26 février 2007
La Voleuse d'Hommes - Margaret Atwood.

"La
Voleuse d'Hommes" est un roman toujours aussi épais mais d'une optique
un peu plus humoristique que celle observée dans "Le Tueur ..." et dans
"Captive." C'est aussi une réflexion sur la nature de la Vérité (car en
fait, on ne saura jamais qui était la vraie Zenia qui recrée sans cesse
la Vérité, souvent dans son propre intérêt, parfois gratuitement, pour
le seul plaisir de faire le mal) et sur les conséquences qu'implique sa
révélation. Voilà pourquoi c'est un détail de la lithographie "La
Vérité" de Verlinde qui a été utilisé par le Livre de Poche pour la
jaquette de ce roman.
Ainsi que le mentionne la
quatrième de couverture citée par Julie, tout commence par un déjeuner
pris au "Toxique" - c'est un restaurant qui, la nuit, voit se réunir
pas mal de toxicomanes - par trois quinquagénaires dont l'amitié
remonte au temps de l'université.
La première à entrer en scène, c'est Tony (diminutif d'Antonia) Freemont, une femme si menue qu'elle peut encore s'habiller en 36 et qui donne des cours d'histoire militaire à l'université. Son
intérêt, que dis-je, sa passion pour les grands stratèges et toutes les
sortes de batailles possibles et imaginables a constitué très tôt pour
elle une façon de se replier sur elle-même, de s'isoler, de se protéger.
Tony n'a pas eu d'enfants de son mariage avec Stewart que cette
gauchère contrariée devenue ambidextre et adepte de l'écritutre-miroir,
appelle "West" (= presque Stew, mais inversé et avec un petit jeu entre
le "t" et le "s") depuis des lustres.
Pour la seconde de nos héroïnes, l'isolement a d'abord revêtu l'abandon de son premier prénom, Karen, pour devenir Charis. Somnambule
et victime dès l'enfance, possédant sans doute un sixième sens très
aigu qui, en dépit des apparences, l'a bel et bien sauvée de la folie
ou du suicide, Charis ne parle et n'agit qu'en fonction de méditations,
de zen, d'auras, d'ondes, etc ... En dépit de sa fragilité, en
dépit de la terreur-panique du rejet et du manque d'amour qui la
minent, Charis, à sa propre stupeur, trouvera cependant en elle la
force d'affronter la "renaissance" de Zenia. D'un objecteur de
conscience américain désireux d'échapper à la guerre du Viêt-nam et
réfugié au Canada, elle a eu une fille, qu'elle a choisi de prénommer
August mais qui, avec l'âge, a décidé de se réapproprier son prénom en
lui ajoutant un "a."
Quant à la troisième, Roz, je l'ai trouvée tout simplement épatante. Un
personnage jovial et teigneux, une "femme forte" - dans tous les sens
du mot - et dotée d'un optimisme salvateur. Son point faible à elle -
son jardin secret où elle s'isole volontiers et dont Zenia jouera sans
scrupules, c'est l'image du Père. Elle a épousé un avocat arriviste, Mitch, qui a multiplié les aventures avant de tomber dans les bras de Zenia et de ...
Or
donc, comme elles le font depuis une éternité une fois par semaine, ces
dames déjeunent ensemble. Et qui voient-elles passer devant elles dans
la salle du "Toxique" ? Zenia ! Zenia à l'enterrement de
laquelle elles ont pourtant assisté il y a quelque temps. Zenia qui
avait été victime d'un attentat à Beyrouth. Zenia qui, à chacune de ces
trois femmes qui furent, chacune à son tour ou simultanément, ses
amies, a volé l'homme qu'elles aimaient - ou croyaient aimer - pour
mieux le rejeter ou l'abandonner par la suite.
Zenia, fille
d'une Russe blanche qui prostituait sa fille dès ses cinq ans. Ou alors
Zenia, fille d'une tzigane lapidée en Roumanie. Zenia, fille de Grecs
orthodoxes particulièrement pieux qui, en raison de la piété de ses
parents, ne put jamais dénoncer le prêtre qui l'avait violée. Zenia,
miraculée d'un cancer - dont elle n'a en fait jamais souffert sauf ...
Zenia,
dont on ne saura en fait jamais la vraie nature : ni Tony, prête
pourtant à la tuer avec le Luger de son père ; ni Charis, qui parvient
à lui pardonner avant de l'abandonner à son tour ; ni Roz, qui était
prête à céder à son dernier chantage ... ni le lecteur.
Un
bon roman, à ne réserver cependant qu'aux inconditionnels de la
romancière canadienne car - à mon sens en tous cas - il n'a pas ni la
perfection glacée du "Tueur ..." ni la maîtrise absolue de "Captive."
24 février 2007
Le Bruit et la Fureur - William Faulkner.
