Lego ergo sum

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09 août 2007

Les Oiseaux - Daphné du Maurier.




The Birds
Traduction : Denise Van Moppès et Florence Glass

A lire ces sept nouvelles de l'écrivain britannique, je me surprends une fois encore à affirmer que son talent, confiné il est vrai aux "histoires d'amour" classiques, est resté en jachère. Car il y a ici, c'est indubitable, une puissance dans l'imagination et dans l'insolite qui fait de Daphné du Maurier l'égale d'un Matheson - et je pèse mes mots.

A mille lieues du clinquant hollywoodien, la nouvelle qui servit de base au film d'Hitchcock y gagne en économie dans la suggestion de l'horreur pure. Tout ici se situe dans la paisible campagne anglaise, non loin des côtes cependant, ce qui permet au héros de voir les mouettes aller se resourcer sur l'écume des vagues avant de reprendre leur assaut contre les humains. Maurier a en effet l'habileté de présenter les attaques des oiseaux comme étant guidées par la marée, ce qui laisse aux hommes, pour peu qu'ils en aient l'intelligence, le temps de se constituer des provisions et de se barricader chez eux avant que la mort emplumée ne déferle à nouveau sur eux. Tous hélas ! n'auront pas cette sagesse ...

Mais je crois que c'est au "Pommier" et à "Une Seconde d'Eternité" que je donnerais la palme au sein de ces nouvelles qui évoquent plus souvent le Bradbury du "Pays d'Octobre" que les excès sanglants de l'épouvante classique moderne.

Le premier met en scène un veuf qui acquiert peu à peu la certitude que sa femme disparue, Midge, s'est en quelque sorte réincarnée dans un pommier malingre, lequel, tout aussi insidieusement, va envahir son jardin. Mais la subtilité de l'auteur est telle que non seulement le lecteur finit lui-même par s'en convaincre - ce qui est l'effet recherché, m'objecterez-vous - mais aussi - ce qui est plus ennuyeux pour le héros - qu'il finit par prendre fait et cause pour le pommier - et pour la disparue.

Quant à "Une seconde d'éternité", c'est probablement l'une des meilleures variations sur le thème du spectre condamné à revivre sa mort qu'il m'ait été donné de lire.

Lecture faite, on se prend à rêver au roman fantastique que Daphné du Maurier n'a jamais produit ...    

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27 mai 2007

Femmes et Fantômes - Allison Lurie.



Women & Ghosts
Traduction : Céline Schwaller

Dans ce recueil paru aux éditions Rivages Poche, neuf nouvelles où sont analysées, dans des contextes très différents, les relations entretenues par une héroïne avec un ou plusieurs "fantômes." Certains de ces spectres appartiennent effectivement à l'Au-delà. Trois d'entre eux cependant relèvent plus de la psychose qui afflige le personnage principal.

Sans hésiter, c'est à "La Commode" - la troisième nouvelle en fait - que vont mes préférences personnelles. Une quinquagénaire un peu excentrique et qui estiment que tous les meubles ont une âme recueille chez elle une commode qui, pourtant, selon le testament de sa tante, ne devait pas lui revenir. Au début, tout se passe relativement bien, tant qu'on n'énerve pas la commode. Mais un jour ...

Autre excellente nouvelle bien fantastique : "Les Gens de la Piscine" où des ouvriers renvoyés par une femme très riche mais trop snob ... Mais je vous laisse découvrir l'histoire.

Pour être honnête, l'intégralité de ces nouvelles sont d'un très haut niveau. Allison Lurie sait manier de façon remarquable le non-dit et le sous-entendu. Son style est par ailleurs très poétique. Quant à sa faculté d'analyse des caractères, je l'ai trouvée à la fois très profonde et très particulière.

Bref, ce petit livre est une véritable gourmandise pour tous ceux qui ne détestent pas qu'une pincée de fantastique saupoudre ici et là leurs lectures. A noter qu'il n'y a jamais rien de gore ou de sanglant, bien au contraire. Non, c'est beaucoup plus insidieux ...

Une authentique découverte. Je n'ai qu'un regret : de ne pas l'avoir faite plus tôt.

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16 avril 2007

Histoires anglo-saxonnes de vampires - Collectif présenté par Jean Marigny.



