13 juin 2007
L'Affaire Arthur Shawcross : Le Fils Illégitime - Jack Olsen.

The Misbegotten Son
Traduction : Edith Magyar
Le
cas d'Arthur Shawcross est d'autant plus intéressant que ce tueur en
série présente une anomalie génétique reconnue : il possède un
chromosome Y de plus que la normale. Or :
| Citation: |
| ... les symptômes majeurs de cette affection sont de graves problèmes de comportement. Les individus ne peuvent plus contrôler leur fureur, ont des sautes d'humeur, ne supportent pas le bruit, sont hypersensibles à la lumière et ont tendance à vivre la nuit ... |
Selon
les autorités médicales américaines, 2 000 hommes porteurs de cette
aberration génétique naîtraient chaque année aux USA. Bien entendu, il
n'est pas dit qu'ils deviennent tous des tueurs en série ...
L'analyse chromosomique avait été requise par la Défense, de même que tout un tas d'expertises psychiatriques. Mais
bien qu'il présente des troubles graves du comportement et un Q.I.
légèrement inférieur à la moyenne, Arthur Shawcross, là encore, est
atypique. Bien que se comportant comme un parfait sociopathe, il a
démontré qu'il était susceptible de honte et de souffrance lorsqu'il
évoquait les actes dont ils s'étaient rendus coupables, en tous cas toutes les fois qu'une relation s'établissait entre ces actes et la figure maternelle.
L'évocation de sa mère, Betsy, avec laquelle il entretient une
frappante relation amour-haine, est la seule qui puisse le faire
pleurer - en d'autres termes, qui déclenche chez lui une émotion réelle et aussi incontrôlable que ses pulsions meurtrières.
Bref, Arthur
Shawcross est un tueur en série qui n'obéit pourtant pas aux règles
établies pour les tueurs en série. Et c'est en cela qu'il constitue une
énigme parmi tout un lot d'énigmes.
Il n'avait pas
encore trente ans, à la fin des années 70, lorsqu'il tua deux enfants à
quelques mois d'intervalle : Jack Blake et Karen Hill. Inculpé pour le
meurtre et le viol de la fillette, il bénéficia d'un marché entre son
avocat et le cabinet du D.A. qui lui permit de ne pas être impliqué
dans la disparition du petit Jack. Condamné à 25 ans de prison, il fut
libéré pour bonne conduite et la Commission de Réinsertion l'aida,
après maints déboires, à s'installer à Rochester. C'est-à-dire que la
Commission jugea prudent de ne pas prévenir les autorités de Rochester
qu'un pédophile meurtrier avait trouvé refuge dans leur petite cité.
Comme
il ne rechignait pas devant le travail, Shawcross, qui s'était marié
pour la troisième fois avec une aide-soignante rencontrée alors qu'il
était en prison, trouva vite un emploi. Il prit aussi une maîtresse et
n'approcha, semble-t-il, plus aucun enfant. Il devait l'avouer lui-même
par la suite : il redoutait de sombrer à nouveau et de compromettre
ainsi définitivement sa liberté conditionnelle.
Fait unique
à ce jour dans l'histoire des pédophiles coupables d'assassinats,
Shawcross, pour assouvir sa soif de meurtre, se retourna contre les
prostituées de l'endroit. Il devait frapper onze fois avant que la police, plus ou moins aidée par les circonstances, parvînt à le coincer.
Par
la suite, on établit qu'il ne s'attaquait qu'à des femmes de petite
taille (jamais plus d'1,55 m) et qui, toutes, pouvaient lui évoquer
soit sa mère, soit sa soeur, Jeannie, avec laquelle il prétendit
toujours avoir eu des relations incestueuses.
Shawcross quant à
lui expliquait ses pulsions par les traumatismes subis lors de son
engagement au Viêt-Nam. Mais lorsque ses défenseurs s'intéressèrent à
cette période de sa vie, ils comprirent que leur client affabulait
purement et simplement.
La qualité de ses rapports
enfantins avec sa mère est la seule, avec 'aberration chromosomique, à
représenter une piste valable. Mais un père faible et une
mère trop sévère, même alliés à un chromosome superflu, sont-ils
suffisants pour expliquer le comportement de Shawcross ? ...
Si cette question vous intéresse, lisez "Le Fils Illégitime" de Jack Olsen : vous ne le regretterez pas car il s'agit là de l'un des meilleurs volumes parus dans la collection "Crimes & Enquêtes." Ni voyeurisme, ni complaisance, un style dense, des faits précis et objectifs. 
30 mai 2007
les Péchés du Père - Eileen Franklin & William Wright.

Sins of the Father
Traduction : Paul Bénita
Le
22 septembre 1969, à Foster City, en Californie, disparaissait Susan
Nason. Le corps de la fillette, âgée de 8 ans, ne sera retrouvé que
quelques jours plus tard.
Au soir de ce même 22
septembre, Janice Franklin, dix ans, tente de consoler sa petite soeur,
Eileen, meilleure amie de la disparue, avant que l'enfant n'aille se
coucher. La petite tremble et pleure. Quoi de plus normal dans le
contexte ?