Avant d’aborder « Le Bruit et la Fureur », ami Lecteur, mieux vaut prendre vos précautions. ![]()
Sachez donc avant toute chose que vous mettez les pieds dans une chronologie bouleversée de fond et comble et que son auteur laisse, pantelante, derrière lui. Le roman comporte en effet quatre parties. Mais attention : sur ces sections, seule la dernière, qui se déroule le 8 avril 1928, occupe la place qui lui revient.
D'un point de vue strictement chronologique, la première partie du roman, qui décrit la folie croissante menant Quentin Compson au suicide, se situe le 2 juin 1910 mais Faulkner la place en seconde position dans son plan. Les événements du 6 avril 1928, qui ont pour héros principal Jason II Compson, l’un de ses frères, se situent quant à eux en troisième position. Enfin, ceux du 7 avril, qui révèlent la vision du monde de Benjy Compson, l’autre frère du suicidé, nous sont racontés d’entrée, dans la première partie.
Le
lecteur averti voit déjà l’intérêt qu’il y a à lire « Le Bruit et la
Fureur » tel que son auteur l’a conçu et puis, quelques mois plus tard,
en remettant un peu d’ordre dans cette chronologie en apparence
insensée mais qui se calque en fait sur l'esprit du "narrateur"
principal : Benjy.
Autre embûche de taille, volontairement placée là par Faulkner : la confusion des prénoms.
Qui a lu ne serait-ce que le très classique « Sanctuaire » sait déjà
que l’auteur sudiste éprouvait un malin plaisir à semer le doute sur
l’identité à laquelle se rapportent dans ses œuvres tel ou tel pronom
personnel. Mais dans « Le Bruit et la Fureur », ce procédé atteint le
summum.
Faulkner a pourtant opté pour un trompe-l'oeil des plus simples : il a pris deux prénoms, « Jason » et « Quentin », et les a donnés dans chacun des cas à deux personnages de génération différente.
Le premier Jason, c’est le père
de la nichée, un père dont on entrevoit de temps à autre la silhouette
accablée par les événements et volontiers tentée par l'alcool.
Aristocrate sudiste, il a épousé une jeune fille de son monde et a eu
d'elle quatre enfants : trois garçons et une fille.
Le premier Quentin est le fils qui doit aller à Harvard.
Malheureusement, il a reçu de sa mère névrosée une tendance à se créer
des mondes imaginaires un peu trop envahissants. Pour sauver sa soeur
bien-aimée d'un mariage avec un homme qu'elle déteste, il a l'idée de
se prétendre le père de l'enfant qu'elle a conçu de son amant. Mais son
père, à qui il avoue un inceste non accompli mais qu'il appelle de tous ses voeux, ne le croit pas et le renvoie à ses études. Désespéré par le mariage-sauvetage de sa soeur, Quentin se suicide. La seconde partie du roman nous retrace son cheminement lent et obstiné vers la folie auto-destructrice.
Maurice était au départ un bébé comme les autres. Puis, la vérité atroce s'est fait jour : Maurice, le second fils, ainsi nommé en l'honneur du frère de sa mère, est en réalité un enfant handicapé. Alors, on le dépossède de son prénom , dont il n'est plus digne et on lui substitue celui de Benjamin (Benjy).
Et puis on le laisse grandir, avec toujours un serviteur noir à ses
côtés pour le surveiller. Au début du roman, Benjy a trente-trois ans
et à la suite d'un incident avec une fillette, sa famille l'a fait
castrer.
Jason, le troisième fils, est celui que l'on a sacrifié pour payer des études inachevées à Quentin et dénicher un mariage réparateur pour sa soeur.
Aigri, fielleux mais responsable, il n'a plus qu'une passion - ou
presque : l'argent. Personnage énigmatique à plus d'un titre, il
exaspère le lecteur et l'attendrit pourtant car, qu'on le veuille ou non, Jason est bien une victime, au même titre que Benjy.
La fille, Candace, dite « Candy »,
qui était particulièrement attachée à son frère handicapé, a failli
déshonorer la famille en se faisant faire un enfant par un amant dont
elle refuse de livrer le nom. En 1910, elle se résoud à faire un
mariage de convenance qui assurera un nom à son enfant mais divorce
après la Grande guerre. Menant désormais une vie plus ou moins
cosmopolite, elle se résigne à laisser sa fille - qu'elle a baptisée "Quentin" en souvenir de son frère disparu - à sa propre mère, à charge pour celle-ci de l'élever comme doit l'être une Compson.
C'est
avec le personnage tout en bouillonnements et en révoltes de Quentin II
que Faulkner nous dévoile l'autre passion de Jason, son oncle. Même
s'il hait sa nièce au point de lui soutenir que sa mère ne s'intéresse
pas à elle et ne participe en rien à son entretien (en réalité, il
s'arrange pour encaisser les mandats envoyés par Candy
) Jason semble bien nourrir au plus profond de lui-même une attirance inexplicable pour Quentin - comme une ombre de la passion incestueuse jadis éprouvée par son frère Quentin envers leur soeur.