Voici un ouvrage d'une qualité exceptionnelle qui fut publié à la fin des années 70 à la Librairie des Champs-Elysées par Jean Marigny (avec une préface de Maurice Lévy).

Au programme, vingt nouvelles traitant du vampire sous toutes ses formes : le vampire classique, à la Christopher Lee ; le vampire psychique ; les lamies (vampires féminins apparentées aux goules asiatiques) ; les plantes vampires ; les monstres vampires ; le bestiaire vampire et enfin, la nouvelle génération de vampires.

Si l'on excepte "Le Cocon" de John B. Goodwin et la fameuse "Guerre du Lierre" de David H. Keller, sans doute aussi le malicieux : "Du sang !" de Fredric Brown, ces nouvelles ne sont pas fréquentes dans les anthologies du genre. D'où leur valeur.

Ma préférée reste "Le Visage", d'Edward F. Benson, l'un des plus grands spécialistes du genre (sa "Chambre dans la Tour" a été reprise dans l'Anthologie du Fantastique de Roland Stragliatti, chez Pocket, au volume : "Histoires de Cauchemars") où une jeune femme se remet, sans raisons apparentes, à faire un rêve qui l'effrayait beaucoup enfant. Jusqu'au jour où, tels les fantômes du "Nosferatu" de Murnau, le rêve vient à sa rencontre ...

Je donnerai ensuite ma préférence aux "Tourbillons de Neige" d'August Derleth, ami, disciple et éditeur de Lovecraft. Le texte est proprement claustrophobique. Je tiens à préciser toutefois qu'il ne se rattache en rien au mythe de Chthulu et qu'il s'agit d'une classique histoire de vampires.

Autre disciple et ami de Lovecraft dont l'oeuvre a contribué à la qualité de cette anthologie, Robert E. Howard, connu des amateurs pour avoir créé le personnage de Conan le Cimmérien, et qui se suicida au lendemain de la mort de sa mère. Son "Tertre maudit" restitue à merveille la splendeur à la fois macabre et baroque de son génie.

"La Cape", de Robert Bloch, est une nouvelle très bien construite et doublée d'un humour noir à toute épreuve.

Parmi les vampires psychiques, j'ai un très gros faible pour "La Belle Dame", de D.H. Lawrence, qui réécrit une relation oedipienne très mal digérée, là encore faufilée d'un humour grinçant d'excellente tenue.

Nul humour mais de la terreur pure dans "Dieu fasse qu'elle repose en paix !" de Cynthia Asquith. C'est l'éternelle histoire d'un corps par lequel un mort veut revivre la vie qu'il a perdue trop tôt mais étrangement dignifiée par la poésie douloureuse dont l'auteur a imprégné son texte.

Mystère et horreur pour "L'Araignée" d'Elisabeth Walter - un cauchemar machiste, peut-être ? Wink - et "Le Cocon" de Goodwin : au lecteur de décider qui est qui ... ou quoi et qui a vu quoi.

"En quête de quelque chose à sucer" de Ronald Chetwynd-Hayes nous fait tomber dans une terreur à la fois primitive et sophistiquée - qui rappellera aux cinéphiles aussi bien "La Chose" de Carpenter que tous les films sur les "Blorps" et autres ennemis tapis dans l'ombre et ne rêvant que de digérer l'être humain.

Enfin, le très court et caustique "Du Sang !" démontre une fois de plus combien Fredric Brown savait être efficace et pétillant - aussi pétillant que du sang bien rouge, peut-être ...

Quant aux nouvelles que je n'ai pas citées, je suis certaine que, même si elles ne m'ont pas accrochée autant que les autres, elles trouveront leur public auprès de vous qui me lisez.

Je le répète : l'anthologie de Jean Marigny est une anthologie de grande valeur pour l'amateur. Autant, à mon sens, que celle de Caillois, c'est tout dire. Lisez et vous m'en direz des nouvelles. (N'oubliez ni lapréface, ni l'introduction : elles sont fabuleuses.)

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09 avril 2007

Histoires Extraordinaires / Nouvelles Histoires Extraordinaires - Edgar Allan Poe.



Traduction : Charles Baudelaire.

L'oeuvre de critique d'Edgar Poe, sa passion pour tout ce qui, dans la jeune littérature américaine, faisait montre d'originalité et d'ardeur novatrice, lui vaudraient certainement une place "normale" dans notre rubrique "Littérature made in USA" si l'ensemble de ses textes, poèmes, contes et nouvelles, n'était intégralement imprégné de fantastique.

