Lego ergo sum

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09 août 2007

Le presbytère hanté de Borley - E. Dingwall, K. Goldney & T. Hall ( II ).

Après lecture de ce livre, deux questions se posent au lecteur :

1) Harry Price s'est-il rendu coupable de fraude ? Oui, c'est indubitable. Price a tout fait, surtout après 1937, pour que Borley soit déclaré hanté. Mais - et cela non plus, on ne peut le nier - il était plutôt sceptique lors de la première visite qu'il fit à Borley en 1929, en compagnie d'ailleurs de l'une des signataires de "Le Presbytère hanté de Borley", Kathleen Goldney, laquelle semble avoir cependant toujours estimé que, dans certains cas (qui ne concernent pas tous Borley, donc), Price avait fait figure de medium tout à fait inconscient de ses propres possibilités.

Quand les Foysters le rappelleront, Price ne mettra pas non plus très longtemps à deviner qui écrit les fameux "messages" laissés, soi-disant, par les esprits, sur un ou deux murs du presbytère. Dans les années 60, Mrs Veuve Foyster admettra elle-même de bonne grâce les avoir rédigés - "parce qu'elle s'ennuyait."

Mais Price avait besoin d'argent et de notoriété. Du coup, il a succombé aux charmes de la supercherie - et probablement pas seulement en ce qui concerne le cas de Borley.

Tout au long de ses 300 pages, le livre de Dingwall, Goldney et Hall tend à le démontrer par A plus B. Entreprise louable, sans nul doute mais qui a - ce n'est que mon avis - entraîné ses auteurs à pécher eux aussi comme l'avait fait Price en son temps : ils en font trop.

Ce qui amène le lecteur à se poser la deuxième question :

2) En dépit de la supercherie de Price, se peut-il que certains phénomènes se soient réellement produits au presbytère de Borley ?

Dans leur volonté de se montrer objectifs à tous prix, le trio d'écrivains-chercheurs imputent les phénomènes à Price et, quand il n'est pas encore entré en scène, à des farces que les jeunes demoiselles Bull auraient décidé de faire à leurs proches, au désir de gloire des Smith, à la petite Adelaïde Foyster et même aux gens du village de Borley. En outre, ils font le flou sur les incohérences et les reniements dans les propos que l'on peut rencontrer, par exemple, chez les Smith, pour ne citer qu'eux.

Et c'est là que le bât blesse car, s'ils réclament - avec raison - des preuves tangibles de tout ce qu'a pu avancer Harry Price, ils se contentent , pour expliciter leurs propres allégations, d'évoquer par exemple la sieste qu'aurait fait le révérend Bull avant de voir la fameuse religieuse, le tempérament rieur des demoiselles Bull, etc, etc ... Bref, toutes choses évidemment invérifiables.

Voilà pourquoi l'on sort de ce livre assez perplexe. On y apprend tout au plus la chronologie exacte des faits. Pour le reste - en-dehors des preuves qui accablent la mémoire de Price - rien n'est dit. Le presbytère de Borley n'a donc pas fini de faire parler de lui.

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Le presbytère hanté de Borley - E. Dingwall, K. Goldney & T. Hall ( I ).

Jaquette non répertoriée
Le presbytère hanté de Borley
The Haunted Borley Rectory
Traduction : Hugues de La Chesneray


En 1958, paraissait chez Denoël, avec une préface de Robert Amadou, l'excellente étude consacrée par Eric Dingwall, Kathleen Goldney et Trevor Hall au presbytère de Borley. Formé de membres d'associations de recherche paranormale très sérieuses, le trio prétendait à dénoncer la supercherie dont Harry Price, qui enquêta dès 1929 sur les phénomènes censés se dérouler dans cette maison, se serait rendu coupable à seules fins, vous l'aurez deviné sans peine, de vendre un maximum d'exemplaires du livre que lui-même avait rédigé sur Borley - et aussi d'assurer sa réputation de "fantastique chasseur de fantômes."

