Lego ergo sum

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09 août 2007

Le presbytère hanté de Borley - E. Dingwall, K. Goldney & T. Hall ( II ).

Après lecture de ce livre, deux questions se posent au lecteur :

1) Harry Price s'est-il rendu coupable de fraude ? Oui, c'est indubitable. Price a tout fait, surtout après 1937, pour que Borley soit déclaré hanté. Mais - et cela non plus, on ne peut le nier - il était plutôt sceptique lors de la première visite qu'il fit à Borley en 1929, en compagnie d'ailleurs de l'une des signataires de "Le Presbytère hanté de Borley", Kathleen Goldney, laquelle semble avoir cependant toujours estimé que, dans certains cas (qui ne concernent pas tous Borley, donc), Price avait fait figure de medium tout à fait inconscient de ses propres possibilités.

Quand les Foysters le rappelleront, Price ne mettra pas non plus très longtemps à deviner qui écrit les fameux "messages" laissés, soi-disant, par les esprits, sur un ou deux murs du presbytère. Dans les années 60, Mrs Veuve Foyster admettra elle-même de bonne grâce les avoir rédigés - "parce qu'elle s'ennuyait."

Mais Price avait besoin d'argent et de notoriété. Du coup, il a succombé aux charmes de la supercherie - et probablement pas seulement en ce qui concerne le cas de Borley.

Tout au long de ses 300 pages, le livre de Dingwall, Goldney et Hall tend à le démontrer par A plus B. Entreprise louable, sans nul doute mais qui a - ce n'est que mon avis - entraîné ses auteurs à pécher eux aussi comme l'avait fait Price en son temps : ils en font trop.

Ce qui amène le lecteur à se poser la deuxième question :

2) En dépit de la supercherie de Price, se peut-il que certains phénomènes se soient réellement produits au presbytère de Borley ?

Dans leur volonté de se montrer objectifs à tous prix, le trio d'écrivains-chercheurs imputent les phénomènes à Price et, quand il n'est pas encore entré en scène, à des farces que les jeunes demoiselles Bull auraient décidé de faire à leurs proches, au désir de gloire des Smith, à la petite Adelaïde Foyster et même aux gens du village de Borley. En outre, ils font le flou sur les incohérences et les reniements dans les propos que l'on peut rencontrer, par exemple, chez les Smith, pour ne citer qu'eux.

Et c'est là que le bât blesse car, s'ils réclament - avec raison - des preuves tangibles de tout ce qu'a pu avancer Harry Price, ils se contentent , pour expliciter leurs propres allégations, d'évoquer par exemple la sieste qu'aurait fait le révérend Bull avant de voir la fameuse religieuse, le tempérament rieur des demoiselles Bull, etc, etc ... Bref, toutes choses évidemment invérifiables.

Voilà pourquoi l'on sort de ce livre assez perplexe. On y apprend tout au plus la chronologie exacte des faits. Pour le reste - en-dehors des preuves qui accablent la mémoire de Price - rien n'est dit. Le presbytère de Borley n'a donc pas fini de faire parler de lui.

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Le presbytère hanté de Borley - E. Dingwall, K. Goldney & T. Hall ( I ).

Jaquette non répertoriée
Le presbytère hanté de Borley
The Haunted Borley Rectory
Traduction : Hugues de La Chesneray


En 1958, paraissait chez Denoël, avec une préface de Robert Amadou, l'excellente étude consacrée par Eric Dingwall, Kathleen Goldney et Trevor Hall au presbytère de Borley. Formé de membres d'associations de recherche paranormale très sérieuses, le trio prétendait à dénoncer la supercherie dont Harry Price, qui enquêta dès 1929 sur les phénomènes censés se dérouler dans cette maison, se serait rendu coupable à seules fins, vous l'aurez deviné sans peine, de vendre un maximum d'exemplaires du livre que lui-même avait rédigé sur Borley - et aussi d'assurer sa réputation de "fantastique chasseur de fantômes."