Pourtant, chez les Franklin, rien n'est
vraiment "normal" et Janice le sait bien, elle qui a déjà subi des
attouchements sexuels de la part de leur père, George. Mais Janice n'a
que dix ans et, à cet âge, les adultes, s'ils n'ont pas toujours
raison, savent en principe toujours ce qu'ils font. Ce n'est qu'avec
les années et le poids accumulé des souffrances que finissent par se
déclarer, chez les plus chanceux de ces enfants, la haine et la
révolte.
Pour Eileen Franklin, il faudra vingt ans pour que la mémoire explose. En
1989, alors qu'elle joue avec sa petite fille, certaines images
commencent à s'imposer à elle : son père violant la petite Susan sur le
matelas de sa vieille camionnette tandis qu'elle-même, en larmes, sur
le siège avant, ne sait que faire ; puis son père empoignant une pierre
et ...
Quand j'ai acheté ce livre, je pensais qu'il y
avait un risque pour que tout cela ne fût qu'inventions - même si les
enfants maltraités et victimes d'abus sexuels sont légion, il n'en
reste pas moins vrai que parfois, nous l'avons vu tout récemment à
Outreau par la faute d'une équipe "sociale" indigne de ce nom, les
actions reprochées aux adultes n'ont existé que dans l'imagination de
leurs accusateurs.
Et puis, bien sûr, j'ai lu. Et mon expérience personnelle m'incite désormais à croire en la parfaite sincérité d'Eileen Franklin.
Tout
d'abord, Eileen ne recule pas devant cette vérité intime que
connaissent tous les enfants abusés et/ou maltraités : à la haine
(furieuse, dévorante) que leur inspire leur bourreau, se retrouve
toujours, inextricablement lié, un sentiment antinomique d'amour et
d'admiration.
"Comment est-ce possible ?"
s'étonneront les profanes. Tout simplement parce que, à l'origine, tout
enfant aime son père et sa mère. Et il s'accroche autant qu'il le peut
à cet amour, jusqu'à ce que, sous la pression du temps et de la
souffrance, il accepte d'admettre la présence conjointe de la haine.
Les enfants devenus adultes qui s'y refusent jusqu'au bout abuseront en
général à leur tour de leurs enfants et risqueront de devenir - surtout
les hommes - des prédateurs sexuels.
Or,
lorsqu'elle évoque cette dichotomie de son être, Eileen laisse passer
une telle douleur, on la perçoit si profondément écorchée vive qu'on ne
peut douter un seul instant de sa véracité.
"Mais pourquoi a-t-elle mis 20 ans à se souvenir ?" dira-t-on encore. Mais c'est là un faux problème en ce sens que l'enfant
soumis à de telles pressions fait en général le "noir absolu" dans son
esprit après ou au moment même des faits. Ce "noir absolu" correspond à
l'évanouissement physique sous le coup d'une douleur trop profonde.
Mais ici, c'est pour protéger du basculement dans la folie ou dans le
mutisme.
On note encore que, après la mort de
la petite Susan, le comportement d'Eileen changea du tout au tout à
l'école et que cela joua malheureusement sur l'achèvement de son
parcours scolaire. Elle finit même un temps par jouer à l'"escort girl"
et l'on sait que le mépris total du corps, ou plutôt le refus de le
percevoir comme son propre corps, accompagne dans leur métier les
prostitués des deux sexes. Et, ceci n'est plus à démontrer, on
rencontre très souvent dans leurs rangs des adultes ayant été abusés
dans leur petite enfance.
Le mariage d'Eileen avec un
homme de quatorze ans son aîné, qui peut donc jouer le rôle du Père,
ainsi que leurs relations souvent conflictuelles, viennent compléter la
donne.
D'autre part, si l'on se tourne vers George Franklin, que
voit-on ? Un homme marié trop jeune et qui s'adonne à l'alcool et bat
ses enfants - tous ses enfants sans exception à ceci près que, après le meurtre de Susan, il ne touchera plus jamais à Eileen.
Ce n'est évidemment pas chose suffisante pour le juger coupable.
Susan ne rompra d'ailleurs jamais les ponts avec lui, ce qui donnera
lieu au domicile de la jeune femme, à la naissance de sa fille,
Jessica, à une scène pénible et choquante qui a probablement contribué
à raviver la "mémoire morte" d'Eileen : elle surprend un jour son père
en train d'examiner le sexe du bébé avec autant de soin que pourrait en
apporter un gynécologue ...
Le jour où la police se
présenta chez lui "pour affaire le concernant", George Franklin eut
cette étrange réaction : "Vous avez parlé à ma fille ?" dit-il. Et lors
de la perquisition qui suivit, on découvrit chez lui des revues
pédophiles, des photos et divers objets pour le moins suspects.
Les
jurés, d'ailleurs, ne se laissèrent pas prendre aux beaux discours de
la Défense : ils condamnèrent l'accusé à la réclusion criminelle à
perpétuité.