Rappelons brièvement l'histoire du presbytère :

1) la période Bull : le révérend Bull, pasteur du village de Borley, fait construire le presbytère en 1863. Des bruits courront par la suite comme quoi le bâtiment s'éléverait sur les ruines d'un monastère du XIIIème siècle mais il semble aujourd'hui établi que, tout comme la rumeur qui voulait qu'un couvent de soeurs eût existé non loin de là, à Bures, ce bruit était sans fondements.

Après la mort du révérend, son fils lui succède dans les mêmes fonctions et dans la même propriété, où il vit avec ses soeurs. C'est en 1900 que commence à se répandre l'idée que les demoiselles Bull ont vu plusieurs fantômes, dont celui d'une religieuse.

2) la période Smith : elle commence en octobre 1928 avec l'arrivée du révérend Smith et de son épouse dans le presbytère où le révérend Bull était décédé un an plus tôt.

Troublés par les rumeurs de hantise, M. et Mme Smith contactent le Daily Mirror qui les met en contact avec Harry Price, journaliste spécialisé en enquêtes para-psychiques.

Price arrive au presbytère en juin 1929 et, tout de suite, se produisent tout un lot de phénomènes. La bonne des Smith affirme de son côté avoir vu une apparition et le confie à Price.

Le mois suivant, les Smith, ennuyés par le manque de confort de la maison, quittent le presbytère. Ils n'y reviendront pas.

3) la période Foyster : entrent alors en scène le révérend et madame Foyster. Signalons que le premier est largement l'aîné de la seconde : plus de vingt ans de différence. Ils ont une petite fille : Adelaïde. Nous sommes en 1930 et, dès l'arrivée du couple, le presbytère s'agite.

Les Foyster rappellent Harry Price - qui se dira persuadé, plus tard, dans quelques lettres à un ami, que la responsable de tout cela n'était autre que Marian Foyster, l'épouse du révérend.

Après maintes péripéties et le recours à un exorciste, les Foyster quittent Borley en 1935. Le presbytère reste inoccupé pendant près de deux ans.

4) la période Price : Price loue le presbytère pour un an à compter de mai 1937. Son séjour ne sera guère paisible : les phénomènes s'accumulent. Lorsqu'il rend les clefs en 1938, il a constitué un énorme dossier qui lui inspirera "La Maison la plus hantée d'Angleterre", qui sortira en 1940.

A partir de là, les théories ne vont pas arrêter de s'échafauder, certaines loufoques, d'autres bien plus sérieuses. Le nouveau propriétaire des lieux, le capitaine Gregson, confirme lui aussi des phénomènes étranges, phénomènes qui survivront (si on ose l'écrire ) à la destruction du presbytère par le feu, le 27 février 1939.

Après la guerre, Price fouillera les ruines et y découvrira des ossements qu'on l'accusera par la suite d'avoir mis lui-même en place afin de donner corps à la légende de la religieuse enfermée vivante dans les murs de Borley. En parallèle, tandis que les Smith, en parfaite contradiction avec ce qu'ils avaient déclaré à Price en 1930, affirment n'avoir jamais rien constaté d'anormal dans leur ancienne demeure, d'autres personnes, visiteurs des ruines venus en amateurs ou en professionnels, prétendent avoir été témoins de nouveaux phénomènes.

Harry Price décède le 29 mars 1948. 

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Poisons & Empoisonneurs Célèbres - Roland Villeneuve.



Avant d'attaquer un livre de Roland Villeneuve, auteur qui a beaucoup écrit sur la démonologie, les poisons, les créatures fantastiques, etc ..., il faut garder à l'esprit qu'il fait souvent dans le "cliché historique." Ainsi, dans ces "Poisons ...", il aura pris garde à représenter Catherine de Médicis un peu comme l'a fait Dumas, c'est-à-dire comme un personnage excessif qui se délectait des "recettes" très spéciales de Ruggieri, son parfumeur. Même remarque pour les Borgia - et sans doute pour quelques autres que vous croiserez dans cet ouvrage.