Un fantastique qui, parfois, peut rappeler le sens du grotesque d'un Hoffmann ou les féeries d'un Nodier ou d'un Walter Scott, mais qui, déjà, galope loin devant ces grands noms. Car le fantastique et l'horreur que distille l'univers de Poe prend ses racines non plus dans des entités maléfiques extérieures à l'être humain : c'est des angoisses et des fantasmes les plus noirs de celui-ci qu'il se nourrit.

Même une nouvelle policière, comme le "Double Assassinat rue Morgue", dominée qui plus est par cet ancêtre de Sherlock Holmes qu'est le chevalier Dupin - c'est-à-dire par le raisonnement le plus logique - se pare des couleurs de l'épouvante avec cette maison isolée, ces deux femmes qu'on devine vivant en recluses (par avarice ? par folie ?), ce cadavre fourré la tête en bas dans le conduit de cheminée et cet assassin si peu conforme au criminel habituel.

Dans "Le Scarabée d'Or", si célèbre et qui nous conte en fait une histoire de pirates, c'est une tête de mort qui, la première, fait parler le fameux parchemin. Le "Manuscrit trouvé dans une bouteille" laisse présager les profondeurs monstrueuses que vénéreront Hodgson, puis Lovecraft et la fin de "La Vérité sur M. Valdemar" a, quant à elle, quelque chose de purement lovecraftien avant la lettre.

La Mort triomphe partout. Et si, quand Poe brode sur le thème du mesmérisme, elle demeure somme toute "normale", elle dévie carrément avec ces nouvelles nécrophiliques que sont "Morella", "Ligeia" et bien sûr, dans les "Nouvelles Histoires Extraordinaires", les sublimes "Bérénice" et "La Chute de la Maison Usher." En outre, dans la majeure partie de ces nouvelles, le fantasme oedipien, s'il reste plus ou moins discrètement à l'arrière-plan (sauf dans "La Chute ..." ou "Metzengerstein") s'impose avec tout autant de puissance.

Avec une efficacité de raisonnement peu ordinaire, Poe se penche sur les angoisses qui le rongent - qui nous rongent. On dirait presque qu'il ne se soucie que de l'aspect le plus noir de sa personnalité et le thème du double, si cher au fantastique allemand, s'exprime chez l'auteur américain avec une richesse, une amertume et une terreur rarement égalées depuis lors. Folie, schizophrénie, hallucinations, alcoolisme, désirs de meurtre, sexualité trouble, Poe a pratiquement sublimé chacun de ses démons.

Il lui est même arrivé - comme dans la "Petite discussion avec une momie" - de faire sourire son lecteur à moins que, comme dans "Colloque entre Monos et Una" ou "Puissance de la Parole", il ne l'entraîne dans une discussion philosophique et spirituelle.

Mais toujours, il revient à l'ombre et à ce qui y attend, patient et silencieux et quand, par exception, il donne à une nouvelle aussi éprouvante que "Le Puits et le Pendule" une fin heureuse, on a peine à croire à celle-ci.

De Shakespeare, on a dit que son oeuvre contenait l'univers entier. D'Edgar Allan Poe, on peut prétendre sans exagération qu'il a enfermé dans son oeuvre, laquelle paraîtra pourtant bien froide aux amateurs de "gore", la totalité des terreurs humaines. Et cette réussite relève du génie pur et simple.

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11 février 2007

John Silence - Algernon Blackwood.



Avant "John Silence", je n'avais jamais lu Algernon Blackwood bien que j'en eusse entendu parler, notamment chez Lovecraft. Son épouvante est particulière et rappelle un peu Arthur Machen même si elle "montre" infiniment plus que celui-ci. (A certains moments, on pense même curieusement à Ray Bradbury et à son "Pays d'Octobre.")

Blackwood, c'est avant tout un style qui monte comme un brouillard et étreint peu à peu le lecteur jusqu'au malaise. Cette modernité est d'autant plus surprenante que son héros, John Silence, appartient bien plus au XIXème qu'au XXème. En ce qui concerne Silence - et Silence seul - l'auteur use de tics d'écriture propres au roman-feuilleton de l'âge d'or : Sherlock Holmes lui-même n'est pas aussi impavide, aussi granitique serait-on tenté de dire. Mais l'atmosphère dans laquelle il évolue, elle, c'est autre chose.