Un livre qui, en dépit du sujet, n'a rien de
tapageur et qui conte, avec sobriété, une histoire que l'on
souhaiterait unique en son genre alors que, hélas ! les tragédies de ce
genre sont légion. Je recommande d'autant mieux sa lecture que, pas un
instant, l'auteur ne s'acharne sur le personnage de George Franklin
qu'il dépeint, lui aussi, comme une victime (de son propre père)
devenue bourreau. Là encore, c'est bien souvent le cas et même si cela
n'excuse en rien l'horreur des crimes accomplis, cela , en tous cas,
permet de mieux les comprendre. 
19 mai 2007
Le Crime du Siècle - D. L. Breo & W. J. Martin.

The crime of the Century :
Richard Speck and the murder of eight student nurses
Traduction : Edith Magyar
Voici
un ouvrage sur lequel devraient se pencher tous les partisans de
l'abolition de la peine de mort. Son style, pourtant, ne laissera pas
de souvenir impérissable mais l'histoire qu'il raconte, en revanche ...
Le
13 juillet 1966, Richard Franklin Speck, petit délinquant sans
envergure qui a déjà été arrêté pour vols et pour violences,
s'introduit par effraction dans une résidence abritant des
élèves-infirmières d'un hôpital de Chicago.
Après les avoir
maîtrisées et alternant pour ce faire la douceur et la menace, il viole
et assassine de sang-froid huit jeunes filles. La neuvième,
Corazon Amurao, d'origine philippine, ne devra sa survie qu'à sa petite
taille et à un sang-froid exceptionnel qui l'incite, alors qu'elle
attend, ligotée et bâillonée, que l'assassin ne revienne pour en finir
avec elle, à se propulser sous un lit pour s'y dissimuler. C'est elle
qui, au matin du 14 juillet, terrorisée et hors d'elle, se glissera sur
la corniche de sa chambre pour y hurler au secours. A cette heure-là,
l'assassin, qui avait commis l'erreur de ne pas dénombrer ses victimes potentielles, a tourné les talons, persuadé qu'il ne laisse aucune survivante ...
Dès qu'il apprend, par les journaux, que tel n'est pas le cas, Speck cherche à fuir la police. Cet homme au Q. I. plutôt bas agira alors avec une rare efficacité.
Mais le portrait-robot est bientôt diffusé dans la presse et il sent
bien que, sans argent et sans relations, il n'ira pas loin. Il fait une
tentative de suicide, est recueilli par les pompiers et les hôpitaux
et, finalement, se voit formellement identifié par un chirurgien.
Son
défenseur imaginera bien sûr de plaider la folie et une déficience
génétique que l'absorption de grosses quantités d'alcool et de drogues
aurait agravées. Mais les faits sont là, incontestable : non seulement
Speck a prémédité son infraction mais surtout, pendant la nuit de la
tuerie, il prend soin de violer et d'assassiner chacune de ses victimes
dans une chambre isolée, porte soigneusement close. De plus, avant de
passer à la suivante, ce maniaque de la propreté se lave les mains et
change de T-shirt à la moindre tache (il en a emporté une réserve avec
lui).
Comment concilier un pareil sang-froid avec l'idée d'une
crise de folie tapie dans les gènes du meurtrier et provoquée par
l'absorption de drogues ?
En définitive, l'avocat de
Speck tentera donc de prouver que Corazon Amurao se trompe lorsqu'elle
identifie Speck comme l'assassin. Mais les jurés ne se laissent pas
faire et le reconnaissent coupable avec préméditation. Quant au juge,
il le condamne à la chaise électrique.
Speck fait alors appel
et, de procédure en procédure, il verra sa peine commuée en plus de 500
années de prison. Il mourra d'une crise cardiaque dans l'établissement
où il purgeait sa peine.
Au mur de sa cellule, il avait accroché les photos de ses huit victimes.
Pour
le lecteur, la culpabilité de Speck ne fait évidemment aucun doute.
Comme il n'y a aucun doute qu'il était parfaitement conscient de ce
qu'il faisait quand il est passé à l'acte. Ces huit meurtres ne peuvent
par exemple se comparer à la dernière "descente" meurtrière de Ted
Bundy dans un foyer d'étudiantes - "descente" qui, parce qu'il y laissa
une trace très nette d'empreintes de dents, allait sceller son destin.
Bundy était au paroxysme du mal qui le rongeait tandis que, chez Speck,
on ne sent rien de tout cela. Chez cet homme quasi mutique sauf s'il a
bu, tout est prémédité. Contrairement à ce qu'il s'est fait tatouer sur
un bras, il n'est pas "né enragé" : comme un enfant de douze ans, il
voulait encore, à près de trente ans, faire ce qu'il voulait, au moment
où il voulait et sans se soucier des autres.
Et puis, comme il l'avoua lui-même, il voulait aussi "avoir son nom en gros titres dans les journaux."
Il l'a désormais dans les archives criminelles internationales. Ses huit victimes, hélas ! aussi. 

08 mai 2007
Les Soeurs Papin - Robert Le Tixier.