Faut-il, pour autant, ne pas lire Villeneuve, bien sûr que non. Dans son genre, il possède le souffle et la minutie du passionné et il sait emporter son lecteur avec lui comme beaucoup de romanciers actuels sont bien incapables de le faire.

Dans "Poisons et Empoisonneurs Célèbres", il nous dresse un petit précis de l'empoisonnement et des empoisonneurs à travers les âges, de la ciguë socratienne à la scandaleuse affaire Marie Besnard qui défraya la chronique en France dans les années 50. (Si Villeneuve s'arrête là, c'est parce que son livre date de 1960.)

Bien entendu, à maintes reprises, il établit le parallèle entre la sorcellerie et l'empoisonnement, que l'on appelait d'ailleurs jadis "vénéfice." Il semble que la coupable pratique de se défaire de ses ennemis par le poison soit née avec l'homme même si - le fait est avéré - ce sont surtout les femmes qui recourent à cette façon très spéciale de donner la mort.

D'Agrippine la Jeune, mère de Néron, empoisonnant l'empereur Claude afin que Néron puisse ceindre la couronne des César, jusqu'à la marquise de Brinvilliers se défaisant de son père, de son frère, de son mari ... après avoir testé ses "poudres" sur les malades des hospices de Louis XIV, des rumeurs qui voulurent voir l'oeuvre du poison dans la mort, aussi brutale que cruelle, de Gabrielle d'Estrées, ou encore dans celle d'Henriette d'Angleterre, belle-soeur de Louis XIV, la fresque de Villeneuve n'omet aucun recoin. Il évoque même la sombre silhouette d'Hélène Jégado, sinistre servante bretonne si dévouée à ses maîtres successifs qu'elle en envoya un nombre conséquent d'entre eux vérifier si l'Au-delà est vraiment meilleur que notre monde mortel. Le tout ponctué de caractéristiques sur les poisons les plus utilisés - notamment l'arsenic, communément appelé le "Roi des poisons."

Ca se lit comme un excellent polar à fond historique et ça compte 300 pages chez "J'ai lu." Donc, pourquoi bouder votre plaisir ? ...

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24 juillet 2007

L'Ile de Sakhaline - Notes de Voyage - Anton Pavlovitch Tchéckhov.



Titre original : ?
Traduction : Lily Denis

L'île de Sakhaline baigne dans la mer d'Okhotsk, une mer de l'Océan Pacifique, et voisine étroitement, comme l'indique la carte ci-dessous, avec la Sibérie orientale :




C'est dans cette île que, en avril 1890, aborda un Anton Tchékhov bien décidé à rédiger l'histoire la plus complète qui se pût voir de la colonie pénitentiaire qui y vivait.

Entre les notes de bas de page et le texte, le tout en format poche Folio, le tout fait plus de 550 pages, certes passionnantes mais qui pourront paraître ardues à ceux que n'intéressent guère les moeurs policières et légales de l'ancienne Russie - que la Russie bolchevique ne fit, en somme, que récupérer et peaufiner.

Par leur style concis et sans apprêt, ces "Notes de Voyage", étonneront peut-être les habitués du dramaturge. Mais ils retrouveront sa patte dans ce foisonnement de portraits de forçats, d'"hommes libres", de "relégués" et de fonctionnaires, tour à tour incroyables, émouvants, pitoyables, cyniques ..., extraordinaire galerie où Goya et Doré auraient pu puiser. A l'arrière-plan, les survivants des peuplades paléo-arctiques comme les Aïnos, qui vivent en bon terme avec les colons.

Ce que tous partagent et subissent, c'est le climat, un climat que, en dépit de ses baisses de températures phénoménales, on peut qualifier d'infernal : neige, glace, hiver quasi perpétuel avec un été très bref où les températures dépassent rarement les 15 degrés.