"La Némésis de Feu", qui ouvre ce volume, souffre à mon avis de quelques longueurs dans ses débuts et le lecteur ronge son frein, inquiet de cette chaleur quasi infernale qui règne dans le manoir où Silence enquête sur des phénomènes psychiques. Mais la fin est un véritable soulagement et, l'un dans l'autre, tout se termine bien et de façon plus logique que dans "Le Joyau des 7 Etoiles" d'un Stoker, par exemple.

"Invasion psychique", pièce centrale du recueil et peut-être la plus subtile, évoque une autre hantise suscitée par une dose expérimentale de haschish. Le héros, qui ne parvient plus à écrire, absorbe cette drogue afin de retrouver son écriture. Mais celle-ci lui apparaît dès lors comme viciée ... Plus qu'au haschisch, on songe ici au LSD et aux hallucinogènes si prisés par Timothy Leary, à ceci près que, très habilement, Blackwood utilise les fumées de la drogue pour façonner un spectre tout ce qu'il y a de plus véridique. Comme Silence vient enquêter avec son chien, Fumée, et son chat, Flamme, certaines pages ne sont pas sans faire penser à "Comment l'amour s'imposa au professeur Guildea", de Robert S. Hichens, nouvelle fréquemment reprise dans les anthologies spécialisées et qui nous dépeint une présence invisible et répugnante tombant amoureuse d'un homme - Guildea - qui nie l'amour.

Mais la nouvelle la plus intense de ce recueil, à mon sens, c'est "Culte secret." Là encore, le thème est celui de la hantise, sur fond de société satanique. Un Anglais en voyage en Autriche éprouve le besoin de revoir le collège privé où il fut élevé. Il s'y rend de nuit et y retrouve ses anciens professeurs mais ...

Du "gore", ici, il n'y en a absolument pas. Mais Blackwood, qui fit partie, avec Bram Stoker, Arthur Machen, Sax Rohmer (créateur de Fu-Manchu) et quelques autres dont Yeats en personne, de la "Golden Down", n'en a nul besoin. A le lire, on sent bien qu'il s'est livré à certaines expériences - et il a dû parfois s'aider de drogues pour atteindre la transe propice. C'est sans doute pour cela que son oeuvre est si dense et fleure l'authentique de façon un peu dérangeante.

Une curiosité, à lire et à relire car il n'est pas sûr que, dès la première lecture, le lecteur moderne puisse savourer pleinement tout ce qui se cache derrière les spectres mis en scène par Blackwood.

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La Fête du maïs - Thomas Tryon.

Je l'ai lu quand j'avais 14/15 ans et j'en étais sortie horrifiée. Aujourd'hui, avec l'âge, je le vois surtout comme une sorte de contraire des "Femmes de Stepford" d'Ira Levin mais je continue à le trouver extrêmement misogyne (il y aurait beaucoup à dire, de toutes façons, sur le matriarcat américain) mais aussi inférieur au "Visage de l'Autre", du même auteur.

Théodore (dit Ned) et Bethany (dite Beth) Constantine (nom d'origine grecque qui constitue une sorte de clin d'oeil affreusement noir, on s'en rend compte à la fin du roman) ont une fille d'une douzaine d'années, Kate, que la vie citadine (et certains différends entre ses parents) ont rendue allergique à presque tout. Aussi décident-ils de s'installer à la campagne, très précisément à Cornwall Coombe, petit village retiré de la Nouvelle-Angleterre. Ils y achètent une maison superbe à la postière du coin, Tamar Penrose, descendante des fondateurs de la communauté.

A vrai dire, comme c'est d'ailleurs le cas dans nombre de villages, américains ou non, quelques grandes familles se partagent l'histoire du lieu. Avant tout ici les Penrose, lesquels semblent s'être unis au cours des siècles à pratiquement toutes les autres familles de Corwall.

Autre figure représentative du lieu : la veuve Fortune, qui gère seule la ferme que lui a léguée son mari, mort il y a déjà pas mal d'années. Aimable, énergique, posée, se promenant toujours avec une large paire de ciseaux pendue à sa ceinture afin de couper là une mauvaise herbe, ici tout bêtement un bout de tissu ..., la veuve Fortune fait beaucoup pour que les Constantine finissent par s'adapter au village - ou, plus exactement, pour que le village s'adapte à ces nouveaux venus.