Etant
depuis assez longtemps à la recherche d'un livre passionnant que j'ai
prêté il y a plus de dix ans et qu'on ne m'a jamais rendu, j'ai cru le
retrouver avec cet ouvrage dû à la plume de Robert Le Tixier. Mais je
m'étais trompée et, si le livre est intéressant, il ne fait hélas ! que
survoler l'affaire. Je vais donc me remettre en quête. ;o)
Le double meurtre que les Christine
et Léa Papin perpétrèrent sur la personne de leurs patronnes, Mme et
Melle Lancelin, le 2 février 1933, a frappé l'imagination des Manceaux,
puis celle de la France entière pour deux raisons principales :
1) son atrocité (Christine et Léa ont en fait traité leurs maîtresses comme elles l'auraient fait de vulgaires lapins)
2) et le manque absolu de mobile.
De l'aveu même des deux soeurs, elles n'avaient rien à reprocher à
leurs patronnes. Mme Lancelin s'était même entremise auprès de leur
mère, Clémence, pour qu'elles touchassent directement leurs gages.
Toutes deux étaient bien traitées et payées en suffisance. Elles
avaient en outre suffisamment d'économies pour se chercher une autre
place si elles l'eussent souhaité. En face, M. Lancelin, qui n'avait
échappé à la boucherie que parce qu'il était absent cet après-midi-là,
ne cessa de dire que ses domestiques lui avaient toujours donné entière
satisfaction, qu'elles étaient travailleuses et attentionnées.
On
peut aussi couper net dès maintenant à l'une des hypothèses possibles -
utilisées par Jean Genêt dans "Les Bonnes" mais qui ne repose sur rien
- concernant une quelconque liaison entre M. Lancelin et l'une ou
l'autre des deux soeurs.
Alors ?
Dans les années qui suivirent, les
auteurs qui se sont penchés sur l'affaire Papin ont eu tendance à se
replier sur l'enfance et l'adolescence des deux soeurs. Une mère
indigne, qui ne cessera de les placer et de les déplacer d'un
orphelinat à l'autre pendant presque toute leur enfance. Un père qui
avait abusé de leur soeur aînée - laquelle, devenue adulte, avait fini
par prendre le voile. Le tout sur fond d'alcoolisme.
La figure de la Mère est évidemment prédominante - et
on notera que, en 1929, un changement de caractère semble s'être fait
chez les deux soeurs lorsqu'elles rompirent définitivement avec
Clémence Derré-Papin. Rejetées avec plus ou moins de violence - selon
son humeur, en fait - par leur mère, Christine et Léa, comme beaucoup
d'enfants maltraités, lui vouaient cependant un amour sans limite
doublé d'une haine tout aussi profonde et sincère.
Les circonstances firent que Christine devint peu à peu la "mère" de Léa, en tous les cas son "pilier." Unies
plus que la majeure partie des frères et soeurs, Christine et Léa ont
aussi basculé, semble-t-il, dans l'inceste. Et l'une des solutions
proposées au double-meurtre, solution qui se fonde sur certaines
habitudes curieuses des deux soeurs, les déclarations de Christine
comme quoi "aucun homme ne les séparerait jamais" et enfin l'attitude
de la même Christine lorsqu'on la sépara de Léa en prison, est que Mme
et Melle Lancelin auraient, cet après-midi du 2 février 1933, surpris
les soeurs Papin au lit et dans une position sans équivoque.
Cela expliquerait l'énucléation des malheureuses qui auraient vu ce que personne ne devait voir.
Robert
Le Tixier semble lui aussi partisan de cette hypothèse et souligne que
les blessures infligées à Melle Lancelin peuvent s'interpréter comme
possédant un caractère sexuel.
A l'audience, Christine fut
reconnue coupable et condamnée à mort. Mais, bien que la crise de folie
n'eût pas été retenue comme circonstance atténuante par les juges, sa
peine fut commuée en détention dans un asile psychiatrique de Rennes où
elle devait décéder de cachexie en 1937. Elle avait 32 ans.
Sa
cadette, Léa, fut condamnée à dix ans de travaux forcés. Elle devait
décéder dans une retraite semi-religieuse, à Nantes, en 2001.
De
leur procès, on peut retenir que, tant du côté du Ministère public que
de la défense, il y eut beaucoup d'approximations. Il semble que les
juges comme les avocats se soient sentis dépassés par ce crime
hors-série. A l'époque, la presse - "L'Oeuvre" entre autres avec les
frères Tharaud - joua un grand rôle en faveur des accusés.
11 mars 2007
Les Tueurs de la Lune de Miel - Paul Buck.

The Honeymoon Killers - Paul Buck.
Traduction : Gérard de Chergé
Ce
livre évoque le couple infernal que formèrent pendant quelques années
Martha Seabrook Beck, ex-infirmière qui souffrait d'une déficience
hypophysaire que l'on soignait très mal dans les années de
l'après-guerre, même aux USA, et Raymond Fernandez, citoyen américain
d'origine espagnole qui avait trouvé le moyen de se marier en Espagne
avant de revenir - seul - dans son pays natal pour y escroquer les
femmes qui se laissaient prendre à son charme latin.