Une
fois que le lecteur s’est familiarisé tant bien que mal avec cette
valse du temps et des identités ainsi qu'avec le dédale des monologues
intérieurs, il lui reste encore à affronter le personnage de Benjy qui,
dans la première comme dans la dernière partie, nous conte l’histoire
de sa famille, ces Compson si orgueilleux et si riches, peu à peu
réduits à la portion congrue, mais vue par lui, l’handicapé mental.
Une vision par conséquent fragmentée et kaléidoscopique mais non
dépourvue de logique – pour peu, évidemment, qu’on n’ait pas trop de
mal à suivre celle de Benjy.
Avec Benjy, Dilsey, la vieille servante noire
qui assure l’intendance de la maison, demeure le personnage le plus
touchant – le plus déchirant aussi. Pilier vivant de cette famille en
pleine décomposition, elle veille à ce que nul n’abuse de cet innocent
qui, à trente-trois ans, se révèle incapable d’exprimer les joies et
les peines qu’il ressent autrement que par des grognements et des
hurlements. Elle n’y parvient pas toujours mais au moins, elle s’y
efforce. Et sa bonté résignée, qui ne comprend ni le pourquoi, ni le
comment de cette malédiction pesant sur un être sans défenses, constitue la seule trouée de lumière de ce livre que William Faulkner plaça sous le patronage de la tirade désespérée de « Macbeth » :
« … […] La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui, son heure durant, se pavane et s’agite
Et puis qu’on n’entend plus : un histoire contée
Par un idiot, pleine de bruit et de fureur
Et qui ne veut rien dire. […] … »
Histoire du Chevalier des Grieux & de Manon Lescaut - Abbé Prévost - II.
Bien que l'intrigue soit assez dense, le
texte est du genre bref - même pas 200 pages. A l'origine, il devait
être inclus dans les "Mémoires et Aventures d'un Homme de Qualité ..."
dont nous parlions plus haut. C'est en effet le héros de ces "Mémoires
..." qui, intrigué par ce cortège de captives surveillées par les
archers du Roi et auprès desquelles chevauche un jeune homme accablé
mais de mine aristocratique, profite de la halte de tout cet équipage
dans la cour de l'auberge où lui-même se trouve de passage pour
s'enquérir des raisons qui poussent le jeune cavalier à suivre les
charrettes des déportées.
Deux ans plus tard, l'homme de Qualité retrouve le jeune homme et celui-ci lui raconte cette fois toute son histoire.
Tombé
amoureux d'une jeune fille que sa famille voulait enfermer au couvent
parce qu'elle manifestait trop de goût pour "le plaisir", Des Grieux
l'enlève et, pendant quelques temps - celui de dépenser tout l'argent
dont ils disposent - ils mènent joyeuse vie à Paris. Lorsque l'argent
commence à se faire rare, Des Grieux se propose d'écrire à son père et
de lui demander de l'aide. Mais sa compagne, Manon, accueille assez
froidement cette idée et l'assure de la laisser faire. Résultat
: peu de temps après, alors que Manon se met en ménage avec M. de B*,
un riche fermier général, Des Grieux est enlevé et ramené par son frère
aîné chez leur père.
Dégoûté - du moins le croit-il -
Des Grieux se consacre à la soutenance de sa thèse en théologie. Hélas
! Manon, superbement parée puisque B* l'entretient sur un grand pied,
assiste à cette soutenance et se fait reconnaître. Voilà Des Grieux aux pieds de sa maîtresse. Et, une fois de plus, tous deux décident de s'enfuir.
Avec
les 60 000 francs que Manon avait réussi à mettre de côté sur la
pension servie par B*, ils s'achètent une maison à Chaillot où ils
vivent tout d'abord paisiblement. Mais Manon s'ennuie et ils
prennent un pied-à-terre sur Paris, dans le quartier même où vit le
frère de Manon, un aventurier sans scrupules qui s'incruste chez eux.
La maison de Chaillot ayant brûlé et les pillards étant passés par là,
Des Grieux se confie cependant à Lescaut pour trouver un moyen de
regagner de l'argent. Il sait bien que, sans cela, il perdra à nouveau
Manon. C'est ainsi qu'il se fait "chevalier d'industrie" - en d'autres termes, tricheur professionnel.
L'argent rentre mais fait bien des envieux et les domestiques du jeune couple s'enfuient avec leur linge et leur fortune. Tandis
que Des Grieux ne sait plus à quel saint se vouer, Lescaut conseille à
sa soeur de faire les yeux doux à un vieux viveur, M. de G ... M...
Puis, de conseil en conseil, il convainc Des Grieux d'entrer dans le
stratagème et de se faire passer pour leur frère, à lui et à Manon.
Et tout tourne mal. A
vrai dire, Manon et Des Grieux ne cessent de tomber de Charybde en
Sylla mais le lecteur impartial ne peut manquer de se dire bien souvent
qu'ils y mettent beaucoup du leur par leur légèreté et leur égocentrisme.