C'est elle qui, la première, leur explique certains rituels propres au bourg comme, par exemple, la foire d'Agnès, qui doit son nom, selon la légende, à une jeune fille qui osa un jour maudire la récolte. Sous le poids du remords, l'esprit d'Agnès - qui avait trouvé la mort entretemps - revint plus tard donner aux malheureux villageois une recette qui les garantirait à jamais de la détresse et surtout de la Famine.

Pourtant, treize ans auparavant, Ned l'apprend le premier, quelque chose s'est passé qui aurait pu ramener la pénurie. Quelque chose ayant un rapport avec l'élection du Seigneur du Maïs - un jeune homme que l'on désigne tous les sept ans - et son "mariage" rituel avec la Dame du Maïs lors de la traditionnelle Fête de la Moisson.

Esprit trop curieux, qu'étonne peu à peu des incidents survenus çà et là ainsi que des propos contradictoires entendus au hasard de ses flâneries, Ned n'aura de cesse de connaître la véritable histoire de cette Fête des Moissons qui tourna si mal. Et quand il commencera à se faire une idée exacte de ce que dissimulent en réalité les rituels agricoles de Cornwall Coombe, il signera ainsi non son arrêt de mort mais bien pire.

Un bon roman d'épouvante, très bien mené mais dont les ficelles paraissent tout de même infiniment plus grosses que celles utilisées dans "Le Visage de l'Autre." A titre anecdotique, son auteur, Thomas Tryon, qui débuta en tant que comédien, tint le rôle-clef dans "Le Cardinal" d'Otto Preminger.


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Les Pirates Fantômes - William Hope Hodgson.

Ce qui frappe chez Hodgson (ou Machen d'ailleurs), c'est que leur oeuvre fonctionne avec une grande économie de moyens. A nous qui sommes habitués au gore et au sensationnel jusque dans les thrillers, il nous faut toujours une période d'adaptation pour discerner la sombre puissance de cette longue nouvelle que constituent "Les Pirates Fantômes" ou encore "La Maison au bord du monde."

Les apparitions, lorsqu'elles surviennent, y sont toujours plus suggérées que soigneusement décrites. Nous sommes en fait devant quelque chose d'innommable - que Lovecraft, pourtant si prolifique, aimait à qualifier d'"indicible." S'il y a du sang, il ne coule qu'à la fin du texte et encore ne le voit-on pas. Les cris d'horreur, certes, on les entend mais jusqu'au bout, l'auteur ne montre absolument rien de ces pirates spectraux qui donnent pourtant son titre au livre.

D'emblée, nous sommes projetés dans l'intrigue avec le récit à la première personne que fait au capitaine et au second du Sangier, vaisseau qui vient de le recueillir alors qu'il dérivait dans l'océan, le seul matelot survivant de l'équipage du Mortzestus. Jessop, le rescapé, a embarqué à San Francisco en dépit de la réputation étrange qui était celle du Mortzestus et, très vite, se produisent des incidents bizarres et de plus en plus étouffants (ombres se déplaçant à droite et à gauche et semblant sortir de la mer elle-même, voiles qui se déplient dès que la nuit tombe, etc ...)

Finalement, un homme, puis deux, puis trois tombent du haut des mâts. Et ...

Le texte, très sobre, est extrêmement subtil. On ne saura jamais si ces pirates fantômes sont des créatures d'une autre dimension ou, tout simplement, les esprits enchaînés à la mer d'un navire disparu. On ne saura pas non plus si les âmes des marins tués sur le Mortzestus ont rejoint par la suite ces étranges vaisseaux pirates - qui sont quatre en tout en fait. Hodgson laisse au lecteur toute latitude de faire son choix, hormis sur un seul point : la réalité des faits ne peut être contestée même si elle ne s'explique pas.


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Les plumes du corbeau et autres nouvelles cruelles - Jehanne Jean-Charles.