Pour la majorité, une misère lamentable. Pour quelques privilégiés, une certaine aisance, alimentée par des trafics en tous genres effectués sur le dos des moins chanceux.

Bien sûr, parmi ceux-là, beaucoup sont des assassins ou des incendiaires. Mais, comme le souligne Tchékhov, la condition du bagne à Sakhaline ne leur permet pas de s'amender de manière efficace. Quant à la colonisation de l'île, tant souhaitée par les autorités, elle n'est guère réussie puisque, dès qu'ils ont fait leur temps, les condamnés s'empressent - on les comprend - de rejoindre le continent.

Un récit minutieux, scrupuleux, d'une intégrité indubitable, qui, autant que la philosophie de ses pièces, confirmera au lecteur attentif la profonde humanité d'Anton Pavlovitch Tchékhov.

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11 juillet 2007

Le Nouvel Hollywood - Peter Biskind.



Easy Riders, Raging Bulls: How the Sex-Drugs-and-Rock 'N' Roll Generation Saved Hollywood
Traduction : Alexandra Peyre

A la fin des années soixante, alors que les beatniks cédaient peu à peu le pas aux hippies, le système qui avait fait le succès des grands studios hollywoodiens achevait de se casser la figure. Il ne fallait guère s'en étonner car, tout au haut de la pyramide, se trouvaient des producteurs dont certains avaient connu l'Age d'Or du Muet. Or, après la Grande Crise des années trente, après la Seconde guerre mondiale et l'instauration de cette guerre jamais vue encore qu'on nomma la Guerre froide, avec surtout le renouvellement des générations, le monde avait connu trop de changements pour que le cinéma hollywoodien n'eût pas besoin d'un sérieux coup de plumeau.

En France notamment, le mouvement issu des "Cahiers du Cinéma" et connu sous le nom de "Nouvelle Vague" redessinait tous les paysages du film : scénario, décors, lumière, jeu des acteurs, tout y passait. Plus rien ne devait être comme avant. On devait pouvoir tout concevoir, tout montrer. Réalisme et révolution devenaient les motsd'ordre universels.

Aux USA, ce fut l'acteur Warren Beatty qui, le premier, monta au créneau en se décidant à acquérir les droits d'un scénario qu'il confia, pour la réalisation, à Arthur Penn. Ce scénario s'appelait : "Bonnie & Clyde."

Inspiré par la courte existence d'un couple de jeunes braqueurs des années de crise, Clyde Barrow et Bonnie Parker, le film de Penn, qui sortit en 1967, fit s'arracher les cheveux aux producteurs confirmés, qui n'y comprirent rien, mais plut instantanément au public, attiré par la violence magnifiée qui émanait de l'histoire et rejaillissait sur l'écran en larges taches sombres.

Une époque venait de s'ouvrir dans la vaste épopée du cinéma américain mais, curieusement, on la date beaucoup plus souvent de la sortie, deux ans plus tard, d'un film qui allait devenir "culte" : "Easy Rider", officiellement signé par Dennis Hopper et Peter Fonda. "Easy Rider", avec ses deux motards complètement déjantés, qui fument du hasch dans les cimetières et sillonnent les routes de l'Amérique profonde sur lesquelles, un jour, ils se font arrêter. Un tout jeune - et très beau - Jack Nicholson, impeccablement vêtu de blanc, parvient à les en faire sortir et les suit dans leur périple démentiel mais sans violence car les deux héros, hippies authentiques, sont des adeptes du power flower. Pourtant, la violence les rattrapera en la personne d'Américains "profonds" qui s'amusent à leur tirer dessus ...