Ce
roman est étrange parce que, sous couvert de critique sociale (contre
les moeurs de la noblesse et aussi de la bourgeoisie et, bien sûr, de
manière plus voilée, contre le pouvoir en place) et en dépit de sa fin
convenue (Manon meurt aux colonies et Des Grieux s'en sort puisqu'il
est fils de bonne famille), il fait l'apologie du cynisme et, ce qui
est pire, de la déresponsabilisation absolue. Des Grieux
rejette toujours la responsabilité de telle ou telle faute pourtant
grave (comme l'assassinat de l'un des guichetiers de Saint-Lazare) sur
un tiers. C'est extrêmement désagréable et c'est sans doute ce qui me
l'a rendu si antiphathique.
Histoire du Chevalier des Grieux & de Manon Lescaut - Abbé Prévost - I.

De
l'"Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut", Montesquieu
déclara qu'il ne fallait pas s'étonner qu'elle eût rencontré le succès
puisque, bien qu'elle eût pour héros "une catin et un fripon", elle ne
parlait en fait que d'amour. Mais même avec pareille caution
et même si son auteur lui donne une fin édifiante, le récit, quoique
parfaitement écrit en une langue élégante et souple, est frappe surtout
par sa parfaite amoralité.
Certes, Des Grieux - que
l'on nomme chevalier car il envisage d'entrer dans l'Ordre de Malte,
comme d'ailleurs le Danceny des "Liaisons dangereuses" - est jeune et
sans expérience. Certes, Manon est tout aussi jeune, jolie, gracieuse
et sans grande cervelle. Certes, il l'aime d'un amour entier et
exclusif tandis qu'elle, elle ne l'aime, dirait-on, que par à-coups,
quand elle y songe.
Mais tout cela ne suffit pas à masquer l'incroyable égocentrisme dont ils sont animés.
Si
l'on peut comprendre qu'une Manon Lescaut, née pauvre, soit fascinée
par la richesse ; si l'on peut admettre qu'elle use, pour obtenir
celle-ci, du seul moyen qui reste souvent aux femmes lorsque les autres
leur manquent ; si l'on devine que, tout en ne mettant pas en doute la
passion de Des Grieux à son égard, elle se défie de sa constance
puisque, après tout, il lui est si supérieur par la position sociale
que jamais il ne pourra la présenter à sa famille et lui garantir une
stabilité sociale définitive, en revanche, on comprend mal le
cynisme absolu avec lequel, dès lors qu'il a rencontré la jeune femme,
Des Grieux ment à ses proches, leur mendie des secours non pour se
refaire une santé, ainsi qu'il le leur promet, mais bel et bien pour
récupérer sa maîtresse, se fait tricheur aux tables de jeu, feint plus
d'une fois un repentir qu'il n'éprouve pas, s'échappe de Saint-Lazare
en menaçant de mort le supérieur qui l'a pourtant beaucoup aidé dans
cette prison, enfin n'a de cesse que sa volonté, avoir Manon pour lui,
n'obtienne gain de cause en toute occasion.
En un sens,
n'était la sincérité de l'amour qu'il porte à Manon, Des Grieux aurait
beaucoup de points communs avec Don Juan. Don Juan, si amoral qu'il
soit, n'est pourtant pas un faible. Alors que le héros de l'abbé
Prévost, lui, l'est sans conteste. Manon le joue deux, trois fois mais,
comme il le dit lui-même : "Elle pèche sans malice." Comme aveuglement
(masochiste ?), on a rarement fait mieux. Du coup, Don Juan s'efface au profit d'un enfant gâté qui n'a aucune conscience de l'Autre.
Le Petit Copain - Donna Tartt.

Voilà un livre que j’ai longtemps hésité à commencer car, autour de moi, ce n’était que critiques et déception.
Mais « Le Maître des Illusions », premier roman de Donna Tartt, m’avait
fait penser à ce qu’une Ruth Rendell tire elle-même d’une intrigue au
départ policière. Aussi finis-je par penser que, si ça se trouvait, « Le Petit Copain »,
s’il pouvait se révéler décevant pour les amateurs de polars
classiques, était susceptible de plaire à ceux qui, au-delà l’intrigue
policière, attendent autre chose d’un roman construit autour d’un
crime. (Cette considération me fait donc le classer ici et non dans la
catégorie réservée aux policiers ...)
L’action du «
Petit Copain » se situe dans l’une de ces petites villes du Sud des
Etats-Unis où la Guerre de Sécession n’a pas en fait changé grand chose
aux mentalités. D’un côté, les riches qui vont se baigner au
Country Club et ne connaissent pas de problèmes financiers. C’est à ce
milieu qu’appartient notre jeune héroïne, Harriet Cleve Dufresne, 12
ans pour l’Etat-Civil mais au moins 18 par la puissance de raisonnement
et la fermeté du caractère.