Rappelons brièvement l'histoire du presbytère :

1) la période Bull : le révérend Bull, pasteur du village de Borley, fait construire le presbytère en 1863. Des bruits courront par la suite comme quoi le bâtiment s'éléverait sur les ruines d'un monastère du XIIIème siècle mais il semble aujourd'hui établi que, tout comme la rumeur qui voulait qu'un couvent de soeurs eût existé non loin de là, à Bures, ce bruit était sans fondements.

Après la mort du révérend, son fils lui succède dans les mêmes fonctions et dans la même propriété, où il vit avec ses soeurs. C'est en 1900 que commence à se répandre l'idée que les demoiselles Bull ont vu plusieurs fantômes, dont celui d'une religieuse.

2) la période Smith : elle commence en octobre 1928 avec l'arrivée du révérend Smith et de son épouse dans le presbytère où le révérend Bull était décédé un an plus tôt.

Troublés par les rumeurs de hantise, M. et Mme Smith contactent le Daily Mirror qui les met en contact avec Harry Price, journaliste spécialisé en enquêtes para-psychiques.

Price arrive au presbytère en juin 1929 et, tout de suite, se produisent tout un lot de phénomènes. La bonne des Smith affirme de son côté avoir vu une apparition et le confie à Price.

Le mois suivant, les Smith, ennuyés par le manque de confort de la maison, quittent le presbytère. Ils n'y reviendront pas.

3) la période Foyster : entrent alors en scène le révérend et madame Foyster. Signalons que le premier est largement l'aîné de la seconde : plus de vingt ans de différence. Ils ont une petite fille : Adelaïde. Nous sommes en 1930 et, dès l'arrivée du couple, le presbytère s'agite.

Les Foyster rappellent Harry Price - qui se dira persuadé, plus tard, dans quelques lettres à un ami, que la responsable de tout cela n'était autre que Marian Foyster, l'épouse du révérend.

Après maintes péripéties et le recours à un exorciste, les Foyster quittent Borley en 1935. Le presbytère reste inoccupé pendant près de deux ans.

4) la période Price : Price loue le presbytère pour un an à compter de mai 1937. Son séjour ne sera guère paisible : les phénomènes s'accumulent. Lorsqu'il rend les clefs en 1938, il a constitué un énorme dossier qui lui inspirera "La Maison la plus hantée d'Angleterre", qui sortira en 1940.

A partir de là, les théories ne vont pas arrêter de s'échafauder, certaines loufoques, d'autres bien plus sérieuses. Le nouveau propriétaire des lieux, le capitaine Gregson, confirme lui aussi des phénomènes étranges, phénomènes qui survivront (si on ose l'écrire ) à la destruction du presbytère par le feu, le 27 février 1939.

Après la guerre, Price fouillera les ruines et y découvrira des ossements qu'on l'accusera par la suite d'avoir mis lui-même en place afin de donner corps à la légende de la religieuse enfermée vivante dans les murs de Borley. En parallèle, tandis que les Smith, en parfaite contradiction avec ce qu'ils avaient déclaré à Price en 1930, affirment n'avoir jamais rien constaté d'anormal dans leur ancienne demeure, d'autres personnes, visiteurs des ruines venus en amateurs ou en professionnels, prétendent avoir été témoins de nouveaux phénomènes.

Harry Price décède le 29 mars 1948. 

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Poisons & Empoisonneurs Célèbres - Roland Villeneuve.



Avant d'attaquer un livre de Roland Villeneuve, auteur qui a beaucoup écrit sur la démonologie, les poisons, les créatures fantastiques, etc ..., il faut garder à l'esprit qu'il fait souvent dans le "cliché historique." Ainsi, dans ces "Poisons ...", il aura pris garde à représenter Catherine de Médicis un peu comme l'a fait Dumas, c'est-à-dire comme un personnage excessif qui se délectait des "recettes" très spéciales de Ruggieri, son parfumeur. Même remarque pour les Borgia - et sans doute pour quelques autres que vous croiserez dans cet ouvrage.