Sans aucune complaisance envers les grands noms qu'il cite mais sans jamais renoncer au respect que lui inspire manifestement leur talent, Peter Biskind retrace magistralement le destin exceptionnel d'une décennie qui vit, à Hollywood, les réalisateurs l'emporter pour une fois sur les Manitous de la production. En lisant son livre, vous apprendrez que Dennis Hopper, comédien-né, n'était guère doué pour la réalisation et que, sous l'influence de l'alcool (il avait commencé à boire à l'âge de 12 ans) et de drogues diverses, il faisait mener une vie infernale à sa femme et ses enfants. Vous saurez tout de l'anti-conformisme pathologique de Robert Altman, qui alla d'un succès immense, "M.A.S.H", à une suite d'échecs retentissants mais qui, jamais, ne compromit son talent. Vous verrez Peter Bogdanovitch se prendre pour Orson Welles. Vous vivrez le dilemme qui fut celui de Francis Ford Coppola, partagé entre son tempérament de réalisateur génial et son désir fou de devenir, lui aussi, un "nabab." Enfin, vous comprendrez pourquoi, même de nos jours, un film de Martin Scorsese reste un très grand moment de pureté cinématographique.

Accessoirement, vous assisterez à l'ascension irrésistible de Steven Spielberg et de George Lucas, les deux hommes dont la réussite, en les emprisonnant, devait faire également les fossoyeurs du Nouvel Hollywood.

Bref, si vous aimez le cinéma, vous ne vous ennuierez pas une seule minute et en plus, vous apprendrez plein de choses - ou vous vous en remémorerez d'autres comme les merveilles concoctées par cet empereur inégalé du montage que fut Hal Asby, à savoir : "Harold et Maud" et tous les films qu'il tourna avant de décéder, dépouillé par les vautours de la production, d'un cancer généralisé.

Bonne lecture à tous !

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30 juin 2007

Le Livre noir du communisme - Crimes, terreur & répression - Collectif ( IV ).

Un seul extrait de ce livre qui vous donnera, je l'espère, l'envie de le lire :


Citation:
[...] ... L'occultation de la dimension criminelle du communisme renvoie, cependant, à trois raisons spécifiques. La première tient à l'attachement à l'idée même de révolution. Aujourd'hui encore, le travail de deuil de l'idée de révolution, telle qu'elle fut envisagée au XIXème et au XXème siècles, est loin d'être achevé. Ses symboles - drapeau rouge, Internationale, poing levé - resurgissent lors de chaque mouvement social d'envergure. Che Guevara redevient à la mode. Des groupes ouvertement révolutionnaires sont actifs et s'expriment en toute légalité, traitant par le mépris la moindre réflexion critique sur les crimes de leurs prédécesseurs et n'hésitant pas à réitérer les vieux discours justificateurs de Lénine, de Trotski ou de Mao. Cette passion révolutionnaire n'a pas été seulement celle des autres. Plusieurs des auteurs de ce livre ont eux-mêmes cru, un temps, à la propagande communiste.

La deuxième raison tient à la participation des Soviétiques à la victoire sur le nazisme, qui a permis aux communistes de masquer sous un patriotisme ardent leurs fins dernières qui visaient à la prise du pouvoir. A partir de juin 1941, les communistes de l'ensemble des pays occupés sont entrés dans une résistance active - et souvent armée - à l'occupant nazi ou italien. Comme les résistants des autres obédiences, ils ont payé le prix de la répression, ont eu des milliers de fusillés, de massacrés, de déportés. (...)

L'antifascisme est devenu, pour le communisme, un label définitif et il lui a été facile, au nom de l'antifascisme, de faire taire les récalcitrants. (...) Furent ainsi prestement escamotés les épisodes gênants au regard des valeurs démocratiques, comme les pactes germano-soviétiques de 1939 ou le massacre de Katyn. (...)