Chose étrange, je n'ai pratiquement rien trouvé sur l'auteur sur le Web. Quant à ma vieille édition de poche - qui date de 1975 - elle rappelle que Jehanne Jean-Charles écrit peu (un roman, "La Virole" chez Julliard et "Le Livre des Chats" chez Stock) et que les nouvelles rassemblées dans le volume ont été publiées en 1962 et 1964. En 1972, Robin Davis portait à l'écran "Une méchante petite fille" tandis que, un an plus tard, c'était au tour d'Olivier Ricoeur d'adapter "Le bonheur d'être père." Donc, si vous, vous avez des renseignements, n'hésitez pas à les poster. Car ce serait faire injure au talent de Jehanne Jean-Charles que de ne pas lui faire toute la publicité possible.

Ce recueil de nouvelles, dont l'essentiel sont soit insolites dans le style de Matheson, soit carrément fantastiques, porte en fait le titre suivant : "Les plumes du corbeau et autres nouvelles cruelles." Et c'est vrai que la cruauté s'y tapit à chaque chute, ou presque. Mais elle le fait avec tant de grâce et de naturel qu'on ne lui en veut absolument pas.

Pourtant, quoi de plus horrible par exemple que "Parallèlement" ? On y voit mourir un nouveau-né souffrant, semble-t-il, d'un mal inexplicable. "Une méchante petite fille" atteint, dans sa perfection, au niveau de "La Robe de soie blanche" ou encore "Journal d'un monstre" de Matheson. Si "Un tour de jardin" se termine bien pour l'héroïne - avec laquelle le lecteur n'a aucune peine à sympathiser - elle n'en demeure pas moins quelque chose de très noir.

"Qui vous êtes ?", "Le fil de la vierge" et "La Générale" sont, certes, de facture plus classique et l'amateur de nouvelles d'épouvante devine la fin avant que celle-ci s'accomplisse : mais peu importe puisque son plaisir demeure. D'autres évoquent le Saki de "Shredni Vashtar" : ce sont "Les Fourmis Dorées" par exemple ou bien "Le Cheval Noir" et "Le petit garçon qui s'ennuyait." D'autres, tels "Les Biens de ce monde", "Ne soyons pas sectaires" ou "And so on" se contentent tout simplement d'une réalité peinte à l'humour noir - et le malaise n'en est que plus grand.

En tout soixante-dix nouvelles que vous ne trouverez, j'en ai peur, que chez les bouquinistes ou dans les bibliothèques. Une réédition s'imposerait mais quand viendra-t-elle ? Vivement une manif de lecteurs mécontents pour l'exiger ! Wink

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07 février 2007

Apparition - Graham Masterton.



Parmi les adeptes de littérature fantastique, très rares sont ceux qui ne rendent pas un culte à Howard Philip Lovecraft. Mais, parmi les écrivains qui font dans le fantastique, encore plus rares sont ceux qui ont su rendre hommage au « Solitaire de Providence » tout en restant fidèle à son univers. L’Ecossais Graham Masterton est de ceux-là, ce qui confère à son roman « Apparition » une saveur et une logique lovecraftiennes tout à fait exceptionnelles.

Tout commence dans une vieille demeure victorienne de l’île de Wight que le héros, David Williams, a accepté de restaurer pour le compte d’un couple de millionnaires, les Tennant. Dès le départ, nous nous trouvons face à un homme perclus de problèmes : son épouse l’a quitté pour fuir avec un autre mais elle lui a laissé leur fils, Danny. Déboussolé et ayant abandonné sa petite entreprise de décoration d’intérieur, David espère que cet été consacré à relever une maison et son parc leur donnera à tous deux le temps de « souffler » un peu et de voir venir.

Mais le lendemain-même du jour de leur emménagement, il est réveillé à l’aube par une espèce de grattement frénétique :fk: provenant du grenier. Bien entendu, notre héros n’hésite pas à se lever et à s’en aller aux renseignements. Cependant, à part une sensation de peur glaciale qu’il ne parvient pas à s’expliquer et qui s’empare de lui lors de son exploration du grenier, il ne décèle là-haut rien de particulier.

Après leur petit-déjeuner, les Williams père et fils sortent découvrir leur nouveau domaine. Mais comme ils se retournent machinalement pour avoir une vue d’ensemble de Fortyfoot House, quelle n’est pas leur surprise de constater que la façade de la maison leur apparaît en excellent état ! Certes, il y a dans cette vision quelque chose de mal ajusté, une espèce de flou qui leur rappelle une photo du lieu prise dans les années 1880 et qu'ils ont eu tout loisir d'observer dans le hall. Mais l’illusion reste impressionnante. Les jardins eux-mêmes semblent retaillés à la française alors que, en cette fin des années 1990 où se situe le début du roman, la Nature les a largement récupérés ... :fhelp:

Et voici que, sortant de cette maison « rajeunie », un homme de haute taille et vêtu de façon carrément anachronique, s’éloigne à grandes enjambées vers le bois voisin sans se soucier des appels que lui adresse David ...   