Faut-il, pour autant, ne pas lire Villeneuve, bien sûr que non. Dans son genre, il possède le souffle et la minutie du passionné et il sait emporter son lecteur avec lui comme beaucoup de romanciers actuels sont bien incapables de le faire.

Dans "Poisons et Empoisonneurs Célèbres", il nous dresse un petit précis de l'empoisonnement et des empoisonneurs à travers les âges, de la ciguë socratienne à la scandaleuse affaire Marie Besnard qui défraya la chronique en France dans les années 50. (Si Villeneuve s'arrête là, c'est parce que son livre date de 1960.)

Bien entendu, à maintes reprises, il établit le parallèle entre la sorcellerie et l'empoisonnement, que l'on appelait d'ailleurs jadis "vénéfice." Il semble que la coupable pratique de se défaire de ses ennemis par le poison soit née avec l'homme même si - le fait est avéré - ce sont surtout les femmes qui recourent à cette façon très spéciale de donner la mort.

D'Agrippine la Jeune, mère de Néron, empoisonnant l'empereur Claude afin que Néron puisse ceindre la couronne des César, jusqu'à la marquise de Brinvilliers se défaisant de son père, de son frère, de son mari ... après avoir testé ses "poudres" sur les malades des hospices de Louis XIV, des rumeurs qui voulurent voir l'oeuvre du poison dans la mort, aussi brutale que cruelle, de Gabrielle d'Estrées, ou encore dans celle d'Henriette d'Angleterre, belle-soeur de Louis XIV, la fresque de Villeneuve n'omet aucun recoin. Il évoque même la sombre silhouette d'Hélène Jégado, sinistre servante bretonne si dévouée à ses maîtres successifs qu'elle en envoya un nombre conséquent d'entre eux vérifier si l'Au-delà est vraiment meilleur que notre monde mortel. Le tout ponctué de caractéristiques sur les poisons les plus utilisés - notamment l'arsenic, communément appelé le "Roi des poisons."

Ca se lit comme un excellent polar à fond historique et ça compte 300 pages chez "J'ai lu." Donc, pourquoi bouder votre plaisir ? ...

Posté par MDV_ à 13:33 - Histoire, Biographies & Documents. - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les Oiseaux - Daphné du Maurier.




The Birds
Traduction : Denise Van Moppès et Florence Glass

A lire ces sept nouvelles de l'écrivain britannique, je me surprends une fois encore à affirmer que son talent, confiné il est vrai aux "histoires d'amour" classiques, est resté en jachère. Car il y a ici, c'est indubitable, une puissance dans l'imagination et dans l'insolite qui fait de Daphné du Maurier l'égale d'un Matheson - et je pèse mes mots.

A mille lieues du clinquant hollywoodien, la nouvelle qui servit de base au film d'Hitchcock y gagne en économie dans la suggestion de l'horreur pure. Tout ici se situe dans la paisible campagne anglaise, non loin des côtes cependant, ce qui permet au héros de voir les mouettes aller se resourcer sur l'écume des vagues avant de reprendre leur assaut contre les humains. Maurier a en effet l'habileté de présenter les attaques des oiseaux comme étant guidées par la marée, ce qui laisse aux hommes, pour peu qu'ils en aient l'intelligence, le temps de se constituer des provisions et de se barricader chez eux avant que la mort emplumée ne déferle à nouveau sur eux. Tous hélas ! n'auront pas cette sagesse ...

Mais je crois que c'est au "Pommier" et à "Une Seconde d'Eternité" que je donnerais la palme au sein de ces nouvelles qui évoquent plus souvent le Bradbury du "Pays d'Octobre" que les excès sanglants de l'épouvante classique moderne.