Il
est à noter que, selon toute vraisemblance, aucun d'eux n'avait tué qui
que ce fût avant leur rencontre, laquelle s'effectua de la façon la
plus banale qui soit, par le biais d'une agence de rencontre : "Le Club
Amical des Coeurs Solitaires de Mamie Dinene." Au départ,
Raymond pensait que Martha ne serait qu'une victime de plus mais la
très forte relation sexuelle qui s'établit entre eux - et le chantage
au suicide de la jeune femme - devaient tout changer. Pour
leur malheur commun - et celui d'une vingtaine de femmes en quête d'une
âme-soeur sans oublier une petite fille de deux ans que Martha noya
dans un lavabo après le meurtre de sa mère.
Il semble
pourtant que le premier meurtre reconnu par la Justice, celui du
personnage dénommé Evelyn dans le roman, n'ait pas été prémédité. Simplement,
la candidate au mariage fut prise en pleine nuit d'une crise
d'angoisses relative aux chèques qu'elle avait demandé à Raymond de
mettre pour elle de côté et que, le ton montant, Martha ou Raymond - le
coup ayant été porté par un droitier aurait légitimement dû innocenter
Beck, qui était gauchère, mais les juges n'en tinrent pas compte - ait
assommé la malheureuse avec un marteau. Passons sur les autres détails
: quand le vin est tiré, il faut bien le boire.
Prirent-ils goût
au sang ? Buck ne le dit pas expressément mais comme il ne relate pas
l'historique exacte des meurtres, on peut croire sa vision un peu
romancée. Son livre, qui s'appuie beaucoup sur le film (par ailleurs
excellent) de Leonard Kastle, souffre de sa forme hybride : mi-roman,
mi-document. A sa décharge, on dira que le ton y reste toujours assez
sobre.

Shirley Stoyler & Tony Lo Bianco, Martha & Raymond pour Leonard Kastle.
Sur l'affaire, on consultera donc plus efficacement les deux sites suivants :
http://www.tueursenserie.org/article.php?id_article=45 (francophone)
et l'irremplaçable Crime Library anglophone :
http://www.crimelibrary.com/serial_killers/partners/fernandez/1.html
07 février 2007
L'Affaire du Dahlia Noir - Steve Hodel.

Le
15 janvier 1947, aux environs de 10 h 30 du matin, à Los Angeles, une
femme qui promène sa fille aperçoit un cadavre sur la route.
Elle appelle immédiatement la police mais c’est un reporter arrivé sur
les lieux avant celle-ci qui constatera le premier que le corps a été
scindé en deux, et fort proprement. Visiblement, le ou les assassins
connaissent leur anatomie sur le bout des doigts.
C’est
ainsi que s’ouvre l’une des enquêtes les plus longues et les plus
ardues qu’ait jamais menées le Département criminel de la "Cité des
Anges" - ou LAPD. Peu à peu retombée dans l’oubli mais
systématiquement rappelée sous les projecteurs à chaque meurtre de
femme inexpliqué commis dans la ville - et il y en eut de plus en plus
au fur et à mesure que s'égrenaient les années et que se développait la
violence urbaine - l’ « Affaire du Dahlia Noir » comme la surnomma d’emblée la presse de l’époque allait même inspirer à James Ellroy le roman qui insuffla le coup de pouce nécessaire à sa carrière d’écrivain. Il faut dire que
la mère d’Ellroy fut vraisemblablement assassinée soit par le meurtrier
du Dahlia, soit par son complice et que la sinistre aventure de Betty
Short ne pouvait que hanter l’écorché vif qu’est en définitive le
romancier américain.
Ellroy a d’ailleurs rédigé la préface du livre de Steve Hodel, lui donnant ainsi son aval.
Devant un travail aussi minutieux, devant la logique de la
démonstration, devant également ce que la démonstration en question
implique pour son auteur, l’auteur
du « Grand Nulle Part » aurait-il pu faire autrement ?
Ancien
officier du LAPD, Hodel reprend l’affaire depuis ses débuts et effectue
d’impitoyables recoupements avec l’emploi du temps et la vie privée de
son propre père, le Dr George H. Hodel. A la mort de ce dernier en
effet, survenue en mai 1999 alors que le médecin atteignait l’âge
respectable de 92 ans, sa compagne avait remis à Steve nombre d’objets
personnels, dont un petit album luxueusement relié ne comportant que
des photographies de femmes. Parmi celles-ci, la mère de Steve Hodel
mais aussi Elisabeth Short, mieux connue sous le nom du « Dahlia Noir.
» Très étonné et vaguement inquiet peut-être, l’ancien inspecteur du
LAPD ne résiste pas à la tentation et entreprend de remonter ce que, au
début, il n'ose pas considérer comme une véritable piste.
Le reste est dans « L’Affaire du Dahlia Noir » chez SEUIL Policiers. Itinéraire implacable et triste qui, selon Michael Connelly,
"dérange et intrigue à chaque pas." Certes, au premier abord, on se dit
qu'il s'agit peut-être là de l'un de ces « coups publicitaires » dont
sont friands les éditeurs - d’autant que le titre américain, "Black Dahlia Avenger", est un tantinet grandiloquent.