Harriet vit dans une grande maison avec sa mère, Charlotte, que l’assassinat non résolu de son fils, douze ans plus tôt, a fait sombrer dans une dépression profonde,
sa sœur, Allison, adolescente rêveuse qui s’offre quelques petites
escapades en voiture avec un garçon dont elle est amoureuse, et Ida
Rhew, la domestique noire qui s’occupe de la maison depuis … ma foi,
depuis des lustres.
Autour de cette cellule primitive
qui n’a jamais oublié le cadavre du petit Robin, retrouvé pendu à un
arbre, dans le jardin, alors que la fête pour son anniversaire battait
son plein, croisent la mère de Charlotte, Edith, dite « Edie
», et ses sœurs : Libby, Adelaïde et Tatycorum et, de temps à autre, le
père de Harriet, Allison et Robin : Dixon Dufresne qui s’est séparé de
sa femme à la mort de leur fils et vit à Nashville.
A
l’extérieur, la société provinciale sudiste maintient ses deux grands
clivages entre les Noirs qui ne sont plus esclaves mais travaillent
toujours pour les blancs aisée et les « pauvres blancs » ou « redneks » qui, déjà avant la Guerre Civile, trimaient tout seuls sur le lamentable carré de coton qui leur appartenait.
C’est
dans la haine et le mépris que se portent ces deux dernières catégories
sociales que « Le Petit Copain » trouvent sa première clef : Ida
Rhew affirme un jour à Harriet que la seule personne qui ait pu
assassiner son frère n’est autre que Danny Ratcliff, l’un des rejetons
d’une famille de « redneks » qui avait l’habitude de passer devant la maison des Dufresne pour inciter Robin à jouer avec lui.
Ida paraît si sûre de ce qu’elle avance que, peu à peu, l’idée vient à Harriet de liquider à son tour celui qui a tué son frère aîné et ruiné la santé de sa mère.
Mais
ce n’est là qu’un argument qui permet à Donna Tartt de nous dresser le
portrait d’une région qu’elle connaît manifestement fort bien et de ses
mœurs. Certaines pages, comme celles qui sont liées à Eugène Ratcliff
et au prêcheur qui se sert des serpents pour vendre la parole de Dieu,
sont saisissantes tant elles révèlent le mic-mac religieux qui sévit
aux Etats-Unis.
Si Tartt est loin d’égaler le style unique d’un
Faulkner, sa vision du Sud profond rejoint bien celle qu’en avait
l’auteur de «Sanctuaire. » Le personnage de la grand-mère des Ratcliff,
l’affreuse Gum, est bel et bien un personnage faulknerien. Et
le désespoir presque viscéral qui anime Danny Ratcliff donne à celui-ci
une étrange humanité qui ne peut qu’émouvoir le lecteur.
American Psycho - Brett Easton Ellis.
Je l'ai relu et, commencé un samedi soir, le
livre était terminé au bout de vingt-quatre heures. Or, j'admets
n'avoir "zappé" que deux descriptions de vêtements !!!!! - et les
dernières scènes de meurtres, j'avoue !!!!! Parce que, à la lumière du
temps écoulé, j'ai compris - ou cru comprendre - que ces longues
descriptions permettaient aussi à Bateman de se raccrocher à la réalité.
C'est
vrai : ce type est complètement fou. Il vit dans un univers
schizophrénique absolu, le golden boy d'un côté, le psychopathe de
l'autre mais est-il suffisamment courageux pour passer à l'acte ainsi
qu'il le dit ? Ne fantasme-t-il pas en fait ? A un certain moment, on
se demande comment il peut verser autant de sang dans son appartement
sans que sa femme de ménage s'en émeuve (à la fin d'ailleurs, on voit
cette brave dame ramasser les journaux poisseux de sang et les mettre
dans la poubelle comme si de rien n'était, à tel point que Bateman
lui-même se pose des questions ...
)
Avec
une très grande habileté, Ellis nous suggère que son personnage possède
un loft dans un endroit isolé. Soit, mais il tue aussi dans son
appartement et, à lire les descriptions aussi minutieuses
qu'horrifiantes qu'il nous donne de ses crimes, il est clair que les
murs sont éclaboussés par le sang et la cervelle. Alors ?
Alors,
Ellis invente l'appartement de Paul Owen - autre golden boy porté
disparu et que Bateman prétend avoir liquidé tout en conservant par
devers lui ses clefs et son argent. Ce point de chute inattendu va lui
permettre de tuer également ailleurs que chez lui. Mais toujours selon
le même modus operandi, voilà le hic. Et lorsqu'on met en vente
l'appartement d'Owen - eh ! oui ! on finit par le mettre en vente, il
fallait s'y attendre - rien, il n'y a rien, pas une seule tache, pas un
seul ragot sur ce qui s'y serait passé. Pire, l'agent immobilier - une
femme - prend visiblement Bateman, venu badauder, pour un dément qu'il
faut ménager mais non dénoncer à la police ...