A peine l’étrange personnage a-t-il disparu que, poursuivant leur tour du propriétaire, ils tombent sur une espèce de chapelle aux murs envahis par la végétation. Entre deux rameaux de lierre, émerge çà et là un détail : un pied, le bas d’une jupe, puis un visage de femme, beau mais peu sympathique. Poussés par une curiosité compréhensible – le thème de cette fresque déconcerte dans un lieu en théorie consacré - ils dégagent la silhouette peinte et constatent qu’elle porte sur son épaule une espèce de gros rat ... 

Enfin, en quittant la chapelle, le père et le fils débouchent parmi les stèles et les croix d’un petit cimetière où n’ont été enterrés que des enfants, tous décédés très jeunes et, chose pour le moins curieuse, à la même date …   :jdange:

Bien sûr, tout cela est couru d’avance et l’on peut trouver pareille situation dans n’importe quel film d’épouvante. Mais ce que l'on n'y trouvera pas - peut-être parce qu'il n'y a, si mes souvenirs sont bons, qu'un seul cinéaste qui ait jamais osé s'attaquer à Lovecraft - c'est la récupération que fait ici Masterton de Brown Jenkins, personnage apparu dans « Les Rêves dans la Maison de la Sorcière », l’une des nouvelles les plus fameuses de l'écrivain de Providence. Pas plus qu'on n'y trouvera la diabolique habileté avec laquelle Masterton rentre de plein pied dans le mythe fabuleux inventé par l'auteur américain, celui des Grands Anciens - la tentative cinématographique dont je parle plus haut se solda par un échec : filmer Lovecraft est impossible, même quand on s’appelle Roger Corman.

Car, hanté comme il l'était par l’idée de dimensions parallèles et de distorsions du Temps qui, à la faveur de quelques passages protégés – des angles bizarres, en règle générale – permettent ainsi à l’initié de voyager sans problème au travers des siècles et de l’espace, Lovecraft aurait sans nul doute apprécié la façon dont s’y prend Masterton pour faire cohabiter à la fois plusieurs mondes et plusieurs époques dans l’espace en apparence limité et bien concret de Fortyfoot House.

En revanche, Masterton rompt avec la tradition lovecraftienne des fins malheureuses et particulièrement épouvantables. Après près de 360 pages qui maintiennent le lecteur en haleine, « Apparition » se termine de façon heureuse et même logique. Attention ! Ce que je vous en dis là n’est pas une raison pour utiliser ce roman comme un calmant de vos insomnies !   :insom:

Enfin, et c’est là, je pense, le plus grand compliment qu’on puisse faire à Masterton, ce livre ne peut qu’inciter ceux qui ne connaissent pas encore l’œuvre de Lovecraft à s’y plonger sans coup férir.   Jelisavecplaisir

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La Chambre Ardente - John Dickson Carr.



Pour les amateurs de romans policiers, Dickson Carr demeure le maître incontesté de l'énigme dite "de la chambre close." Et, à ma connaissance du moins, il n'a jamais oeuvré dans le genre "épouvante." Pourquoi, dans ces conditions, regardé-je alors "La Chambre Ardente" comme un roman fantastique ? Parce que, de son début : "Il était une fois un homme qui habitait près d'un cimetiere ..." jusqu'à son épilogue, ce roman introduit bel et bien dans une classique histoire policière les notes subtilement discordantes d'un surnaturel sur lequel le lecteur, arrivé en bout d'énigme, s'interroge encore.

Tout commence dans un train de la banlieue de Philadelphie où Tod Stevens, lecteur d'une grande maison d'édition, a la stupeur de découvrir, glissée dans un manuscrit original, la photo d'une femme qui, bien que datée des années 1850, lui restitue les traits, le port, l'allure exacts de sa propre épouse, Marie d'Aubray, une Québéquoise. Le manuscrit, signé d'un spécialiste au nom étrange, Gaudan Cross, traite des meurtres célèbres par empoisonnement. La photo est celle d'une autre Marie d'Aubray, française celle-là, qui empoisonna son amant, Louis Picard, en usant de l'arsenic.