Mais ceux qui ont lu « Ma Part d’Ombre », livre où Ellroy
retrace son propre cheminement par rapport au meurtre de sa mère,
estiment vite que le romancier aurait été foncièrement incapable de
cautionner une telle supercherie sur le sujet. Et même en admettant qu’Ellroy se soit laissé aveugler par son affectivité, les faits sont là. Sans
oublier qu’on ressent mal Steve Hodel dans le rôle du Fils tellement
frustré qu’il se forge un père serial killer : il a tout de même 63 ans
désormais et l'on ne s'amuse pas impunément à cet âge à "tuer le Père",
surtout de façon aussi horrible.
Car le Dr George Hill Hodel était un monstre.
Lisez le livre et nous en reparlerons.
Sur le Dahlia, site anglophone. Attention : c'est assez dur.
Idem pour l'article également rédigé en anglais sur la Crime Library.
Jack l'Eventreur - Tom Cullen.
Ce livre parut en 1973 et prend partie pour la culpabilité de Montague John Druitt :
M. J. Druitt
On sait en effet que les meurtres de l'Eventreur cessèrent pour ainsi dire du jour au lendemain après le suicide de Druitt. Cela signifie-t-il pour autant que les deux hommes ne faisaient qu'un ?
En tous les cas, le livre de Cullen que, par exception, je possède dans une belle édition Beckers, est passionnant. Tout d'abord parce que, mieux que les ouvrages
consacrés à l'assassin londonien par Stéphane Bourgoin ou Patricia
Cornwell, il plante solidement le décor de cet East End de la misère et de la tristesse où l'Eventreur a toujours choisi ses proies.
Avec une telle force que le moins visuel des lecteurs n'a aucune peine
à se représenter ces rues étroites et ces pavés gluants de smog où
tournaient en rond, dans une quête incessante de survie, les mendiants,
les chômeurs et les prostituées.
Toutes
les hypothèses qui avaient été soutenues à l'époque sont mentionnées, y
compris celle qui avait les faveurs de Conan Doyle soi-même : la
version de "Jill l'Eventreuse." Il y a eu des gens en effet pour
affirmer que, si Jack n'était pas une femme, en tous les cas, il devait
se déguiser en femme pour éviter avec autant d'adresse de se faire
repérer. On notera (plus tard, nous y reviendrons) que Cornwell reprend
elle aussi la théorie d'un Eventreur qui se déguisait. (J'ajouterai
que, même si je n'apprécie pas tellement Cornwell, il me semble injuste
de descendre ce raisonnement quand elle le fait sien alors que l'on
opine du bonnet lorsqu'un autre auteur soutient cette thèse.)
Cullen
évoque aussi la version du "marin étranger" - qui, selon lui, ne tient
guère la route. Dès le départ, les Anglais furent si choqués par ces
meurtres atroces, touchant tous trop profondément aux tabous
victoriens, qu'ils se refusèrent longtemps à y voir l'oeuvre d'un
compatriote.
Et pourtant ...
Le livre de Cullen a apparemment été réédité chez Amazon mais je n'en ai pas trouvé la jaquette. Pour tous ceux qui s'intéressent à l'affaire de l'Eventreur, il reste une base solide.
Un Tueur si Proche - Ann Rule.
Ce
livre n'est pas un roman mais une tentative de reconstitution de
l'affaire Ted Bundy qui secoua l'Amérique des années 70 et 80.
C'est surtout une tentative de réponse à la question : "Qui était Ted Bundy ?"
par une femme qui l'a bien connu et de qui il entendait bien que, après
son emprisonnement et son exécution, elle rédigeât son "portrait."
Mais ce n'est qu'une tentative car il est impossible de répondre à pareille interrogation. Bundy lui-même l'ignorait même
si, dans ses rares moments de sincérité, il s'est essayé lui aussi à
dénoncer le "vampire" qui dormait en lui et se réveillait cycliquement
pour assassiner des jeunes femmes répondant toutes au même schéma
physique - celui de Stéphanie Brooks, l'étudiante aisée avec laquelle
il était sorti à la fin des années 60 et qui avait fini par le laisser
tomber parce que leurs origines sociales étaient trop différentes.
Deux facteurs ont permis à Théodore Robert Bundy de se créer une place bien spéciale dans la confrérie des serial killers :
1) tout d'abord, il fut l'un des premiers cas authentifiés comme tel par le FBI ;
2)
ensuite, il était remarquablement intelligent et, si les choses avaient
été différentes, s'il n'avait pas souffert de cette fracture interne et
abyssale, il aurait eu toutes les chances de devenir un avocat, voire
un magistrat en renom.
Bien
qu'il ait été un formidable manipulateur, il est tout aussi certain que
Bundy, de temps à autre, a laissé émerger la terreur que lui inspirait
son double démoniaque. Il est d'ailleurs très révélateur de
constater que, en fin de parcours, après sa seconde évasion, il choisit
d'émigrer en Floride, état où il encourrait la peine de mort s'il se
faisait prendre. Certains ont prétendu - assez stupidement, à mon avis
- que c'était parce qu'il était sûr d'y avoir toujours beau temps mais
il faut tout de même rester sérieux lorsqu'on s'attache à étudier ce
genre de personnages : le fait qu'ils soient des "monstres" déclarés
"sans conscience" par nombre de psys ne signifie pas pour autant qu'ils
soient dépourvus d'inconscient : il semble même que celui-ci soit à
l'origine de leur comportement anti-social.