Celle-ci
d'ailleurs n'apparaît jamais. Il y a bien un détective privé venu
enquêter sur la soit-disant disparition d'Owen mais il ne fait que
passer. Dans les derniers chapitres, on peut croire qu'un chauffeur de
taxi anonyme va se substituer à la Némésis urbaine pour régler son
compte à Bateman mais, à y regarder de plus près, on se demande si ce
dernier n'est pas finalement une victime qui se fait dérober tout son
argent et ses objets de valeur par un individu qui joue de sa folie
pour le culpabiliser un maximum.
Si la société américaine et le
culte du profit sont mis en cause dans cette aliénation d'une
personnalité, la famille est aussi montrée du doigt. On ne saura jamais
pourquoi Bateman panique lorsqu'on lui suggère que sa coiffure ne
pourrait pas être aussi nette qu'il le souhaite mais on constate, là
encore à l'extrême fin du roman, que sa mère est elle aussi hantée par
la bonne tenue de ses cheveux ...
Un livre à lire, c'est certain mais aussi à relire car une première lecture ne permet pas d'en discerner toutes les richesses. ![]()
Sexus - Henry Miller.

Plus construit - du moins est-ce l'impression que j'en ai retirée - que les deux "Tropique", "Sexus"
est le premier volume de la "Crucifixion en Rose." C'est aussi une ode
à Mara-Mona, c'est-à-dire à June, la seconde épouse de l'auteur, celle
qu'il célèbrera d'ailleurs maintes fois dans son oeuvre.
Le
premier chapitre s'ouvre d'ailleurs dans le dancing où, la veille même,
le narrateur vient de rencontrer une hôtesse qui vend ses danses et sa
compagnie aux hommes seuls.
A partir de là, Miller
entraîne son lecteur dans une ronde de personnages dont il nous a déjà
fait admirer certains specimens. Je ne citerai qu'un nom - qui se passe
de tout commentaire : l'ineffable Kronski.
Mais
Sexus, c'est surtout l'occasion pour Miller de peaufiner son personnage
hyper-viril, capable de contenter toutes les femmes - ou presque. Qu'il
soit avec Mara, laquelle, à un certain moment, demande "humblement" à
Kronski si "elle est vraiment digne de Henry" (!!!), ne l'empêche pas
de forniquer à droite et à gauche, et même avec son épouse légitime
alors que tous deux ont pourtant entamé leur procédure de divorce. Le
lecteur note tout de suite que c'est pratiquement Maude qui le lui
demande.
Je crois à l'auteur américain beaucoup trop
d'intelligence et de subtilité pour ne pas avoir brossé en vain de
lui-même un portrait aussi peu flatteur. Parce qu'il s'attèle en
profondeur au récit de sa vie - le fait qu'il enjolive nombre de
détails ou les arrange en une perspective plus théâtrale n'enlève rien
à cette profondeur - Miller sait qu'il ne peut plus reculer : cette
fois-ci, il ne pourra pas se contenter d'effleurer le Miller gigolo, le
Miller macho, le Miller lâche et fuyant qu'il fut aussi. Par
conséquent, avec une habileté joviale et un talent qu'on ne saurait lui
contester, l'écrivain dévoile alors tout ce qui, en lui, choque et
scandalise comme jamais n'y sera parvenu le langage crû qu'il
affectionne.
Le plus extraordinaire, c'est que, tout au long de ces 670 pages (en édition de poche), on
ne songe pas un seul instant à planter là Henry, son sexe, ses
blenmorragies, ses femmes, ses arnaques à l'argent, ses chantages aux
sentiments, ses cuites et les invraisemblables amis qu'il traîne dans
son sillage. Parfois, c'est vrai, on s'arrête, on s'interroge
: voyons, ce funambule exhibitionniste qui, complètement saoul, nous
fait des pieds-de-nez tout là-haut, sur cette corde qui a le tranchant
d'une lame de rasoir, c'est vraiment le grand Henry Miller
? Incroyable ! Malgré tout ce qu'on savait déjà sur sa frénésie
sexuelle, sur ses complications sentimentales et sur la vie d'homme
entretenu qu'il mena par exemple auprès d'Anaïs Nin, on n'aurait jamais cru ça de lui ...
Et
pourtant, malgré tout, on lui conserve une petite place tout au fond de
notre coeur. Nul n'est parfait, se dit-on et au moins ne pourra-t-on
taxer d'hypocrisie cet écrivain qui s'acharne à se peindre sous de
telles couleurs.
Ultime clin d'oeil adressé au lecteur par le texte lui-même : l'anecdote que Miller rapporte sur Knut Hansum, l'un des auteurs qu'il aimait. Je vous laisse la découvrir, elle
resssemble à la part d'ombre de Miller : agaçante, pitoyable, rusée,
arrogante et cependant si naïve qu'on ne peut s'empêcher de sourire
ainsi qu'on le ferait devant les frasques d'un gamin mal élevé mais
brillant. 
Le Valet de Sade - Nikolaj Frobenius.