Le premier met en scène un veuf qui acquiert peu à peu la certitude que sa femme disparue, Midge, s'est en quelque sorte réincarnée dans un pommier malingre, lequel, tout aussi insidieusement, va envahir son jardin. Mais la subtilité de l'auteur est telle que non seulement le lecteur finit lui-même par s'en convaincre - ce qui est l'effet recherché, m'objecterez-vous - mais aussi - ce qui est plus ennuyeux pour le héros - qu'il finit par prendre fait et cause pour le pommier - et pour la disparue.

Quant à "Une seconde d'éternité", c'est probablement l'une des meilleures variations sur le thème du spectre condamné à revivre sa mort qu'il m'ait été donné de lire.

Lecture faite, on se prend à rêver au roman fantastique que Daphné du Maurier n'a jamais produit ...    

Posté par MDV_ à 13:32 - Epouvante & Terreur. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Un Appartement à new-york - Jane Smiley.



Duplicate Keys
Traduction : Anne Damour

J'ai acheté ce roman au vu de sa quatrième de couverture et j'avoue en être sortie non pas déçue à cent pour cent mais ...

Oui, il y a un "mais" et pourtant, je ne saurais dire avec exactitude à quoi il tient - chose, vous l'avouerez, assez rare chez moi. Wink

En cherchant bien cependant, je dirai que "Un Appartement à New-York" ne tient pas ses promesses. J'y attendais du piquant, de la férocité, du suspens également, puisque l'ouvrage se fonde sur un double meurtre et, si j'y ai bien rencontré tout cela, ce fut malheureusement sous une forme aseptisée. Il ne me reste donc qu'à me procurer "L'Exploitation" et à voir si vraiment - et selon mes critères personnels - son auteur méritait bien son Pullitzer.

Le thème ? Un appartement new-yorkais, dans un quartier relativement correct et dans les années 80/90. Il appartient à Suzan Gabriel, laquelle y vit régulièrement avec son compagnon, Dennis. Dans leur orbite, le frère adoptif de Dennis, Craig. Dennis et Craig sont tous deux musiciens et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ont manqué le coche : leur meilleure période est derrière eux. Seul problème : Craig, qui est proche de la mythomanie, ne veut pas l'admettre et l'emprise qu'il exerce sur Dennis - et d'ailleurs sur l'essentiel de ceux qui l'approchent - est telle qu'eux aussi se refusent à voir la vérité en face.

La musique ne nourrissant pas son homme, Craig vient en plus de se compromettre en achetant une appréciable quantité de cocaïne qu'il entend bien revendre au prix fort.

Mais un jour, alors qu'elle vient arroser les plantes en l'absence de Suzan, Alice Ellis, sa voisine et amie - et notre héroïne - découvre les cadavres de Dennis et de Craig, une balle dans la tête chacun, encore assis dans le salon ...

Qui avait intérêt à abattre les deux hommes ? Un dealer non payé ? Un mari qui aurait pris ombrage des nombreux succès féminins de Craig ? Un proche ? Ou l'un de ces inconnus qui étaient susceptibles de débarquer dans l'appartement à toute heure du jour et de la nuit puisque, animés d'un esprit hippy complètement dépassé, Craig et Dennis en donnaient des doubles de clés au premier venu rencontré dans un bar un soir de concert ? ...

Les premiers chapitres passés, j'ai persévéré et tenté de m'intéresser coûte que coûte à une histoire qui me paraissait en fait très mal conduite. La découverte de l'assassin ne m'a fait ni chaud ni froid en ce sens que, renseignée par de nombreuses années de lecture de polars, j'avais pressenti son identité très tôt. Ses mobiles pourtant m'intéressaient mais, là aussi, j'ai été déçue : aseptisés et peu cohérents, voilà ce qu'ils étaient.

Donc, si vous voulez commencer à lire Jane Smiley en vous attanquant à "Un Appartement à New-York", sachez que vous risquez d'être fort déçu.

Posté par MDV_ à 13:30 - Littérature made in USA. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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