Autre
trait choquant chez Bundy : sa séduction qui était réelle. Au reste,
Bundy n'a jamais eu de problème pour rencontrer et courtiser les
membres du sexe dit faible. Bien au contraire. Il vécut même en couple
avec Meg Anders qui refusa longtemps de croire à sa culpabilité. Au
pied de la chaise électrique, Carol Ann Boones entendait l'épouser. Comme
son esprit, sa sexualité semble avoir été compartimentée : d'un côté,
l'homme tendre et charmeur, peu égoïste en amour ; de l'autre, le
violeur qui ne pouvait jouir qu'en étranglant.
Avec le temps, on en est arrivé à penser que la
clef du mystère résidait dans les trois premiers mois du séjour de Ted
sur cette terre, mois qu'il passa seul dans une maternité, sa mère
ayant dû le quitter pour aplanir le terrain auprès de sa famille et
surtout de son terrible père.
D'autres estiment que l'on doit tout rejeter sur l'éducation de Ted : celui-ci fut élevé dans l'idée que son grand-père était son père et que sa mère, Louise, était en fait sa soeur.
Enfin, personne
n'a jamais réussi à expliquer pourquoi Ted Bundy décrivait toujours son
grand-père comme un homme charmant et affectueux alors qu'il avait tout
du tyran domestique. Ce vieil homme très rigoriste mêlait déjà le
diacre austère et l'amateur de pornographie : en somme, rien d'une
bonne image paternelle, si l'on y regarde bien.
Quoi
qu'il en soit, l'ouvrage de Rule, qui ne tombe jamais dans les
descriptions gratuites, est une bonne approche de cette affaire qui fit
couler beaucoup d'encre jusqu'au 24 janvier 1989, date à laquelle Ted
Bundy fut exécuté.
Pour en savoir un peu plus et trouver d'autres titres d'ouvrages sur la question :
Ted Bundy

Jack l'Eventreur - Patrician Cornwell.
Il m'a fallu relire ce livre pour savoir exactement ce que j'en pensais.
Tout
d'abord, il est passionnant. Si, si, de bout en bout, bien que la fin
soit, selon moi, un tantinet abrupte - et bien dans la manière de
Cornwell.
Cornwell s'y veut brillante et convainquante et elle y réussit presque toujours.
Presque, seulement. Pourquoi ?
Parce
que, contrevenant ainsi à toutes les règles policières, réelles ou
romanesques, dès le départ, elle part du principe que Walter Sickert
est le seul coupable. Elle affirme, elle tranche, elle vitupère avec
une telle hargne qu'elle en est parfois gênante et que, quoique
ébranlé, on ne sort pas objectivement convaincu de sa lecture.
Comme
on le sait, de nombreuses hypothèses ont été émises sur l'identité de
celui qui se surnomma "Jack the Ripper" : du duc de Clarence,
petit-fils de la reine Victoria et frère du future George V jusqu'à une
hypothétique représentante du sexe féminin qui, on ne sait trop
pourquoi, en voulait tellement aux femmes qu'elle se serait déguisée en
homme pour pouvoir les égorger en paix, la nuit, dans Whitechapel,
tout, ou presque, a été évoqué sur le sujet. Ce qui n'empêche que, en 2006, on ne sait toujours pas qui était le premier serial killer dont l'histoire contemporaine a conservé la mémoire enfiévrée.
Et ceci ajouterai-je, en
dépit de Patricia Cornwell, pour qui l'assassin s'appelle Walter
Sickert, peintre en renom sous l'ère victorienne, élève du grand
Whistler, beau-frère d'une suffragette célèbre et gentleman tout droit
sorti du "Cas etrange du Dr Jekyll".

Walter Sickert dans sa jeunesse.
Vous énumérer
la liste des preuves égrenées par l'auteur en faveur de son hypothèse
serait bien trop long et gâcherait d'ailleurs votre plaisir de futur
lecteur. Parmi elles cependant, deux
sont à retenir : les filigranes du papier utilisé dans nombre de
lettres adressées par l'Eventreur à Scotland Yard et les curieux
montages effectués parmi elles à l'aide de matières utilisées
couramment en peinture. Signalons au passage que l'on n'est pas
loin de demeurer aussi ahuri et scandalisé que le fut Cornwell
lorsqu'elle découvrit la désinvolture avec laquelle toutes ces lettres
furent traitées par les services concernés. Certes, on était bien loin
à l'époque de posséder tous les moyens d'investigations qui sont
actuellement à notre disposition mais tout de même ... ! Un point sur
lequel on se met très vite d'accord avec elle, c'est que, si l'affaire
avait été traitée de façon plus sérieuse, on y aurait vu sans doute un
peu plus clair.