Voici
un auteur norvégien que je connaissais sans le savoir puisque c'est lui
qui a rédigé le scénario de l'excellent thriller "Insomnia" (la version
d'Erik Skjolgjaerd) et de son remake américain, filmé par Christopher
Nolan avec Robin Williams à contre-emploi et Al Pacino pour lui donner
la réplique.
"Le Valet de Sade" quant à lui a pour cadre
la France de la fin du XVIIIème siècle. Frobenius s'attache à la
destinée du jeune Latour-Martin Quiros, fils unique et naturel de
Bou-Bou Quiros, une usurière honfleuroise. On notera que l'auteur mêle
d'ailleurs dans le personnage les deux valets favoris de Sade : Latour
(qui sera condamné à mort avec son maître par contumace) et Carteron.
Très
attaché à sa mère, Latour se met en tête à sa mort - d'une fièvre
pourprée, c'est-à-dire d'une maladie infectueuse probablement inoculée
par la piqûre d'une mouche - qu'elle a été assassinée par un certain
nombre de personnes dont il a trouvé la liste dans la robe qu'elle
portait lors de son dernier voyage à Paris, juste avant qu'elle tombât
malade. (D'où le titre original du roman, qui se traduit par "La Liste
de Latour.") Et, très vite, en compagnie d'une prostituée de Honfleur,
Valérie, le jeune homme monte à la capitale dans le but secret de se
venger de ceux qui l'ont rendu orphelin.
Incapable d'éprouver la douleur physique,
Latour se passionne depuis longtemps pour les mystères que recèlent le
corps humain et son cerveau. En Normandie déjà, il a travaillé pour un
taxidermiste et a pris auprès de M. Léopold ses premières leçons
d'anatomie. A Paris, s'il travaille d'abord comme homme à tout faire
dans un bordel, il s'échappe un temps pour se faire l'assistant de
Rouchefoucauld, l'un des plus célèbres anatomistes du temps. Mais comme
il a, pour ce faire, assassiné un étudiant en médecine dont il a pris
l'identité, il doit, lorsqu'il est découvert, se sauver et rejoindre le
bordel de Mme Besson où il finira par rencontrer son double : le comte
de Sade.
A partir de là, le destin des deux hommes sera
indissolublement lié et Fobrenius pose comme hypothèse que les scènes
les plus cruelles de l'oeuvre sadienne furent inspirées au célèbre et
terrible écrivain par la vision des meurtres - avec dissections à la
clef - commis par Latour et qu'il épiait sans que celui-ci en eût
connaissance. Mais quand il réalisera que Sade, sous l'un des nombreux
noms d'emprunt qu'il employait dans ses débauches, fait partie, lui
aussi, de la liste (il est le "président de Curval"), Latour ne pourra
passer à l'acte. Certes, il s'y essaiera mais toujours en vain.
L'homosexualité latente qui exista de façon certaine entre Latour et
Sade est ici traitée avec délicatesse, sur le seul plan du sentiment et
non de la pratique. Et Frobenius insiste sur la ressemblance physique
qui existe entre ses deux héros.
La question
principale posée par ce roman, outre celle du double, est évidemment
celle de la souffrance et de sa nécessité et elle n'arrête pas un seul
instant de tarauder Latour. L'impossibilité dans laquelle l'a
mis la nature de ressentir la douleur l'incite à disséquer ce qui régit
celle-ci et permet en parallèle à Frobenius d'expliquer en partie la
fascination exercée par Sade sur son valet. "Le Valet de Sade" n'est
d'ailleurs pas un roman complaisant ou gore. Et il ne saurait laisser indifférents tous ceux qui s'intéressent à la vie et à l'oeuvre de Sade.
Le
seul reproche que je lui fasse, c'est un défaut de construction : trop
de temps passé par exemple sur l'enfance de Latour auprès de sa mère.
Mais ce n'est bien entendu que mon opinion. 
Andy Warhol - Victor Bockris.

