site Jean-Marie Déguignet.

Il s'agit du site consacré à la vie et à l'oeuvre de Jean-Marie Déguignet, un grand anti-clérical breton dont la devise aurait pu être : "Ni Dieu, ni maître !"

Site Déguignet

Déguignet fut retrouvé mort devant la porte de l'hospice de Quimper, le 29 août 1905. Il n'a donc pas vu la victoire laïque de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Je signale que le malheureux, qui avait bien servi l'Etat français, était retombé dans la misère par la faute du recteur (= curé) de Pluguffan qui, du haut de sa chaire, appela tout le village à boycotter le débit de tabac que Déguignet, ancien combattant, avait réussi à obtenir.

L'oeuvre la plus connue de Déguignet, qu'il écrivit en français, ce sont les "Mémoires d'un paysan bas-breton", actuellement disponibles en collection de poche. Un livre au ton parfois excessif (encore que, au vu de certains événements actuels, il nous devient plus tolérable ... ) mais qu'il faut lire.

C'est Hugo (je crois ;) ) qui dit un jour : "La Bretagne, cette éternelle révoltée ..." C'est une définition qui convient à merveille à Jean-Marie Déguignet.




Jean-Marie Déguignet - 1834 - 1905

Posté par MDV_ à 17:17 - Irlande & Celtie. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 février 2007

Xavier Grall.

A ce jour, l'un des plus grands poètes bretons d'expression française. Souvent excessif mais toujours sincère et passionné, Grall me fait toujours frissonner car c'est mon pays, sa fierté millénaire et sa révolte éternelle que j'entends dans ces vers, comme ici :

ALLEZ DIRE A LA VILLE

    Terre dure de dunes et de pluies
    c'est ici que je loge
cherchez, vous ne me trouverez pas
c'est ici, c'est ici que les lézards
réinventent les menhirs
c'est ici que je m'invente
j'ai l'âge des légendes
j'ai deux mille ans
vous ne pouvez pas me connaître
je demeure dans la voix des bardes
O rebelles, mes frères,
dans les mares les méduses assassinent les algues
on ne s'invente jamais qu'au fond des querelles

 

 

Allez dire à la ville
que je ne reviendrai pas
dans mes racines je demeure
Allez dire à la ville qu'à Raguénuès et Kersidan
la mer conteste la rive
que les chardons accrochent la chair des enfants
que l'auroch bleu des marées
défonce le front des brandes

 

Allez dire à la ville
que c'est ici que je perdure
roulé aux temps anciens
des misaines et des haubans
Allez dire à la ville
que je ne reviendrai pas

 

Poètes et forbans ont même masure
les chaumes sont pleins de trésors et de rats
on ne reçoit ici que ceux qui sont en règle avec leur âme sans l'être avec la loi
les amis des grands vents
et les oiseaux perdus
Allez dire à la ville
que je ne reviendrai pas

 

Terre dure de dunes et de pluies
pierres levées sur l'épiphanie des maïs
chemins tordus comme des croix
Cornouaille
tous les chemins vont à la mer
entre les songes des tamaris
les paradis gisent au large
Aven
Eden
ria des passeraux
on met le cap sur la lampe des auberges
les soirs sont bleus sur les ardoises de Kerdruc
O pays du sel et du lait
Allez dire à la ville
Que c'en est fini
je ne reviendrai pas
Le Verbe s'est fait voile et varech
bruyère et chapelle
rivage des Gaëls
en toi, je demeure.   

 

 

Allez dire à la ville
Je ne reviendrai pas.

 

 

XAVIER GRALL

 

Rivage des Gaels, en toi je demeure ...

Posté par MDV_ à 19:38 - Irlande & Celtie. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1 
 
Weborama