Disons-le
tout net, si Cornwell a pu avoir l'impression que la police de Sa
Majesté, complètement dépassée par ce meurtrier tout-à-fait hors
normes, avait eu recours à la politique de l'autruche, sur ce plan au
moins elle n'a guère de peine pour en convaincre son lecteur. Et sa
démonstration serait parfaite n'était, je le répète, son acharnement à
prouver la culpabilité de Sickert, un peu comme si elle avait une dent
personnelle contre lui.
Je
n'ai malheureusement pas pu retrouve copie de certaines des toiles qui,
si l'on en croit Cornwell, la persuadèrent de la culpabilité de
l'artiste. Tout au long de son livre, elle insiste en effet sur la
morbidité de ces oeuvres (même si elle ne se rend pas compte que, en ce
qui la concerne, sa tendance à dépeindre des autopsies et des morts
violentes dans le plus menu détail relève probablement de la même
nature.
) J'en ai cependant trouvé certaines qui laissent en effet assez perplexe :
La Maigre Adeline - 1906



et surtout celle-ci, intrigante à souhait :

Evidemment, ces toiles, où l'influence de Degas se fait sentir, créent un malaise. Mais il ne suffit pas de s'intéresser à un meurtre ou une série de meurtres pour se révéler leur auteur. Il ne faut tout de même pas oublier que Jack l'Eventreur a vraiment frappé l'imaginaire anglais dans son ensemble et que, à ce titre, un artiste comme Sickert ne pouvait qu'y être sensible. Qu'il en ait ressenti une obsession peut s'expliquer aussi par un détraquement vraisemblable de sa personnalité. Qu'il ait écrit des lettres anonymes à Scotland Yard en prétendant être l'Eventreur, là encore c'est possible mais il ne fut sans doute pas le seul et cela ne prouve rien.
Mais l'était-il réellement ? Ce qu'il manque au brillant essai de Cornwell - un essai au bulldozer américain, si j'ose dire - c'est la preuve devant laquelle tout le monde s'inclinerait : la preuve ADN. Malheureusement, Sickert s'étant fait incinérer et étant mort sans descendance, on ne peut comparer les traces ADN retrouvées sur deux des lettres de l'Eventreur avec les siennes.
Et c'est vrai que c'est dommage ...
Le Dossier Dahlia Noir - Don Wolfe. (IV)
Sur les points 7 et 8, Wolfe semble regagner du terrain. Pour
les fameux clichés de "Mr Barnes", Hodel ne les a pas reproduits dans
son livre. Quant à la voiture noire que possédait son père, il
s'agissait bien d'une Packard et non d'une Ford qui aurait été aperçue
sur le lieu de la découverte du corps.
9) Le point 9
tente d'expliquer le fait que Hodel ait été dans le collimateur de la
police par le procès pour inceste et abus sexuel qui lui était intenté
après témoignage de sa fille, Tamar.
Mais Wolfe insiste peu et
il est clair pour lui que Tamar avait menti. Il la condamne
implicitement et pour lui, George Hodel est un père modèle.

Le Dr George Hill Hodel.
Quand
on songe à toutes les preuves accumulées contre Hodel dans cette triste
affaire, on ne peut que conclure qu'il "arrosa" certaines personnes et
fit jouer pas mal d'appuis pour se sortir de là. Ce qui revient à dire
que, comme ceux qui le pouvaient à l'époque, le médecin versait des
"enveloppes" à certains membres du LAPD. Dans ces conditions, pourquoi
ceux-ci ne l'auraient-ils pas couvert pour d'autres opérations ?
10)
Avec le point 10, Wolfe accuse son retard. Pour lui, George Hodel n'a
jamais été chirurgien et n'a jamais pratiqué la chirurgie. Il se base
sur l'interrogatoire de Dorothy Hodel dont il donne d'ailleurs
photocopie pour le passage concerné.
Mais une fois de
plus on se demande s'il a bel et bien lu le livre de Hodel puisque
celui-ci, à la page 543, donne photocopie du diplôme de son père
attestant qu'il était nommé "assistant surgeon."
11)
Pour réfuter l'affirmation de Steve Hodel comme quoi son père et "le
riche Hollywoodien" suspecté et interrogé par le LAPD étaient une seule
et même personne (Wolfe, lui, affirme que cet homme était Mark Hansen,
le directeur du "Florentine Gardens", qui hébergea Short chez lui et à
qui elle aurait dérobé certains menus objets dont un agenda), Wolfe
fait état des problèmes d'argent du Dr Hodel en 1949. Mais il semble
bien que si, à l'époque, Hodel liquidait tout, c'était parce qu'il
voulait quitter les USA suite au fameux procès.
C'est de l'ergotage car, même avec ses problèmes d'argent, le Dr Hodel restait un homme aisé.
12)
Avec le dernier point, Wolfe reprend un léger avantage, très léger. Il
est peu probable en effet que l'homme qui tenta de parler d'Elisabeth
Short à son ancienne co-locataire, Sherryl Maylond, ait été George
Hodel. Mais de là à dire qu'il s'agissait de Maurice Clement, homme de main de Bugsy Siegel, il y a une marge.
