24 juillet 2007
Virgin Suicides - Jeffrey Eugenides.

The Virgin Suicides
Traduction : Marc Cholodenko
Premier
roman de l'auteur, "Virgin Suicides" est un roman au style incantatoire
et lancinant que je conseille vivement de lire à voix haute. En
apparence, il est moins touffu que "Middlesex" mais la longueur des
paragraphes vient vite modifier ce point de vue. L'intrigue semble
aussi plus reserrée, plus "locale" mais ce n'est là que faux-semblant
car, à travers le destin des cinq filles Lisbon, c'est du mal dont
souffre l'Amérique que traite Jeffrey Eugenides.
Si vous avez déjà vu le film de Sofia Coppola, vous connaissez plus ou moins le thème de ce roman. Sinon,
imaginez une petite ville du Michigan, à la fin des années 70 ou au
début des années 80, et, dans cette petite ville, un quartier aisé où
il n'y a pas de Noirs. Le seul événement qui fasse marcher les langues,
c'est la grève entreprise par les fossoyeurs locaux - elle durera plus
de 400 jours mais nous ne le savons pas encore. Le détail, pourtant,
vaut son pesant d'humour noir.
Mr et Mrs Lisbon, lui
professeur de mathématiques au lycée du coin, elle mère au foyer,
vivent tranquilles avec leur cinq filles : Thérèse, Bonnie,
Lux, Mary et Cecilia. Les filles étant en pleine adolescence, les
garçons du coin fantasment énormément sur elles et passent tout leur
temps libre à les espionner. Jusqu'au jour où la dernière d'entre
elles, Cecilia, fait une tentative de suicide ...
Le
récit est fait par l'un de ces garçons, devenu depuis lors un homme
bedonnant et sans doute un peu chauve, un chroniqueur qui nous apprend
que, loin de faire s'évanouir leur attachement aux filles Lisbon et à
leur tragique destin, le Temps a accru leur désir forcené de
comprendre les raisons qui, un an à peu près après la mort de leur
benjamine, poussèrent les survivantes à mettre fin à leurs jour.
S'il
est en droit de penser que l'autoritarisme puritain de leur mère et la
faiblesse chronique de caractère de leur père ont joué un rôle dans
leur suicide quasi collectif, pour le reste, le lecteur - pas plus que
notre chroniqueur - ne parviendra à démêler des fils il est vrai
savamment emmêlés, et souvent par les filles Lisbon elles-mêmes.
Finalement,
peut-être ce désir de mort était-il dans l'air du temps, comme un virus
secret et imprévisible auquel le décès de Cécilia aurait rendu ses
soeurs particulièrement sensibles. Après tout, lorsqu'ils découvriront
son cadavre, dans son sac de couchage, les infirmiers constateront que
Mary avait revêtu pour mourir une robe noire et un voile qui évoquaient
la vision funèbre de Jackie Kennedy derrière le cercueil de son mari
... Peut-être les filles Lisbon ont-elles pressenti combien la vie,
américaine ou non, est vaine et ont-elles préféré la quitter pour
éviter que ce ne soit elle qui les quitte un jour sans leur demander
leur avis ...
Un roman délicat, où chaque mot vous fait
mieux apprécier les non-dits et les silences qui parsèment la vie des
filles Lisbon - et de leurs parents. Un roman à savourer, comme on
savoure un fruit un peu talé et un peu trop mûr, qui vous laisse dans
la bouche comme un arrière-goût d'automne et de regrets diffus. 
Commentaires
Je ne l'ai vu qu'au cinéma (un excellent film!!). Il faudra que je le lise un de ces jours.
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