La dernière raison de l'occultation est plus subtile, et aussi plus délicate à exprimer. Après 1945, le génocide des Juifs est apparu comme le paradigme de la barbarie moderne, jusqu'à occuper tout l'espace réservé à la perception de la terreur de masse au XXème siècle. Après avoir, dans un premier temps, nié la spécificité de la persécution des Juifs par les nazis, les communistes ont compris tout l'avantage qu'ils pouvaient tirer d'une telle reconnaissance pour réactiver régulièrement l'antifascisme. Le spectre de "la bête immonde dont le ventre est encore fécond" - selon la fameuse formule de Brecht - fut agité en permanence, à tout propos et hors de propos. Plus récemment, la mise en exergue d'une "singularité" du génocide des juifs, en focalisant l'attention sur une atrocité exceptionnelle, a aussi empêché de percevoir d'autres réalités du même ordre dans le monde communiste. Et puis, comment imaginer que ceux qui avaient, par leur victoire, contribué à détruire un système génocidaire aient pu, eux aussi, pratiquer ces méthodes ? Le réflexe le plus répandu fut le refus d'envisager un tel paradoxe. ... [...]


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Le Livre noir du communisme - Crimes, terreur & répression - Collectif ( III ).

Autre cause manifeste de l'exceptionnelle longévité de l'idéologie communiste : la victoire des Alliés - auxquels Staline s'était rallié en désespoir de cause - à la fin de la Seconde guerre mondiale. Et là, bien entendu, certains vont grincer des dents. Mais comment ignorer le fait ?

Comment nier que l'incroyable indulgence dont ont bénéficié - et dont bénéficient encore pour certains - les régimes communistes de notre planète provient en grande partie de l'éternelle mise en parallèle avec les horreurs totalitaires nazies ?

Mais comment ne pas ruer dans les brancards lorsque l'on s'aperçoit - et c'est le cas à la fin du "Livre Noir du Communisme" - que, en additionnant tel nombre avec tel autre et encore ceci avec cela, le nombre des victimes du système communiste, tous pays confondus, est bien plus élevé ? (Normal, le communisme a perduré, le nazisme, non.)

Comment peut-on d'un côté se déclarer horrifié (avec raison) par les camps de concentration et les théories eugénistes et raciales des nazis alors qu'on ferme les yeux sur des camps et des théories similaires lorsque ceux-ci ont pour cadre la Corée du Nord, pour ne citer qu'elle ? (Castro n'est pas mal non plus en la matière et j'espère que nul n'a oublié la vision très particulière qu'avait des handicapés Nicola Ceauscescu ...)

Comment peut-on refuser d'admettre que, pour survivre dans un monde en perpétuelle mutation, le mot d'ordre communiste : "Déstabilisation et guerre civile", s'est tourné, après guerre, vers les revendications anti-coloniales ?

Comment peut-on se refuser, aujourd'hui, à l'entendre cet éternel mot d'ordre, dans la récupération par les partis communistes et les extrêmistes de gauche des revendications des minorités intégristes, religieuses ou non ?

Comment ... ? ...

Ce livre, lisez-le et diffusez-le autour de vous : croyez-moi, vous ferez oeuvre pie.

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Le Livre noir du communisme - Crimes, terreur & répression - Collectif ( II ).

Oui, pourquoi le communisme, tel que nous le connaissons, tel que le XXème siècle l'a fixé dans l'Histoire, a-t-il existé et existe-t-il encore, drapé dans ce lourd manteau de violence et de terreur qu'il fait peser sur les populations qui lui sont soumises ? Et, plus insidieux : Karl Marx se reconnaîtrait-il dans l'ajustement que fit de ses théories un certain Vladimir Illitch Oulianov ? ...

Les rédacteurs de ce livre établissent évidemment le rapport entre le passé de violence de la Russie et les grands chefs révolutionnaires communistes. Il faut en effet savoir qu'un tsar au moins était célébré tant par Lénine que Staline et que ce tsar n'est autre que le fameux Ivan IV, dit le Terrible (ou plutôt le Redoutable, si l'on s'en tient à une traduction plus exacte du terme russe qui le caractérise). (C'est d'ailleurs sous Staline que Serguei Eisenstein entreprit son gigantesque "Ivan le Terrible" qui demeure un sommet de l'art cinématographique soviétique.)