Arrivé chez lui, Stevens - et on le comprend - ne peut s'empêcher d'aborder le sujet avec sa femme. Mais un coup de sonnette l'interrompt : un vieil ami à lui, Mark Despard, qui avait déjà cherché à le joindre par téléphone, s'annonce et lui conte à son tour une incroyable histoire.

A la suite du décès de son oncle Miles, mort d'une gastro-entérite, des rumeurs n'ont pas tardé à courir le village voisin, comme quoi le vieil homme aurait été empoisonné à l'arsenic. Qui pis est, la propre gouvernante de Despard Park - où Mark, son épouse Lucy, sa soeur Edith et leur frère Ogden vivaient auprès du défunt - lui a rapporté que, le soir de la mort du vieux monsieur, alors qu'elle écoutait une émission radiophonique dans la véranda attenant à la chambre de son employeur, elle avait été étonnée d'entendre des bruits de voix. Il était onze heures du soir et, à l'exception d'elle même et de Miles Despard, la maison était vide puisque les quatre jeunes gens s'étaient absentés, les trois premiers pour se rendre à un bal costumé, le quatrième pour rejoindre des amis.

Intriguée, Mrs Henderson - la gouvernante - s'était alors levée et avait cherché à voir qui se trouvait avec Mr Despard dans sa chambre. Par la fente d'un rideau qui protégeait une porte vitrée donnant dans la pièce, elle avait eu la surprise d'apercevoir, debout face au lit du malade, une femme de petite taille et revêtue d'une robe similaire à celle que portait Lucy Despard pour se rendre au bal, une robe de soie rouge et bleu, copiée sur un modèle du XVIIème siècle lui-même porté par une femme au visage méconnaissable sur l'un des portraits situé dans la galerie du manoir.

Autre fait qui avait intrigué et même effrayé la gouvernante : il semblait que la tête de la femme flottât au-dessus de son cou. Face à elle, Mr Despard semblait littéralement terrifié. Enfin, last but not least, la femme s'était éclipsée en passant par une porte dérobée creusée dans l'un des murs de la chambre.

A partir de là, tout s'emballe : dans la crypte familial, où Stevens accompagne son ami, le cercueil et son contenu se sont volatilisés ; de mystérieux télégrammes parlant d'empoisonnement et d'enquête policière sont adressés à droite et à gauche, ramenant au manoir Lucy et Edith, qui s'étaient absentées pour la quinzaine et l'infirmière qui avait soigné Miles Despard. Mais il y a pis : un lieutenant de police, Brennan, est dépêché à Despard Park par ses supérieurs, lesquels ont également reçu un télégramme où un mystérieux Amor Justitiae dénonce l'assassinat de Miles Despard ...

Je ne vous dirai rien de la fin de ce curieux roman, hormis que, à une première conclusion des plus rationnelles, elle fait succéder un épilogue pour le moins ambigu. Ce dernier, ainsi que l'ambiance étrange dans laquelle baigne l'ensemble, justifie d'ailleurs la place que je fais à "La Chambre Ardente" dans la section "Epouvante." Mais comme il s'agit là d'un roman d'avant-guerre - l'action se situe l'année du grand krach - ne vous attendez pas à y trouver les outrances sanglantes des romans noirs ou terrifiants d'aujourd'hui. Tout y est subtil, insidieux et étouffant.

Un véritable empoisonnement.

PS : si vous avez aimé "La Chambre Ardente", ainsi nommée en référence à la cour de justice qui oeuvra à huis-clos dès 1680 pour traiter le scandale des Poisons à la cour de Louis XIV, je vous conseille notamment, du même auteur, "Celui qui murmure ...", autre meurtre étrange, au haut d'une tour. L'ambiance y est aussi glaçante mais la solution de l'énigme ne fait pas par contre appel au surnaturel. J'ajouterai que, comme tout auteur, Dickson Carr, qui créa entre autre le personnage du Dr Gedeon Fell, eut des hauts et des bas : sa "Main de Marbre" par exemple est fort mal écrit.

Une petite biographie de l'auteur.


Posté par MDV_ à 19:20 - Epouvante & Terreur. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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