La biographie de Victor Bockris est l'une des meilleures qui aient jamais été consacrées au "Pape" du Pop-Art. Sans forcer sur le souffre, encore moins sur l'hagiographie, elle nous rappelle les principales étapes de la vie d'Andy Warhol :
1) l'enfance, couvée par la mère,
Julia Warhola, à laquelle Andy restera toujours viscéralement attaché
même s'il refusera de la voir sur son lit de mort, voulant, comme il le
déclara, "conserver le souvenir de Maman telle qu'elle était", auprès
d'un père travailleur mais autoritaire qui lèguera à son fils cette
façon paternaliste avec laquelle, jusqu'au bout, l'artiste ne cessera
de "coacher" son entourage ; et bien entendu la jeunesse, ce
talent indéniable qui s'affirme très tôt et choque le milieu des
Beaux-Arts à Pittsburgh, enfin le premier groupe d'amis des deux sexes
qui ne survivra pas à la réussite new-yorkaise ;
2) l'apprentissage publicitaire à New-York avec
l'image de Warhol, perdu dans la solitude qui, en dépit des groupies de
tous sexes qui se pressaient à ses côtés, le faisait appeler les gens
la nuit, un peu comme Monroe, rien que pour avoir une voix à laquelle
parler ... Il se sentait parfois si seul que, certains jours, il était
heureux de voir les cafards dans sa cuisine. Et puis les premiers
succès, le nom qui s'installe ... mais dans la publicité ;
3)
la révélation du Pop-Art, à l'automne 1960, lorsque Warhol se décide à
peindre "des objets populaires" du XXème siècle, telles les fameuses
bouteilles de Coca-Cola ... et les boîtes de soupe Campbell. En 1962, à
l'annonce de la mort de Marilyn, Warhol s'attaque à sa première
sérigraphie : il sait bien qu'il est un artiste, un vrai, mais désormais, les autres le savent aussi ;
4) la période de la Factory, celle où Bockris dépeint son héros comme un "ange noir" car
il s'acharnait alors à mettre en présence l'une de l'autre des
personnalités instables, déséquilibrées par leur enfance (riche ou
pauvre) et par leur addiction à l'alcool, à la drogue, au sexe. Dans
les photographies incises au milieu de l'ouvrage, l'une d'elles
représente Warhol et toute son équipe. Assis à l'extrême-droite, il a
l'oeil collé à un appareil photographique et renvoie ainsi son regard
au photographe. Et après tout, Andy Warhol ne fut-il pas le Voyeur par excellence ?
5) l'après-Solanas,
du nom de Valérie Solanas, la féministe complètement déglinguée qui
tira sur Warhol dans l'après-midi du 3 juin 1968, le conduisant ainsi à
une mort clinique dont il émergea par pur miracle. Période de
repli sur soi et de paranoïa exacerbée où, pour la première fois
peut-être, l'artiste remet en cause son rapport avec la célébrité ;
6)
et enfin l'après-Julia, quand Warhol perd sa mère et, peu à peu, se
dirige lui aussi vers la Mort, lui qui un jour avait déclaré : "J'ai
compris que tout ce que je faisais avec un rapport avec la Mort."
La façon dont furent escamotés par Fred Hughes les biens qu'il
possédait dans l'appartement de la 66ème Rue laisse au lecteur une
poignante sensation d'amertume. De même la mort "bête", stupide de
Warhol est assez dure à avaler.
Pour conclure, je cite ici le mot de John Russell dans le "New York Times" du 23 février 1987 :
| Citation: |
| "[...] ... A la postérité de décider si son époque a mérité Andy Warhol et si elle a eu de la chance de l'avoir. ... [...]" |
22 février 2007
Le Maître du Jugement dernier - Leo Perütz.

Dison-le
tout de suite : je n'ai pas du tout aimé. Je veux parler ici du style
qui est feuilletonnesque. Or, le feuilleton me donne en général de
petits boutons.
Pourtant, le récit est superbement construit :
dès lors qu'on est parvenu à la fin du récit, on se rend compte de
l'habileté de l'écrivain.
Je ne donnerai ici que la
base de l'intrigue : accompagné de son ami, le docteur Gorski, le
narrateur, le baron von Yosh, se rend chez les Bischoff pour y
participer à un petit concert entre amis. Eugène Bischoff est un
comédien célèbre et sa femme, Dina - on l'apprend un peu plus tard - a
été, avant son mariage, la maîtresse de von Yosh.
Après
l'arrivée de Valdemar Solglub, un ami des Bischoff, qui perturbe un peu
le concert privé, la conversation dévie sur un suicide accompli dans
d'étranges circonstances et qu'Eugène conte avec un tel talent que
l'atmosphère en devient vite étouffante. Le comédien s'interroge sur
les motifs qui ont poussé la victime à se donner la mort. Et puis,
brusquement, il demande à ses amis de l'excuser un instant et gagne son
bureau.
Il n'en ressortira pas. Quelques minutes plus tard : deux coups de feu, Eugène Bischoff s'est suicidé lui aussi.
Tout
le roman est vu par les yeux de von Yosh et, à la fin, on se demande
s'il a réellement bien vu. Il y a plusieurs interprétations possibles -
procédé que reprendra Perütz dans d'autres romans. Le problème
- enfin, pour moi - c'est que l'impression de confusion est si bien
rendue que je ne savais plus où j'en étais. Voilà pourquoi j'ai trouvé
ce roman ardu, très ardu à lire, et que je ne sais toujours pas qui a
fait quoi dans "Le Maître du Jugement Dernier" et encore moins si
celui-ci est un roman policier, un roman fantastique ou un composé des
deux. Je me dis aussi que, n'ayant pas l'esprit très matheux, il y a
des chances pour que je sois imperméable au raisonnement de Perütz.
Je
vais donc ranger ce roman et le relire dans quelque temps. D'ici là, si
vous-même en prenez connaissance, n'hésitez pas à poster sur la
question. 