C'est dans ces liens sanglants avec un passé archaïque que s'est abîmé le communisme appliqué en Russie et, partant, qu'il a perdu tout rapport avec la Révolution française de 1789 (même si ses dirigeants continuèrent à la citer comme exemple). Car la Révolution française, si l'on excepte la terreur génocidaire imposée à la Vendée et, bien entendu, les excès d'un Robespierre et d'un Saint-Just, n'a guère usé de violence paroxystique. C'est que ses fondateurs étaient dans l'impossibilité nationale de se référer à des figures historiques réellement diaboliques. En dépit des pages terribles de son histoire (guerres de Religion, famines, etc ...), la France n'a jamais produit de tyrans semblables à Ivan IV ou même Pierre le Grand et jamais on ne vit roi de France battre à mort son Dauphin (au contraire d'Ivan).

Malheureusement pour leur mémoire et encore plus pour le peuple russe - et celui des "pays-frères" - Lénine et Staline, qu'ils en eussent conscience ou non et si modernes qu'ils se voulussent, étaient par contre tributaires d'un passé historique chaotique où le crime devenait chose naturelle.

Evidemment, le but des auteurs n'est pas d'excuser les maîtres du communisme soviétique. Ils cherchent simplement à démonter les bases d'un régime qui, même s'il a en partie disparu en au début des années 90, continue à influer sur notre monde.

Ainsi, ils établiront un autre parallèle entre le passé millénaire de la Chine, ses fondements confucéens et ses recours rituels au cannibalisme d'une part et certaines pratiques pendant la guerre civile, puis sous Mao. On notera par exemple que, s'il est arrivé à de malheureux paysans russes, affamés volontairement par Lénine, puis par Staline, de tuer et de dévorer leurs propres enfants, les paysans chinois, eux, échangeaient leurs enfants afin de ne pas être tenus responsables, devant les tablettes de leurs Ancêtres, d'un crime qui va si fort contre la Nature.

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Le Livre noir du communisme - Crimes, terreur & répression - Collectif ( I ).



"Comment peut-on encore oser se réclamer du communisme ?" Telle est la question que vous ne pourrez éviter de vous poser après avoir lu ces 826 pages détaillées sur les crimes, la terreur et la répression conçus comme outils de gouvernement. Elles sont dûes aux plumes conjointes de Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Jean-Louis Panné, Andrzej Paczkowski, Karel Bartosek et Jean-Louis Margolin.

On sort de là assommé, non pas tant peut-être par l'horreur des crimes qui y sont rapportés de manière froide et presque clinique, dans un souci évident d'objectivité (que l'on rencontre beaucoup plus rarement, il convient de le souligner, dans les ouvrages traitant du totalitarisme de droite) que par le cheminement de pensée qui conduisit des hommes relativement intelligents - ou supposés tels - comme par exemple Lénine, à les provoquer, à les commettre et surtout à les présenter comme le seul et unique moyen de façonner une société libérée de toutes les inégalités et, par conséquent, épanouie et heureuse.

Après une préface qui rappelle que certains des auteurs se laissèrent prendre un temps au chant des sirènes rouges, l'ouvrage distingue cinq parties : le communisme originel, celui de l'Empire soviétique ; le communisme dans l'Europe de l'Est et du Sud ; le communisme asiatique et ses cinq variantes : Chine, Corée du Nord, Laos, Viêt-nam et Cambodge ; le communisme en Amérique du Sud et bien entendu l'afro-communisme. Un chapitre tout entier est enfin consacré au communisme en Afghanistan et fait l'éclatante démonstration que le coup d'état de Mohammed Daoud, en 1973, en donnant aux soviétiques l'occasion d'intervenir dans le pays, mit fin à la modernisation d'une monarchie qui, vaille que vaille, s'était bel et bien engagée sur les rails de la modernisation. L'épilogue pose bien évidemment la question : "Pourquoi ?"

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05 juin 2007

Le terrorisme intellectuel de 1945 à nos jours - Jean Sévillia.



Si vous avez votre carte dans un groupuscule trotskyste ou même au Parti socialiste de M. Hollande et si, par malheur, vous souffrez de problèmes tensionnels, surtout, surtout ...

... ne lisez pas "Le Terrorisme intellectuel de 1945 à nos jours" !

Etude brillante, acérée et merveilleusement teigneuse de l'univers "Rive gauche" qui, par l'entremise de médias admiratifs et sous influence, a su propager ses contre-vérités jusque dans les plus petites villes de notre beau pays, ce livre ne laisse une seconde de répit ni aux gauchistes ni à ceux qui, à Droite, si longtemps et par peur de se voir traiter de "fascistes", tremblèrent à l'idée de récupérer une bonne partie des voix de l'électorat FN.

Tout y passe : les compromissions du Parti communiste français avec l'occupant nazi au temps où, pour ses militants, le mot d'ordre donné par Staline était : "Sabotez l'armement français et sympathisez avec les Allemands, alliés de l'URSS !" puis, du jour de l'agression hitlérienne contre la Russie soviétique, le retournement à 180° des mêmes militants qui leur permit, dans les jours sombres de l'Epuration, de se tailler la part du lion à la table des vainqueurs ; le rôle honteux des intellectuels de gauche dans la culpabilisation des colons et l'aide qu'ils apportèrent, en tant que "compagnons de route" et "poseurs de valises" (l'expression est de Sartre) tant en Indochine qu'au Maghreb - ce qui, d'un point de vue strictement légal et historique, fait d'eux des traîtres ; l'entreprise de démolition de l'éducation qui sévit depuis bientôt quarante ans à l'Education nationale et dont nous voyons, aujourd'hui, fleurir les sinistres résultats ; l'inacceptable application du "un poids deux mesures" qui veut que les troupes qui se battent pour un idéal gauchiste (comme celles de Pol Pot par exemple) soient présentées le plus longtemps possible comme des "soldats de la liberté universelle" alors qu'on nous assomme de livres et d'études sur les "crimes impardonnables" des dictatures de droite" ...

C'est tout cela et pas mal d'autres sujets que vous découvrirez dans ce petit régal dont je vous donne le ton général :


Citation:
... Ils auront épousé toutes les idéologies. En 1945, ils professaient que l'URSS était un paradis, et rédigeaient des poèmes à la gloire de Staline. En 1960, ils prétendaient que la décolonisation résoudrait miraculeusement les problèmes des peuples d'outre-mer. En 1965, ils saluaient la juste lutte de Fidel Castro, Hô Chi Minh et Mao. En 1968, ils proclamaient que le bonheur naîtrait de la suppression de toute contrainte. En 1975, ils se réjouissaient de la prise du pouvoir par Pol Pot au Cambodge. En 1981, ils croyaient quitter la nuit pour entrer dans la lumière. En 1985, ils soutenaient que la France se devait d'abaisser ses frontières afin d'accueillir les malheureux de la terre entière. En 1992, ils assuraient que l'Etat-nation était fini, et que l'Europe du traité de Maastricht ouvrait une ère nouvelle dans l'histoire de l'Humanité. En 1999, ils affirmaient que la famille et la morale étaient des concepts dépassés. ...


Je ne vous cache pas que certaines tirades - notamment sur le droit à l'avortement et le Pape - sont d'un catholique un peu trop pratiquant pour moi. Mais j'avoue le pardonner à M. Sévillia tant j'ai pris plaisir à noter que la présence de Tariq Ramadan aux côtés d'un certain José Bové, dans les rassemblements des mouvements altermondialistes style ATTAC, n'avait pas échappé à son oeil féroce et à sa dent de pamphlétaire passionné.

Jean Sévillia, un auteur à lire absolument.

Posté par MDV_ à 14:40 - Histoire, Biographies & Documents. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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